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Dossier. « Seuls, nous n’avons pas la taille pour un méthaniseur »

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Le groupe. Jean-François Le Meur, président de la SAS Méthan’Agri, Pierre-Henri Guillemine et Olivier Denis représentent trois des 24 exploitations actionnaires de la SAS. © C. Hue

Dans le bocage ornais, 24 exploitations laitières ont mis en route un méthaniseur depuis un an. La dimension collective guide leur démarche commencée il y a onze ans.

À Messei et ses communes voisines, au cœur du bocage ornais, les projets collectifs sont dans l’ADN des éleveurs laitiers. Les chantiers d’ensilage d’herbe et de maïs sont quasi exclusivement en Cuma ou en entraide. « Nos exploitations sont de taille modeste : une centaine d’hectares et 65 à 70 vaches pour 2 UTH. Quand nous n’avons pas la dimension pour acquérir un outil, nous le faisons collectivement ...
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À Messei et ses communes voisines, au cœur du bocage ornais, les projets collectifs sont dans l’ADN des éleveurs laitiers. Les chantiers d’ensilage d’herbe et de maïs sont quasi exclusivement en Cuma ou en entraide. « Nos exploitations sont de taille modeste : une centaine d’hectares et 65 à 70 vaches pour 2 UTH. Quand nous n’avons pas la dimension pour acquérir un outil, nous le faisons collectivement », dit Jean-François Le Meur, président de la société par actions simplifiées Méthan’Agri. C’est dans cet esprit que 37 éleveurs de bovins (24 fermes) ont créé la SAS en février 2015 pour la construction d’un méthaniseur. Les travaux ont débuté en septembre 2017 et sa mise en service deux ans après. « Il nous pousse encore plus loin dans le collectif », plaisante Pierre-Henri Guillemine, un des membres de la SAS, en Gaec avec son frère à Saint-André-de-Messei. « Notre campagne est encore beaucoup maillée de fermes, ajoute-t-il. Nos collègues sont nos voisins. Nous avons à cœur de la faire vivre. »

« Habitués à animer des collectifs »

Sous l’impulsion de Jean-François Le Meur, l’aventure commence en 2009. « Les tarifs de vente d’électricité à partir de la méthanisation par cogénération venaient d’être réévalués. J’ai commencé à y réfléchir pour mon exploitation mais je me suis vite aperçu qu’elle n’avait pas la taille suffisante pour un projet rentable. » L’idée de la cogénération, jugée non durable, est vite abandonnée pour une production de biogaz injecté dans le réseau GRTgaz. Avec plusieurs autres collègues, il met la mécanique en branle. Première étape : définir le lieu d’implantation du méthaniseur et la distance maximale entre lui et les exploitations approvisionneuses. « La commune de Messei apparaissait idéale­. Une canalisation de gaz passait déjà dans sa zone industrielle­. Nous avons dessiné un rayon de 7 km autour. Au-delà obligeait les camions de transport des effluents à traverser la ville de Flers. Cela paraissait compliqué. »

Deuxième étape : inviter les éleveurs à une réunion d’information. « En nous appuyant en particulier sur les réseaux d’entraide et de Cuma, nous avons envoyé 130 courriers. La moitié des collègues se sont déplacés », se souvient Olivier Denis. Avec son épouse, il gère un troupeau de 50 vaches laitières et 80 taurillons vendus par an à Saires-la-Verrerie, à 6 km de Messei. Il est aussi président d’une Cuma et était, dans les années 2000, président des JA du canton de Messei. « Mettre des courriers d’invitation sous enveloppe ou envoyer des mails, c’est la routine ou presque », sourit-il. Une façon de dire que lancer et animer des actions professionnelles collectives, il connaît. Il n’est pas le seul. Jean-François Le Meur est actuellement président de l’organisme de conseil Elvup. D’autres sont impliqués dans les AOP fromagères normandes, dans la coopérative Agrial, dans le syndicalisme, etc. « Chacun dans nos organisations professionnelles, nous avons bénéficié de formations aux outils de communication et d’animation de groupe, reprend Olivier Denis. Les utiliser nous paraît naturel. Par exemple, constituer des petits groupes pour faciliter la réflexion et l’expression de chacun. »

« Passer de l’intérêt individuel à l’engagement »

Après les réunions d’information en 2009, l’année 2011 marque une nouvelle étape. Une association est créée pour un double objectif. D’une part, elle concrétise l’intérêt des participants et marque leur engagement dans le projet collectif. Dans ce but, le montant de la cotisation est volontairement plus élevé que celui d’une association classique : 100 € par associé la première année, 500 € la deuxième puis en moyenne 1 500 € à 2 000 € par exploitation. D’autre part, elle organise le collectif par la constitution d’une force de proposition via un conseil d’administration et un bureau. « Avancer dans un projet collectif nécessite de se compter et de se structurer », résume Jean-François Le Meur. Trente-cinq élevages bovins adhèrent en 2011. Onze ont renoncé au cours des années suivantes.

« Identifier les valeurs que nous avons en commun »

Évidemment, le revenu supplémentaire qu’apporte l’activité de méthanisation aux exploitations est la principale motivation. Elle ne suffit pas pour résister aux doutes, craintes et désaccords qui, logiquement, jalonnent la réalisation d’un projet de 12,6 M€, puis sa gestion au long cours. Elle nécessite des valeurs communes qui aident à décider ce que le groupe veut et ne veut pas. « Les trois jours de formation que les adhérents ont suivis ensemble en 2012 ont été à ce titre fondateurs », estime Pierre-Henri Guillemine. Quatre convergences ont émergé, à commencer par le volet sanitaire. En pleine zone AOP camembert au lait cru, on comprend que la qualité des digestats soit une question sensible. « Elle l’est pour toutes les exploitations, AOP ou non AOP, car les digestats retournent sur nos terres », corrige Jean-François Le Meur. Les fumiers, lisiers et sous-produits de l’industrie agroalimentaire (20 % maximum) sont donc pasteurisés. Ces derniers font également l’objet d’une traçabilité. « Nous ne travaillons pas avec les déchetteries publiques car les produits ne sont pas tracés. »

Une meilleure valorisation des déjections animales et la réduction de l’empreinte carbone guident aussi les 24 exploitations. Concrètement, cela veut dire accepter de modifier le stockage organique et de chambouler leurs pratiques de fertilisation et de rotation culturale. Elles ont investi 1 M€ et estiment à 9 000 tonnes équivalentes CO2 la baisse des émissions de gaz à effet de serre, transport des déjections et digestats compris, lorsque le méthaniseur tournera à plein de sa capacité.

« Les agriculteurs en activité maîtres à bord »

La maîtrise de la méthanisation et de ses retours financiers tient également à cœur des actionnaires de Méthan’Agri. À ce titre, ils se sont prononcés contre l’entrée d’un investisseur dans le capital de la SAS, surtout s’il souhaite être majoritaire. De même, pour éviter que la SAS ne se retrouve que dans quelques mains, Méthan’Agri plafonne à 10 % le nombre de parts sociales détenues par une exploitation actionnaire. « Si l’une d’entre elles quitte la SAS, la pérennité du groupe n’est pas menacée », commente Pierre-Henri Guillemine.

Le droit de vote est conçu pour que la majorité des voix appartiennent aux exploitations et non aux individus : leurs 30 premières parts sociales comptent pour sept voix chacune. « Au-delà, on peut en acheter à titre individuel mais chacune compte pour une voix », indique Olivier Denis. Quant au directoire (un président et quatre directeurs mandataires sociaux), il est composé à 100 % d’agriculteurs en activité. « Nous sommes dans une logique de copropriété, résume Jean-François Le Meur. Nous avons choisi une structure juridique simple, la SAS, qui permet à tous d’être directement dans le capital et aux agriculteurs-exploitants d’être les seuls décideurs. »

« Cultiver la cohésion du groupe »

Toutes ces règles aident à la préservation d’un groupe soudé. Sa cohésion au sein du territoire est également prise en compte puisque les dix membres du conseil d’administration représentent le réseau des groupes d’entraide et de Cuma duquel est née Méthan’Agri.

Ce cadre n’a pas été écrit d’un coup de baguette magique. Il est le fruit de multiples réunions en grands et petits groupes. Avec un chef d’orchestre, Jean-François Le Meur, qui veille à ce que tous apportent leur pierre à l’édifice, selon leur personnalité, leurs compétences et leur envie.

« Respecter les aspirations et le rythme de chacun »

« Il m’est arrivé de discuter en tête-à-tête avec un collègue chez lui car il n’avait pas osé exprimer son point de vue en réunion, confie-t-il. Il faut repérer et s’adapter au fonctionnement de chacun. » Il faut aussi accepter que les membres n’aient pas le même degré d’engagement. Durant la phase d’étude, le groupe a franchi cet obstacle en constituant des commissions de travail. Les éleveurs ne siégeant pas au conseil d’administration de l’association (étape avant la SAS) ont pu s’impliquer sans se lancer dans un mandat. En contrepartie, l’association a indemnisé les plus investis en comptabilisant leur temps passé. Ce principe est repris dans la SAS puisque Jean-François Le Meur, en tant que président, et les quatre directeurs, devraient recevoir une indemnisation au titre de leur mandat social.

Claire Hue
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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