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Dossier. « Sécher l’herbe en commun »

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Le groupe. Depuis sa constitution en 2013 © Chambre agriculture Ain

Sept ans après la construction de son séchoir de fourrages, la Cuma Luzerne de Bresse est satisfaite. L’organisation, les règles de fonctionnement et la convivialité ont répondu aux attentes initiales des 13 exploitations et pas mal d’aléas ont été surmontés.

Pionnière en France, la Cuma Luzerne de Bresse à Lescheroux, dans l’Ain, a investi 1,9 million d’euros dans un séchoir de fourrage de 3500 m2 (38 % de subventions). Doté de 12 cellules et présentant une capacité de 2 000 tonnes, l’outil fonctionne depuis 2013 avec un salarié à temps plein à partir de trois types d’énergies renouvelables : solaire, biomasse...
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Pionnière en France, la Cuma Luzerne de Bresse à Lescheroux, dans l’Ain, a investi 1,9 million d’euros dans un séchoir de fourrage de 3500 m2 (38 % de subventions). Doté de 12 cellules et présentant une capacité de 2 000 tonnes, l’outil fonctionne depuis 2013 avec un salarié à temps plein à partir de trois types d’énergies renouvelables : solaire, biomasse, chaleur d’un méthaniseur voisin. Né du besoin d’améliorer l’autonomie protéique des exploitations, le projet s’est inscrit dans la dynamique territoriale de l’AOP beurre et crème de Bresse. Porté par les coopératives laitières locales, ce signe de qualité exigeait une proportion supérieure d’herbe dans les rations. « Alors que la Pac et le projet AOP beurre et crème de Bresse nous incitaient à aller vers plus d’herbe, nous avons pris conscience de l’intérêt de valoriser nos prairies (temporaires et naturelles), raconte Frédéric Bernard, président de la Cuma Luzerne de Bresse. C’était un challenge ! Sur nos sols lourds et humides où il est compliqué de faire sécher l’herbe, le foin était la quatrième roue du char. »

Des rations mieux valorisées

Comme le séchage en grange individuel était trop onéreux, la formule collective est apparue comme la solution pour 13 exploitations (éleveurs laitiers ou polyculteurs-éleveurs et céréaliers) : 170 ha de luzerne et de mélange suisse ont été engagés sur une durée de vingt ans. L’outil a été mis en place sur la base d’une mutualisation du foin et d’un cahier des charges commun destiné à harmoniser la qualité de la production fourragère. Une commission cultures et de contrôle interne a été créée.

Sept ans plus tard, le bilan est positif. « Dès la première année de distribution du foin de luzerne et de fibres de qualité, les agriculteurs ont vu la différence, pointe Frédéric Bernard, éleveur caprin en Gaec avec transformation et vente directe. Les boiteries ont disparu. Avec du fourrage appétent et des brins coupés à 15 cm (après un essai à 8 cm), les rations étaient mieux valorisées, la rumination et la reproduction meilleures. » Sur les exploitations où la main-d’œuvre familiale s’est considérablement raréfiée, les agriculteurs ont également apprécié le gain de temps apporté par la Cuma. Plus besoin de presser le foin à l’heure de la traite ! La distribution de foin en balles carrées aux génisses facilite aussi le travail.

Manque de fourrage au démarrage

Autre atout : grâce aux coupes précoces, les exploitations adhérentes de la Cuma peuvent faire du foin avant l’arrêt de la pousse d’herbe, ce qui aide à faire face au réchauffement climatique. Au 15 mai, toutes les premières coupes sont récoltées. Depuis trois ans en effet, les fortes températures pénalisent la production d’herbe. Ces avantages ont aidé à passer les périodes difficiles qui n’ont pas manqué. Les premières années, climatiquement compliquées, le fourrage a fait défaut : alors que 1500 tonnes sont nécessaires pour couvrir les charges du séchoir, seulement 1100 t ont été rentrées en 2013, 1400 t en 2014, 1100 t en 2015, 1500 t en 2016, 1500 t en 2017 et 2018. « Les printemps humides, les premières coupes sont ensilées et on ne récupère que les 2e et 3e coupes », précise Frédéric Bernard. L’année 2020 a été de nouveau compliquée avec 1200 à 1300 t récoltées, dont 300 t de luzerne à 6 tMS/ha en moyenne contre 10 tMS/ha en 2019. Les 900 à 1000 t restantes sont en mélange suisse et prairies naturelles.

Chacun est actif au sein de commissions

Heureusement, l’année précédente, avec 1930 tonnes, les volumes avaient été meilleurs ! Alors que la Cuma espérait réduire le coût de la prestation (ramassage, séchage, confection des balles carrées) à 110-115 €/t, celui-ci stagne à 125 €. Ce qui, dans les années de crise laitière, a pu créer des tensions dans certaines exploitations. Du matériel devrait prochainement être  amorti. Depuis 2014, le séchage de maïs grain à basse température, destiné en particulier aux poulets de Bresse AOP (1000 tonnes en 2019), aide à optimiser le fonctionnement de l’unité.

Le fait que le groupe soit toujours resté soudé a été un atout pour surmonter les épreuves. « Au travers de la commission cultures et des réunions, il y a beaucoup d’échanges, explique le président de la Cuma. On a appris à se connaître. On parle du séchoir mais aussi de beaucoup d’autres choses. On travaille mais on a aussi plaisir à se retrouver, à échanger, à partager les choses de la vie et la vie du territoire. C’est un aspect difficilement chiffrable mais essentiel. Le lien social qui existait du temps de nos parents, est retrouvé en partie via les Cuma. » Depuis le début du projet, en janvier 2010, pratiquement tous les adhérents ont été actifs, soit lors des voyages d’études (une dizaine jusqu’en Autriche) soit dans le cadre des commissions (cultures, bâtiment, salarié, matériels) où il est plus facile de se libérer une demi-journée. La commission culture a beaucoup travaillé sur le cahier des charges luzerne, une culture qui se faisait très peu dans le secteur et dont la longévité ne dépassait pas deux ans. « Alors qu’en foin, nos références étaient le séchage au sol, nous sommes devenus beaucoup plus performants, en particulier sur la luzerne, reconnaît le président de la Cuma. Nous sommes passés de comment faire sécher du foin à comment faire pour qu’il ne soit pas trop sec et reste de bonne qualité. Avec des ETP (évapotranspiration) montant jusqu’à 7 voire 8 aujourd’hui, contre 3 à 5 il y a quinze ans, et des vents très changeants, la décision de fauche est cruciale. » Elle est prise par la commission cultures composée de producteurs aux tempéraments différents : des pessimistes (les anciens), des optimistes (les JA) et des modérés.

« Un quota de luzerne par adhérent entre 1er avril et le 20 mai »

« On écoute et on interprète ensemble diverses météos dont Météo France Ain qui reste la référence. Si les températures annoncées sont fiables, les quantités d’eau restent plus difficiles à prévoir : on peut avoir 3 mm ici et 40 mm 5 km plus loin. Dans ces conditions, il est indispensable d’avoir des agriculteurs de toute la zone de récolte. » En sept ans, le collectif a dû s’adapter, aussi bien sur le plan technique qu’organisationnel. Depuis deux ans, le nombre de ventilateurs (20 ch) a dû être augmenté de 6 à 8 pour faire face à une surcharge de production d’herbe au printemps. « La luzerne présentait l’avantage d’être fauchée en plusieurs coupes entre avril et septembre, ce qui permettait un étalement de la récolte et des volumes à sécher. Avec l’évolution climatique (pic d’herbe au printemps, suivi de froid et du sec), ce n’est plus le cas. Les récoltes se retrouvent concentrées entre avril et mi-juin. »

Absorber ces volumes sur un temps aussi court reste difficile. Pour faire face à ce problème, un quota par adhérent a été institué : maximum 45 % du volume à sécher entre le 1er avril et le 20 mai. Outre le passage d’un adhérent au bio, non anticipé et qui a entraîné une perte de volume, deux gros Gaec ont arrêté le lait. Même s’ils continuent à travailler avec le séchoir, les volumes sont moins bien sécurisés. Le fait que la Cuma n’est pas propriétaire du fourrage constitue à terme un frein. La formule juridique coopérative pourrait à l’avenir être mieux adaptée, mais elle serait plus lourde à gérer. Dans ce contexte, l’appui de compétences extérieures est important. « À Lescheroux, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur la fédération départementale des Cuma pour les aspects administratifs et réglementaires (par exemple, le retrait d’une exploitation de la Cuma, ), ainsi que sur les techniciens de la chambre d’agriculture de l’Ain pour la constitution du groupe et la conception du séchoir. »

« Prochaine étape: le renouvellement de  notre groupe »

Le nouveau challenge est celui du renouvellement du groupe. La majorité des initiateurs du projet seront en effet bientôt à la retraite. Au démarrage du projet, sur les 13 agriculteurs, trois avaient 40 ans et dix 50 ans. Dans les Gaec adhérents, il y a des jeunes, mais ceux récemment installés ont moins de temps pour s’impliquer dans le séchoir. « Quand on constitue le groupe, il faudrait penser à un équilibre dans la pyramide des âges. Faire en sorte que des jeunes associés représentent le Gaec, par exemple. Des JA vont intégrer notre commission cultures en 2021. Il faut trouver un jeune trésorier et transmettre le savoir-faire qu’on a développé. »

Anne Bréhier
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