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Dossier. « Préserver la capacité des sols et des animaux à produire : un challenge en bio »

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Elvup, entreprise de conseil en élevage de l’Orne, assure des suivis technico-économiques dans plusieurs exploitations laitières en agriculture bio. Certaines présentent des résultats économiques performants d’autres sont plus à la peine malgré le prix du lait élevé. Une petite proportion a même dû faire machine arrière et revenir à un système conventionnel. Yann Martinot, d’Elvup, analyse les points critiques des systèmes laitiers en agriculture biologique (AB).

Qu’est-ce qui est le plus difficile à réussir en production laitière AB ?
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Qu’est-ce qui est le plus difficile à réussir en production laitière AB ?

Yann Martinot : Sans aucun doute de produire suffisamment de fourrages de qualité pour assurer les besoins des animaux. D’ailleurs, nombreux sont les éleveurs qui ne réalisent pas leur référence en lait bio, non par manque d’animaux mais de fourrages. Car l’arrêt de la fertilisation minérale diminue les rendements. Les systèmes fourragers bio sont beaucoup plus compliqués à gérer. Il faut toujours être dans l’anticipation. Contrairement au conventionnel­, vous n’avez plus les filets de sécurité que sont la fertilisation minérale, le désherbage et d’autres intrants.

Le lien entre l’agronomie et la zootechnie est primordial mais la recherche d’une autonomie totale, même si elle reste un objectif fort, n’est pas toujours la bonne voie. Si les charges de structure sont très contenues, on peut effectivement se satisfaire d’une marge brute par vache réduite, donc de performances en lait plus faibles (13-18 kg/vache) car il y a peu de frais engagés. À l’inverse, quand les charges de structure ne sont pas négligeables, il faut aller chercher de la marge brute avec des vaches à 20 kg par jour et plus, donc accepter d’acheter des intrants, même s’ils sont très onéreux. L’ensilage maïs, à dose modérée (5-6 kg de MS/VL) a toute sa place dans ce schéma.

Les systèmes fourragers bio, toujours très pâturant, ne sont-ils pas gage de sécurité ?

Y. M. : Malheureusement pas partout. Peu de régions peuvent prétendre au modèle néozélandais avec ses 300 jours de pâturage par an. Au contraire, le réchauffement climatique complique la tâche. Nos systèmes herbagers ont l’habitude de fonctionner avec un gros pic d’herbe au printemps, puis un trou estival suivi d’un second pic à l’automne. Je constate, après des étés tellement chauds et longs, que nous n’avons quasiment plus cette seconde pousse d’automne et cela fragilise les systèmes très pâturants, surtout en sols superficiels. D’ailleurs, certains éleveurs bio en viennent à modifier leur stratégie en organisant les vêlages au début de l’automne de façon à commencer les lactations avec des fourrages conservés, à enchaîner avec l’herbe du printemps pour avoir les animaux au repos pendant la période sèche. Mais le coût alimentaire n’est plus le même. Je constate aussi beaucoup de surpâturage dans les systèmes bio, en lien avec des stocks limités et une organisation du pâturage plus délicate à mener, avec des densités d’herbe parfois plus faibles. On surestime souvent la quantité d’herbe à l’hectare, il est donc important de faire des mesures de densité.

Vous évoquez aussi des pertes sur la fertilité­ des sols, observées en agriculture­ biologique ?

Y. M. : À court ou moyen terme, dans les sols profonds, il y a suffisamment de stocks de minéraux – en lien également avec les apports massifs de l’agriculture conventionnelle depuis des dizaines d’années –, pour ne pas constater de perte de fertilité. C’est tout autre chose dans les sols superficiels, engagés depuis quelques années seulement en agriculture biologique et qui voient leur potentiel s’altérer. L’azote n’est pas un problème car cela se gère au niveau de la rotation, avec l’implantation de légumineuses. L’inquiétude porte sur les éléments phosphore (P) et potassium (K) où les exportations, en lait et viande, dépassent les retours au sol par les effluents. L’achat de paille extérieur peut limiter le déficit en potasse.

Mais la baisse de disponibilité du phosphore reste dans tous les cas problématique. D’autant plus que les formes d’engrais minéral utilisables en AB sont peu assimilables par les plantes. Le nouveau cahier des charges, qui interdirait les effluents issus d’élevages définis comme « industriels », pourrait encore accélérer les déficits en P et K. J’ai pu constater en sols superficiels des chutes régulières des rendements fourragers. C’est une double peine car les fourrages récoltés sur ces sols appauvris ont une valeur nutritionnelle diminuée. Il est donc important de faire des analyses de sol et des balances P-K pour un suivi précis de la fertilité. Les solutions ne sont pas nombreuses. Si de la surface est disponible, il est possible de réduire le chargement à 0,5-0,6 UGB/ha de manière à exporter moins de matière sèche. Mais économiquement, cela peut devenir compliqué, jusqu’à imposer un retour au conventionnel, comme nous l’avons vu, pour retrouver les formes minérales et organiques du phosphore. Quand la fertilité des sols est très dégradée, l’achat d’engrais bio, même très onéreux, peut s’avérer rentable.

Existe-t-il un profil génétique de vache laitière plus adapté aux systèmes bio ?

Y. M. : C’est difficile à définir. Dans l’idéal, il faudrait un animal robuste assez souple, capable de profiter et de valoriser les nutriments, azote, énergie, quand ils sont disponibles et de limiter son amaigrissement dans les périodes plus faibles. C’est une notion de génétique, mais aussi d’épigénétique. Car l’épigénétique nous montre que l’environnement a un impact durable sur la performance des animaux, mais aussi sur celle des descendants. Je l’observe sur le terrain, dans les systèmes à nutriments plus restreints, les animaux perdent de la capacité à produire même quand l’alimentation redevient abondante et de qualité. On voit des vaches calées à 4 000 kg qui n’arrivent pas à aller au-delà. En bio, mais comme dans tous les élevages, il ne faut pas que les moments faibles aient un impact sur la capacité des animaux à produire dans le futur. Je pense notamment aux jeunes génisses et aux vaches taries. Quand l’environnement est compliqué depuis des années, les animaux sont véritablement bridés. Et cela ne signifie pas qu’ils subiront moins d’accidents sanitaires. Tous les stress – alimentaires, thermiques, sanitaires – sur des animaux gestants impliquent une altération plus ou moins forte de la capacité à produire, et à se reproduire de la descendance.

Propos recueillis par Dominique Grémy
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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