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Dossier. « Le confort de la vache laitière ne doit faire l’objet d’aucun compromis »

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Le vétérinaire est la première sentinelle du bien-être animal. La prise en compte de la douleur et du stress dans les actes est un des éléments. Mais en élevage laitier, le confort lié au bâtiment est souvent le maillon faible qui entraînera des pathologies et un défaut de productivité. La démarche Happy associe vétérinaire et éleveur pour auditer une multitude de points qui conduiront à des vaches et des éleveurs plus heureux.

Comment définissez-vous le bien-être animal ?
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Comment définissez-vous le bien-être animal ?

Pierre Kirsh : Je reprends la définition de l’Anses de 2018 : « Le bien-être animal est un état physique et mental lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux ainsi que de ses attentes. » Ensuite, comment évaluer cet état de bien-être ? Nous avons des mesures basées sur l’environnement qui recensent les conditions de confort offertes aux animaux, c’est ce que j’appelle de la bientraitance, avec une obligation de moyen. Mais cela ne suffit pas. Nous devons également évaluer la réponse des animaux, leurs comportements, pour savoir comment ils perçoivent les conditions d’environnement qui leur sont offertes. Sur ce point, nous avons une obligation de résultat. Le bien-être est bien un concept avec plusieurs dimensions : la satisfaction des besoins physiologiques, la santé et le confort.

Comment vous êtes-vous intéressé au bien-être animal en élevage laitier ?

P. K. : J’ai commencé à exercer en 1999 en souhaitant développer l’approche préventive avec les éleveurs. J’ai ainsi balayé toutes les facettes de la production laitière : qualité du lait, reproduction, alimentation, boiteries, gestion des taries, etc. Quand tous les éléments me paraissaient maîtrisés par l’éleveur, il restait souvent quelque chose qui nous échappait pour atteindre l’optimum souhaité. Ce maillon manquant, c’était le confort de l’animal, car on ne parlait pas encore de bien-être. Et cette notion de confort est un levier énorme pour gagner en productivité. J’oserais dire que le pathogène peut devenir secondaire si l’animal se défend seul car il est placé dans un environnement non stressant. Il y a une dizaine d’années, à diarrhées des veaux on répondait analyses, vaccins. Aujourd’hui, c’est davantage gestion du colostrum, logement ainsi qu’alimentation et confort des vaches taries.

Pourquoi avoir choisi la démarche Happy ?

P. K. : C’était la seule qui intégrait le vétérinaire et l’éleveur avec l’objectif de travailler ensemble pour le bonheur des animaux mais aussi de l’éleveur, car l’un ne va pas sans l’autre.

Ensuite, la méthode repose sur une base scientifique solide. Elle propose aux éleveurs de passer en revue plus de 200 critères pour évaluer le bien-être des animaux. Cette grille a été conçue avec les données les plus récentes de la bibliographie mais surtout, elle a été testée et validée par des éleveurs de référence qui, depuis de longues années, affichent de bonnes pratiques et les performances qui vont avec. Ce label Happy Farmer est assez sélectif. Par exemple, sur les 18 audits réalisés dans des élevages, déjà présélectionnés dans ma clientèle, seuls huit l’ont obtenu.

En tant qu’Happy Vet, vos pratiques au quotidien ont-elles changé ?

P. K. : Pour tous les actes courants de la médecine vétérinaire et de l’élevage (chirurgie, vêlages, vaches malades, contention, écornage, etc.), nous nous sommes dotés de protocoles qui permettent d’atténuer la douleur et de limiter le stress. Ces protocoles servent aussi à harmoniser nos pratiques et à former les éleveurs. Nous disposons d’une batterie de produits antidouleur : tranquillisants, anesthésiques locaux, anti-inflammatoires, mais aussi de techniques de contention non stressantes et sécurisantes pour l’animal et l’éleveur. Les jeunes vétérinaires sont très sensibilisés à cette démarche.

Idem pour les éleveurs. Nous essuyons rarement un refus sur une proposition de prise en charge de la douleur. Exemple, pour une césarienne, je propose un anti-inflammatoire qui prendra le relais de l’anesthésie locale. Pour 30 € supplémentaires, les éleveurs ont vite compris l’intérêt d’avoir une reprise alimentaire plus rapide de la vache, donc une meilleure montée en lait et une réduction des risques de pathologies métaboliques.

En élevage laitier, quels éléments du bien-être animal font le plus défaut ?

P. K. : C’est souvent un manque de confort dans le bâtiment. Il ne saute pas nécessairement aux yeux. Mais ce sont les vaches qui nous le disent : boiteries, fièvres de lait, fertilité détériorée, production qui plafonne, etc., autant d’alertes qui démontrent que quelque chose ne fonctionne pas. Le défaut de couchage (logettes en nombre insuf­fisant, mal réglées ou inconfortables) est fréquemment en cause et les améliorations sur ce point se traduisent immédiatement dans le tank à lait. Cela peut être aussi un accès à l’eau insuffisant à cause d’abreuvoirs mal placés. Cela ne pardonne pas pendant les fortes chaleurs.

Je citerais également un manque de place à l’auge, des espaces de circulation trop réduits et une ventilation déficitaire. En fait, une multitude de facteurs peuvent générer de l’inconfort et du stress dans le bâtiment. Le confort n’est jamais une option, et ne devrait pas faire l’objet de compromis.

Selon vous, le pâturage est-il indispensable au bien-être des laitières ?

P. K. : Le comportement naturel d’une vache est de pâturer. Le pâturage participe donc bien évidemment au bien-être. Cela dit, il est possible de s’approcher d’un bien-être sans faille dans un troupeau qui ne pâture pas, à condition d’avoir conçu un bâtiment qui répond au confort des animaux. Les éleveurs de grands troupeaux qui fonctionnent bien en zéro pâturage ne s’y trompent pas. Les erreurs sur le confort peuvent y prendre des proportions énormes. À l’inverse, faire pâturer le troupeau, même plus de six mois par an, ne garantit pas le bien-être si l’accès à l’eau n’est pas bien assuré, si les chemins d’accès sont responsables de boiteries ou si l’absence d’ombre accentue le stress thermique. Enfin, même en pâturant, le bâtiment peut être une source majeure d’inconfort.

La parole du vétérinaire a-t-elle plus de poids pour défendre les bonnes pratiques des éleveurs face aux détracteurs ?

P. K. : L’ambition de la démarche Happy est bien la reconnaissance du travail des éleveurs. Ensuite, la parole du vétérinaire peut être recevable pour tous ceux qui ne connaissent pas l’élevage et qui expriment leurs doutes. Par exemple, il faut être capable d’expliquer pourquoi la séparation mère-veau la plus précoce possible est moins stressante pour une vache laitière et son veau. Rappeler aussi que la vie sauvage, synonyme de liberté absolue pour certains, n’est qu’un stress permanent pour l’animal prédaté, stress que ne connaissent pas nos vaches. Maintenant, les extrémistes anti­spécistes ne seront jamais convaincus.

Pour autant, les maltraitances en élevage, même si elles sont très rares, doivent être signalées et le vétérinaire joue son rôle de sentinelle. C’est d’ailleurs un élément de la charte Happy. Lors de bilans sanitaires, j’ai pu relever des situations non satisfaisantes : mortalité ou pathologies anormales. C’est noté dans le bilan et il est demandé à l’éleveur d’engager les moyens nécessaires avec un partenaire. Dans les cas les plus graves, un signalement est fait aux autorités compétentes.

Constatez-vous des progrès ou des dégradations dans le bien-être des animaux en élevage laitier ?

P. K. : Cela va dans le bon sens, sans aucun doute. Et l’agrandissement des troupeaux n’est pas un facteur aggravant, car la réussite passe par un bâtiment le plus confortable possible en matière d’ambiance, de couchage, de circulation, etc. Le principal risque que j’identifie est le défaut de bien-être chez certains éleveurs en difficulté économique. Quand on ne compte pas ses heures et qu’on ne gagne pas sa vie, la motivation n’est plus là et les conditions d’élevage peuvent se dégrader rapidement. Cependant, des solutions relativement simples à mettre en œuvre et peu coûteuses existent, pour peu qu’on se donne la peine d’observer ses animaux pour mieux les comprendre.

Propos recueillis par Dominique Grémy
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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