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Dossier. Maîtriser les investissements et dégager de la valeur ajoutée

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Romain ) avec sa conjointe Caroline, sa fille Sarah, ses parents Irène et Jean-Louis, son frère Aurélien. © A. B.

En lait conventionnel et en zone de montagne, Romain Noton a investi prudemment et géré serré en maîtrisant les coûts et la technique.

Installé, depuis février 2015, à 40 km du Puy-en-Velay, Romain Noton a créé avec son père, Jean-Louis, un Gaec dont chacun détient 80 000 € de capital social. Initialement, l’exploitation était gérée en individuel. Le jeune agriculteur a financé sa part avec des prêts JA bonifiés sur quinze ans à 1 %. Il a placé sa DJA (25 000 €). Actuellement locataire...
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Installé, depuis février 2015, à 40 km du Puy-en-Velay, Romain Noton a créé avec son père, Jean-Louis, un Gaec dont chacun détient 80 000 € de capital social. Initialement, l’exploitation était gérée en individuel. Le jeune agriculteur a financé sa part avec des prêts JA bonifiés sur quinze ans à 1 %. Il a placé sa DJA (25 000 €). Actuellement locataire de son habitation, il prévoit la construction d’une maison. Les actifs de l’exploitation hors foncier(1) (bâtiment, matériel, cheptel, stocks…) avaient été estimés par le CERFrance Haute-Loire. « Le prix de la reprise a été fixé à un niveau très raisonnable de 170 000 €, précise Romain. Si le lait était payé à son juste prix, nous n’aurions pas de problème pour estimer les biens de l’exploitation à leur valeur réelle. La difficulté des transmissions est que l’outil de production est trop cher par rapport à la rentabilité espérée. » D’où l’importance de bien maîtriser ses investissements. « Ne pas prendre de risques », tel a été le leitmotiv de Romain lors de son installation. Les investissements ont été limités à 246 700 € ; 50 000 € ont servi à renouveler le matériel une mélangeuse de plus grande capacité (13 m3 au lieu de 10) et un tracteur d’occasion de 100 ch ; 177 000 € ont été nécessaires à l’extension de la stabulation à logettes paillées, de 42 à 64 places. Un Dac a été installé et des tapis ont été posés dans les logettes (ce qui réduit l’achat de paille). La salle de traite en épi est passée de 2 x 4 à 2 x 6 avec décrochage automatique. Le bâtiment construit en 2001 reste très simple. Les couloirs sont raclés au tracteur.

Chute du prix du lait en 2015,sécheresses en 2018 et 2019

Romain et son père ont fait preuve de prudence, et bien leur en a pris. En 2015, le prix du lait a chuté. Les années suivantes, il a fallu faire face à des sécheresses sévères. Les années 2018 et 2019 ont été particulièrement dures (une centaine de tonnes de maïs épi a dû être achetée) et jusqu’à cette fin avril, l’année 2020 démarrait sous de mauvais auspices. Précoce malgré les gelées, la pousse d’herbe s’était arrêtée à cause du manque d’eau et des grosses chaleurs de mars. Heureusement 60 mm d’eau sont tombés entre fin avril et mi-mai, ce qui a permis d’ensiler 15 premiers hectares dès le 9 mai (avec 15 bons jours d’avance).

Outre des investissements raisonnés, Romain s’est attaché à améliorer l’efficacité technico-économique du système de production. Alors que l’exploitation familiale produisait initialement 250 000 litres de lait avec 45 montbéliardes sur 58 ha, la reprise d’une partie des terrains de deux exploitations voisines a porté la surface à 97 ha (dont 90 ha attenants aux bâtiments). En améliorant le parcellaire, cet agrandissement permet de développer le pâturage, habituellement pratiqué de début avril à fin octobre. « Les vaches sortent en journée, entre 9 h 30 et 17 h 30 », précise le jeune éleveur. Elles sont aussi affouragées à l’auge avec une ration mélangée composée d’ensilage maïs (15 kg brut), d’enrubannage de seconde coupe (3,5 kg), de triticale (1,5 kg), de tourteau de soja (1 kg), de minéral (200 g) et de sel (80 g). La quantité (jusqu’à une demi-ration) varie selon l’herbe disponible dans les parcelles. Au-dessus d’une production laitière de 25 kg par jour, une complémentation, la même qu’en hiver, est apportée au Dac (0,8 kg de corn gluten et 1 kg de VL à 19,7 % de MAT).

Le maïs ensilage pour sécuriser la ration

Pour nourrir le troupeau (71 vaches, pour 510 000 litres de lait livré) et réduire le coût alimentaire (2) (113 €/t, contre 128 €/t pour le groupe suivi par le conseil élevage), les agriculteurs misent sur des fourrages de qualité et travaillent l’herbe. Sur les terrains séchants mais portants, les animaux sortent de bonne heure sur des prairies naturelles. À partir de juin, les laitières passent sur des temporaires qui ont été ensilées. Ces prairies composées d’un mélange classique de ray-grass hybride, trèfle violet, trèfle blanc, dactyle et luzerne cèdent le pas à une céréale dès que leur production devient trop faible. Depuis trois ans, un peu de fétuque est ajouté dans les mélanges. « Cette plante est moins lactogène mais elle passe mieux les étés que les ray-grass », notent les éleveurs. L’herbe est ensilée de bonne heure. « À trois sur l’exploitation, et avec les deux faucheuses de la Cuma, on peut intervenir quand il faut et faucher jusqu’à 35 ha d’un coup. »

Avec le changement climatique, les gelées de printemps, les étés et automnes secs, il devient toutefois plus compliqué de faire pousser l’herbe. La ration des laitières, composée initialement d’ensilage d’herbe et de maïs épi, a donc été modifiée pour sécuriser l’alimentation du troupeau. Cet hiver, l’alimentation se composait de maïs ensilage (17 kg brut), d’enrubannage de deuxième coupe à 75 % de MS (2,2 kg), d’ensilage d’herbe à 29,4 % (25 kg), de triticale produit sur l’exploitation (1,8 kg), de tourteaux de soja (1,8 kg), de minéral 6-22-5 (200 g) et de sel (80 g). Depuis deux ans, 6 à 7 ha de maïs ensilage sont cultivés dans les parcelles les plus profondes. Les variétés les plus précoces sont semées début juin et récoltées en octobre.

« L’idée est de rester à 510 000 litres de lait livré »

« Même en année sèche, avec quelques orages, on arrive à récolter 11 t/ha de MS, constate Romain. En altitude, les nuits fraîches donnent un peu de rosée et le maïs résiste mieux. Sans le maïs ensilage qui s’est substitué aux achats de maïs épi (56-58 t par an, à 140-145 €/t), nous aurions eu du mal à passer les deux dernières années. L’ensilage d’herbe au printemps n’avait produit que deux tiers de son volume normal. Les deuxièmes coupes n’avaient donné qu’à moitié. Le maïs est aujourd’hui un levier d’adaptation indispensable. Avec 70 vaches plus les génisses, on est assez chargés (1,2 UGB par ha) compte tenu du potentiel agronomique limité de nos terrains. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Nous manquons de surface. Avec l’installation de mon frère, prévue fin 2021 lors du départ à la retraite de mon père, l’idée est de rester à 510 000 litres de lait livré. Si nous avons l’opportunité de récupérer des parcelles, alors nous augmenterons la surface en herbe et réduirons celle de maïs. »

En attendant, le Gaec pilote son troupeau de façon rigoureuse : l’IVV est de 376 jours, le pourcentage de femelles inséminées en IA1 atteint 64 %, la quantité de lait par jour de vie est de 9,9 kg. Le prix de vente du lait est optimisé grâce à sa qualité (aucune pénalité, jamais de butyriques) et à ses taux élevés (47 de TB et 36 de TP cet hiver). Un tel niveau a un impact positif sur la paie de lait de 40 à 50 € les 1 000 litres (25 € en moyenne sur l’année). Après avoir augmenté le nombre de génisses en faisant des semences sexées pour assurer un renouvellement suffisant et de qualité, Romain entend désormais réduire l’effectif des jeunes. « On en a trop et il n’y a pas de marché ; 15 à 16 chaque année, avec un âge au premier vêlage de 26-27 mois à peine, suffiront. » La stratégie développée ces dernières années a porté ses fruits.

« Avec des investissements contenus les premières années de mon installation, on s’en est mieux tirés qu’attendu, commente Romain. Malgré ces années climatiquement difficiles, nous livrons 510 000 litres de lait, contre 405 000 litres initialement prévus dans mon plan de développement de l’exploitation (PDE). » La situation permet à Romain de prélever chaque mois 2 000 €, ce qui lui laisse un disponible de 1 500 € une fois qu’il a remboursé son annuité.

Son père se contente de 1 500 €. Maire jusqu’en 2020, ce dernier complète avec sa petite allocation d’élu. Du coup, de nouveaux investissements ont été engagés : une nurserie a été construite en 2018, pour un coût de 19 680 € : l’appentis de 5 m de large par 20 m de long, avec des filets brise-vent sur le long pan, dispose de cases individuelles. Les 15 veaux, sevrés entre un mois et un mois et demi, sont nourris au lait entier.

En septembre 2018, le frère de Romain, Aurélien, ancien salarié du BTP, a été embauché par le Gaec. Il prendra la suite de Jean-Louis quand celui-ci partira.

« En 2015, il n’était pas écrit que nous sortirions trois revenus trois ans plus tard, notent les agriculteurs. En revanche, si les conditions climatiques difficiles perdurent, il n’est pas sûr que nous puissions maintenir un poste de salarié. »

Anne Bréhier

(1) 100 % fermage (dont 45 ha propriété de la famille et loués au Gaec).

(2) Dont 56 €/t de concentrés (228 g de concentré par kg de lait), contre 67 €/t pour le groupe, et 10 €/t de minéraux et coproduits.

La salle de traite en épi est passée de 2 x 4 à 2 x 6 avec décrochage automatique. © A. B.
La stabulation à logettes paillées, construite en 2001 pour 42 vaches, a été agrandie de 22 places. © A. B.
La nurserie, autoconstruite en 2018 en face de la laiterie, pour 19 680 €, héberge 15 veaux en cases individuelles. © A. B.
Les montbéliardes, sorties le 2 avril, abordent leur second tour de pâturage. La pluie de début mai a relancé la pousse de l’herbe. © A. B.
L’avis de…
« Au-delà des objectifs en quatre ans » L’avis de… Audrey Escalier, CERFrance Haute-Loire

« La transformation de l’exploitation individuelle en Gaec, avec la reprise de 20 ha, a été abordée au moins un an et demi avant l’installation. La question de la viabilité de l’exploitation a été posée, avec toujours à l’esprit les objectifs des éleveurs : améliorer les conditions et la productivité du travail ainsi que le confort des animaux.

L’installation de Romain s’est réalisée alors que l’exploitation était dans une phase d’annuités descendante, un timing réfléchi d’avance. L’évaluation de l’actif a été réalisée sur la base de la valeur économique de la structure, et non pas uniquement sur la valeur patrimoniale.

En ce qui concerne les investissements, Romain et son père partageaient une même vision : investir raisonnablement pour ne pas subir une charge financière trop lourde, disposer d’un outil performant et dimensionné. Ils ont choisi d’adapter l’outil existant en agrandissant la stabulation construite en 2001 et très bien entretenue. Dans une région d’altitude, avec un climat difficile, ces agriculteurs exigeants techniquement et économiquement maîtrisent l’exploitation, leurs sols et leur système. Comme tout le reste, la mise en place du maïs dans la rotation a été bien réfléchie. Alors que l’objectif était de livrer 410 000 litres de lait à Sodiaal avec 62 montbéliardes­ sur 81 ha, quatre ans après l’installation de Romain, le Gaec a plus que dépassé les objectifs, avec quasiment 500 000 litres livrés, à 366 €/1 000 l sur 2018-2019. C’est une performance, compte tenu du contexte pédoclimatique et des marchés. Aujourd’hui, l’exploitation fait vivre trois personnes à temps plein, ce qui permet de préparer la transmission – le retrait de Jean-Louis fin 2021, l’installation d’Aurélien, le frère de Romain, embauché depuis 2018 sur la ferme – tout en partageant les savoirs et les décisions. »

    À Charraix (Haute-Loire), à 950 m d’altitude, terrains superficiels et séchants

    Gaec à 3 UMO (deux associés et un salarié)

    95 ha de SAU : 6 ha de maïs ensilage, 10 ha de céréales (seigle et triticale), 24 ha de prairies temporaires, 55 ha de permanentes

    70 montbéliardes à 7 900 kg de lait, à 41 de TB et 33 de TP, et 140 000 leucocytes par ml de lait (Haute-Loire conseil élevage)

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