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Dossier. La réponse scientifique à cinq attentes ou craintes sociétales

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Recherche. La ferme Inrae de Marcenat (Cantal) mène depuis 2017 des expérimentations de veaux laitiers sous la mère. © A.Nicolao

Qu’on le veuille ou non, le bien-être animal devient une nouvelle dimension dans la conduite de son élevage. L’Éleveur laitier a sollicité quatre scientifiques pour un débat serein.

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a publication de seize indicateurs du bien-être animal par le Cniel le prouve : sa formalisation dans les élevages est devenue une réalité. De même, les attentes, les interrogations, les reproches ou les craintes ne s’expriment plus uniquement dans les médias nationaux ou sur les réseaux sociaux, mais s’invitent dans les discussions familiales et amicales. L’Éleveur­ laitier a identifié cinq questions, sur lesquelles trois enseignants-chercheurs de VetAgro Sup campus vétérinaire de Lyon, et un ingénieur chercheur de l’Inrae de Clermont-Ferrand­,­ ont accepté d’apporter leur expertise, « pour privilégier un débat serein ». Les premiers sont membres de l’équipe Comportement animal, robustesse et approche intégrée du bien-être animal (Caraibe), le dernier de l’équipe Conception, modélisation et évaluation des systèmes d’élevage d’herbivores, tous au sein de l’unité de recherche Herbivores.

Faut-il continuer à séparer le veau de la vache laitière après sa naissance ?

Séparer le veau de sa mère après la naissance a deux avantages : l’éleveur apporte facilement les six litres de colostrum qui sont nécessaires au nouveau-né dans les premières vingt-quatre heures, et la vache et le veau ont un faible attachement. Malgré tout, on ne peut plus ignorer cette question car les consommateurs sont sensibles au devenir des jeunes animaux. « L’ignorer pourrait être préjudiciable à la filière laitière, estime Dominique­ Pomiès, ingénieur d’études travaillant­ à la ferme Inrae de Marcenat (Cantal). De plus, ne pas les séparer peut être bénéfique en matière de charge de travail pour les éleveurs. » Il a expérimenté ces trois dernières années plusieurs pratiques d’allaitement de veaux sous la mère. Cela n’empêche pas de traire les vaches deux fois par jour et de vendre leur lait. Dans l’essai de 2017, après trois jours passés ensemble, les veaux ont accès à leur mère soit vingt minutes avant chaque traite, soit après pendant deux heures. Au-delà de 15 jours, les tétées ont lieu autour de la traite du matin jusqu’au sevrage (à 100 kg). En 2018, mères et veaux sont ensemble durant cinq jours, puis uniquement entre les traites du matin et du soir. Ils sont séparés au sevrage. Ce protocole est reconduit en 2019 mais la séparation a lieu à trois semaines.

Plusieurs enseignements sont tirés de ces trois années. En premier lieu, sur la croissance des veaux. « Hormis l’essai de 2017 de tétée après la traite, arrêté prématurément faute d’une croissance suffisante, les veaux ont une croissance identique ou supérieure à ceux élevés en case individuelle jusqu’à 8 jours d’âge puis au Dal jusqu’au sevrage (lot témoin) », indique Dominique Pomiès.

Du côté de la production laitière, les résultats sont plus mitigés. « Durant l’allaitement, il y a 10 à 15 kg de lait vendus en moins par vache et par jour par rapport au lot témoin. » Le lait est moins riche en matière grasse, mais plus en protéines. Les comptages cellulaires sont similaires. Après la séparation, la courbe de lait vendu rejoint celle du lot témoin. « En contrepartie de ce manque de livraisons, on économise la distribution de lait entier ou de lait en poudre aux veaux. Au final, nous estimons à 5 % de la lactation le lait non produit. » Comment les veaux et les mères ont-ils réagi à leur séparation ? « Sans surprise, elle induit un stress qu’ils expriment par des vocalisations. C’est aussi un stress pour l’éleveur, qui doit gérer celui des animaux. » Les meuglements des vaches durent une semaine, avec une intensité plus forte si elles ont passé plus de temps avec leur veau. Idem pour les veaux mais pas tout à fait pour les mêmes raisons. « Si le sevrage s’effectue en même temps que la séparation, le stress est plus important, constate Dominique Pomiès. Le sevrage en lui-même est un stress. Les veaux élevés au Dal meuglent également au sevrage. »

Les trois années d’essais à Marcenat ouvrent un champ de réflexions et d’études plutôt qu’elles ne tranchent le débat sur l’intérêt ou non de laisser le veau avec sa mère. La ferme expérimentale continue donc. Selon le chercheur : « Laisser trois mois le veau avec sa mère compense largement le stress à la séparation. Nous assistons à des attachements forts qui s’expriment par du léchage, des caresses, des câlins. Le jeune animal apprend la vie en groupe et, avec l’aide de sa mère, à pâturer. »

Seulement, même si les éleveurs souhaitaient s’engager dans une telle conduite, leurs bâtiments ne sont pas conçus pour. Une autre solution pour développer leurs relations sociales serait ce que les Canadiens appellent le « pair housing », c’est-à-dire un logement deux par deux à partir du quatrième jour. L’Institut de l’élevage commence à travailler le sujet (www.idele.fr).

Le pâturage des vaches est-il un élément incontournable du bien-être animal ?

« De nombreuses études montrent un effet positif du pâturage sur le bien-être des vaches pour divers aspects », répond Lydiane Aubé, post-doctorante à VetAgro Sup campus universitaire de Lyon. En premier lieu, il a un effet bénéfique sur leur santé avec, généralement, moins de boiteries, mammites, lésions, problèmes au vêlage et mortalité. « Néanmoins, il y a plus de risques de parasitisme, de contacts avec la faune sauvage et les vaches d’élevages voisins. Ces contacts peuvent conduire à la transmission de maladies. »

Autre argument en faveur du pâturage : il offre un meilleur confort de couchage aux vaches. « Elles ont plus d’espace pour se coucher sans risques de collision avec les équipements et la surface de couchage est généralement confortable. » Attention tout de même au stress thermique dû aux conditions météorologiques. Il est important de fournir aux animaux des abris pour les protéger de la chaleur, du froid et de la pluie. De même, l’abreuvement et l’alimentation sont à surveiller­. « Il peut être parfois difficile d’apporter un nombre suffisant de points d’eau en extérieur et de les maintenir propres, avance Lydiane Aubé. De plus, la qualité et la quantité d’herbe d’une prairie étant variables, il peut être difficile d’équilibrer la ration de façon optimale. Une complémentation peut être nécessaire pour les vaches hautes productrices afin d’éviter un amaigrissement. »

Elle juge également l’accès au pâturage positif sur les comportementaux sociaux des vaches car elles se montrent généralement moins agressives qu’en bâtiment (coups, menaces), avec plus d’interactions positives (léchages mutuels, etc.)

Enfin, point essentiel, l’accès au pâturage permet l’expression des comportements naturels. Les vaches broutent et se déplacent plus librement. « Ce dernier point est un avantage majeur pour leur bien-être. » De plus, elles contrôlent mieux leur environnement. Par exemple, l’herbe étant à volonté, elles peuvent choisir, là aussi, leurs moments d’alimentation dans la journée. Et que penser des systèmes qui ne proposent pas le pâturage ? « On ne peut pas réellement compenser l’accès au pâturage, puisque les vaches ne peuvent pas brouter, répond la chercheuse. Mais il est tout de même possible d’offrir des conditions de vie en bâtiment propices à leur bien-être : cour d’exercice pour marcher plus librement, distribution de fourrages, enrichissement de leur environnement par des brosses, diminution des risques de compétition, etc. »

Inséminer une vache est-il un acte maltraitant ?

Dorothée Ledoux, enseignante-chercheuse également à VetAgro Sup, préfère reformuler la question : « L’insémination artificielle (IA) est-elle une atteinte au bien-être de la vache ? Lors de l’insémination, considère-t-on sa santé physique et son ressenti ? » Le bien-être prend en compte ces deux derniers, alors que la notion de maltraitance (et donc de bientraitance) renvoie aux moyens que ne mettraient pas en œuvre les éleveurs. Deux approches différentes, donc. « Mais il est évident qu’ils font leur maximum pour bien traiter leurs animaux. »

L’IA contribue de façon positive à la santé des vaches inséminées. « Il faut se rappeler qu’elle a joué un rôle majeur dans l’éradication de maladies contagieuses comme la brucellose et les maladies sexuellement transmissibles. » En effet, les dispositions réglementaires sur la qualité sanitaire des semences de taureaux collectées sont strictes. « La santé physique de la vache est davantage maîtrisée qu’en monte naturelle », affirme-t-elle. De même, l’IA ne gêne pas le comportement de chaleurs de la vache puisqu’elle les exprime en l’absence du taureau. La question du bien-être de la vache se pose surtout par rapport au confort, au stress et à la douleur. « Attention aux conditions d’attente, pointe-t-elle, c’est-à-dire l’accès à l’eau, à la nourriture et la séparation de ses congénères. Si la laitière est isolée durant une demi-journée sans boire ni manger, alors oui, il y a atteinte à son bien-être. »

En revanche, on sait peu de choses sur la douleur qu’elle génère. Il a été montré que le taux de cortisol dans le sang et les mouvements d’agitation (piétinement) – indicateurs de stress – augmentent durant la palpation transrectale. « Avec cette seule mesure, on ne peut pas parler de douleur. Il faudrait pouvoir l’évaluer avec d’autres signes plus fins, tels que l’expression faciale. »

De même, on en sait encore peu sur son niveau de stress. « Il a été montré que, le jour de l’insémination, la vache se brossait moins que les trois jours suivants. Cela pourrait être associé à une réduction d’émotions positives. L’insémination artificielle en est-elle la cause principale ? Nous ne le savons pas. » L’éleveur pourra réduire son stress par des caresses ou un peu d’aliments pendant et après l’IA. Cela suppose que la laitière soit habituée à cette démarche (lire page 38).

Avec des vaches équipées de capteurs, évolue-t-on vers des animaux-machines ?

Selon Dorothée Ledoux, enseignante-chercheuse à VetAgro Sup campus vétérinaire de Lyon, les capteurs offrent des perspectives intéressantes dans la prise en compte du bien-être animal. « Nous pouvons y voir un bénéfice : ils permettent l’individualisation du soin à l’animal. C’est le fondement même du bien-être animal qui considère l’individu et non le troupeau. » Pour cela, il faut bien sûr que ces outils aident l’éleveur dans ses décisions, et non qu’ils l’éloignent de ses animaux. Par exemple, l’accéléromètre et le thermobolus fournissent des informations sur l’activité motrice de la vache, sa tempé­rature, son pH ruminal. Leur utilisa­tion permet­ de répondre à des questions telles que : s’abreuve-t-elle ou s’alimente-t-elle moins ? Est-elle moins active ? Sa température augmente-t-elle ? « Les alertes peuvent aider l’éleveur à détecter précocement un animal malade, s’il n’a pas repéré les petits signes avant-coureurs. En cela, ces outils contribuent à identifier l’absence de faim, de soif, d’inconfort et de maladies qui font partie du bien-être. » Peut-être aideront-ils, à l’avenir, à repérer les comportements liés à des états émotionnels positifs ou négatifs.

Enfin, le fait de porter des capteurs est-il préjudiciable à la santé de l’animal ? « En ce qui concerne le thermobolus, son volume et son poids sont comparables à ceux de l’aimant ingéré contre les corps étrangers, répond Dorothée Ledoux. Quant à l’impact sur les bovins des ondes basses fréquences émises par les capteurs, il n’existe pas de connaissance scientifique sur le sujet. »

Une vache à 10 000 kg est-elle moins heureuse qu’une vache à 5 000 kg ?

Selon Luc Mounier, enseignant-chercheur à VetAgro Sup campus vétérinaire de Lyon, il est difficile de répondre à cette question. « Tout dépend de l’élevage, du potentiel génétique de la vache et de la façon dont sa production est encouragée. Pour schématiser, si son potentiel laitier est de 12 000 kg et qu’elle produit 10 000 kg, il n’y a pas de problème. À l’inverse, s’il est de 8 000 kg et qu’elle produit 10 000 kg, il peut y en avoir un. »

Après plusieurs décennies de sélection laitière, la concentration des efforts sur la reproduction et la robustesse des animaux va, pour lui, dans le bon sens. « Le bien-être animal est dépendant de multiples critères qui coexistent. Chaque situation est différente. Il faut se rendre dans l’élevage pour donner un avis. Les démarches d’évaluation sont, à ce titre, intéressantes. »

Luc Mounier porte la même analyse sur les petits et grands troupeaux. « On ne peut pas affirmer que le niveau de bien-être d’un élevage de 50 vaches est supérieur à celui d’un autre de 1 000 vaches. Si ce dernier est bien équipé, avec des salariés qui ont la possibilité de se former, il pourra être performant en matière de bien-être animal. » Il y voit malgré tout trois contraintes : l’absence de pâturage, le nombre élevé d’animaux si le troupeau n’est pas divisé en lots stables et les interactions homme­-animal. Dans de bonnes conditions, le pâturage est positif sur la santé des vaches, leur confort de couchage et leurs comportements sociaux. Les interactions homme-animal, elles, peuvent être sources de stress pour les vaches car la conduite avec plusieurs vachers dans la semaine les force à s’adapter à chaque personne.

« Dans les petits troupeaux, les émotions négatives peuvent également exister, par exemple si la densité est trop importante et que les animaux subissent la compétition de leurs congénères. » Et l’enseignant-chercheur de conclure : « Il est clair qu’un système trop productiviste n’est a priori pas favorable au bien-être des vaches, mais il peut permettre d’investir dans son amélioration. »

Claire Hue
Insémination. La recherche sait peu de choses sur la douleur que l’IA génère. L’éleveur peut réduire le stress de l’animal par des caresses ou un peu d’aliments durant et après l’acte. © WATIER-VISUEL
Protection. Proposer le pâturage n’est pas en soi une assurance de bien-être pour la vache. Il doit s’accompagner, par exemple, d’abris pour la protéger des stress thermiques. © C. Hue
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