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Dossier. La culture du sorgho suscite l’intérêt au nord de la Loire

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Gaec Coudyser (Nord). Dans des sols sableux qui réchauffent vite, les variétés précoces de sorgho monocoupe testées chez Jean-Michel Coudyser ont produit jusqu’à 14 tonnes d’un fourrage à plus de 1 UFL. © Gwendoline Elluin

Les premiers résultats d’essais pluriannuels initiés par les chambres d’agriculture en 2020 semblent indiquer que le maïs ensilage reste le fourrage de référence, malgré les atouts certains du sorgho.

À la recherche de cultures innovantes pour répondre à l’enjeu de l’évolution climatique, les chambres d’agriculture ont initié en 2020 des essais pluriannuels intégrant la culture du sorgho dans le but d’acquérir des références et de les comparer au maïs ensilage, dans des régions que l’on pouvait penser moins concernées par ce problème. « Mais cela nous concerne tous...
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À la recherche de cultures innovantes pour répondre à l’enjeu de l’évolution climatique, les chambres d’agriculture ont initié en 2020 des essais pluriannuels intégrant la culture du sorgho dans le but d’acquérir des références et de les comparer au maïs ensilage, dans des régions que l’on pouvait penser moins concernées par ce problème. « Mais cela nous concerne tous, rappelle Fabien Olivier, conseiller dans la Manche. Y compris en Normandie, où certaines zones sont confrontées à une baisse notable des rendements maïs ou à des arrêts de pousse de l’herbe estivale. »

Dans ces zones géographiques allant de la Bretagne à l’Alsace où le cumul de températures constitue un frein, cette première année d’essai souligne le difficile équilibre à trouver entre un semis, dans un sol suffisamment réchauffé, d’une espèce lente à l’implantation et le risque de sécheresse précoce. « Il faut au moins 20 mm de précipitations pour sécuriser l’implantation et permettre au sorgho de développer un système racinaire apte à faire face au stress hydrique en été », souligne Olivier Fritzinger, conseiller de la chambre d’agriculture d’Alsace.

Dans le Nord, des résultats surprenants en sols séchants

Dans le département du Nord, 6 variétés de sorghos grains monocoupes ensilages, précoces à demi-précoces, ont été mises à l’essai : 3 BMR et 3 variétés « ensilages » non BMR. Le semis a été réalisé dès le 7 mai, juste avant les saints de glace (12-13 mai). « Un semis très précoce pour la région qui représente un vrai risque lié aux gelées blanches, survenues heureusement avant la levée », reconnaît Gwendoline Elluin, conseillère au Geda de Lille et de Scarpe-Hainaut. Malgré une levée de 62 %, les résultats de ce premier essai sont encourageants, voire surprenants : de 11,7 à 14,1 tMS/ha d’un fourrage récolté entre 29,6 et 33,9 % de MS le 16 octobre. « Cette année, les 1 700 °C nécessaires pour récolter un sorgho à maturité étaient atteints le 20 septembre, avec un grain au stade pâteux », précise la conseillère. Mieux, les analyses en vert affichent des valeurs de 0,96 jusqu’à 1,08 UFL pour la variété Master (Semental) ou 1,03 UFL pour Biggben (RAGT). Ces variétés grains ensilages, les plus précoces du marché, sont aussi moins complémentaires du maïs, au regard de valeurs en amidon qui oscillent entre 15 % et plus de 20 %. Il faut préciser que ces essais ont été implantés à Hergnies, au Gaec Coudyser, dans des sols sableux à silex et où les maïs ont parfois tendance à se dessécher. De plus, après un printemps sec, la culture a bénéficié de 50 mm de précipitation en août. Ici, les éleveurs l’ont implantée selon une technique de travail au sol simplifiée, derrière une avoine, sur laquelle 40 tonnes de fumier ont été apportées en mars avant sa destruction chimique, début avril. Le semis direct a été fait à 5-6 cm de profondeur « sur les conseils du semencier, afin d’optimiser l’enracinement, explique Jean-Michel Coudyser (photo ci-contre). À cette profondeur, sous une croûte de 2-3 cm, la semence a pu trouver de la fraîcheur au cours d’un mois de mai très sec. Ce sont des parcelles où je réalisais 16 à 17 t de MS/ha de maïs. Mais la dégradation des rendements depuis deux ans m’a motivé à faire ces essais dans des terres où le sorgho pourrait être une alternative pour sécuriser les stocks ». Le silo est ouvert depuis quelques jours (début janvier) : dans une ration maïs + herbe + pulpe, il remplacera un tiers de maïs. L’ensilage se présente en brins de 27-28 mm, le maximum permis par l’ensileuse. Le taux de matière sèche élevé génère quelques refus à l’auge. Mais en l’absence de conservateur, l’éleveur n’observe ni moisissures ni pertes de jus et « il se dégage même une bonne odeur du silo ». À titre de comparaison, la parcelle de maïs témoin récoltée à la même date a produit 18,9 tMS/ha. Dans l’attente d’une analyse des performances zootechniques sur un troupeau de 90 holsteins à 9 900 kg de lait, les essais seront reconduits cette année, dans des parcelles de la ferme encore plus séchantes. Des conditions que l’on ne retrouve pas partout dans la région : les mêmes essais plus au nord, aux Attaques (proche de Calais), sont légèrement en retrait malgré des records de températures : de 7,9 à 10 tMS/ha pour la variété Master, récoltée à 27,4 % de MS.

En Lorraine, les sorghos pénalisés par un printemps froid

Dans le département de Meurthe-et-Moselle, les rendements du sorgho monocoupe observés en 2020 sont pénalisés par l’écart important des températures jour/nuit et une sécheresse très marquée. Le semis a été réalisé le 15 mai (220 000 graines/ha) au semoir monograine à 57 cm d’écartement. Les levées ont été plutôt homogènes, grâce aux pluies de fin mai-début juin. Contrairement au maïs qui a dû être ressemé, il n’y a pas eu de dégâts de corbeaux, constate Amélie Boulanger, conseillère à la chambre d’agriculture.

« Cette observation a été faite sur d’autres sites : les graines plus petites, semées plus dense, sont probablement moins appétentes. » Le désherbage mécanique (passage de houe + binage) a permis de maîtriser le salissement. « Malgré un temps chaud et sec qui s’est installé quasiment jusqu’à la récolte, le sorgho monocoupe a fait son cycle et affiche une productivité satisfaisante de 5 à 7 tMS/ha au vu du potentiel de la parcelle. » La récolte a eu lieu le 25 septembre, en prévention du risque de gelée précoce. En comparaison, une parcelle voisine de maïs semée 15 jours plus tôt, sans problèmes de corbeaux, a produit 10 tMS/ha. Mais grâce au gène BMR des trois variétés testées, la valeur énergétique des sorghos est supérieure à 1 UFL, c’est-à-dire supérieure à celle du maïs ensilage moyen, à 0,91. Ils sont aussi plus digestibles (dMO de 77,7 % à 78,8 % contre72 %). « Dans les terres à bon potentiel, le maïs reste la référence. Les sorghos sont une alternative intéressante en cas de semis tardif et en conditions sèches estivales car ils ne craignent pas le sec à floraison. Ils ne craignent pas non plus les corbeaux. Il conviendra de poursuivre les essais afin de cibler les variétés adaptées à notre climat lorrain. »

En Moselle, le printemps froid qui s’est prolongé après le semis, cumulé au manque d’eau, a fortement affecté les résultats : une plateforme d’essais s’est même révélée inexploitable en raison du salissement. « Nous avons semé le 25 mai pour avoir un sol réchauffé, indique Céline Zanetti, de la chambre d’agriculture. Les monocoupes ont végété longtemps et ont été dominés par les mauvaises herbes. » En revanche, les variétés multicoupes implantées dans les mêmes conditions, avec un semis plus profond, pour aller chercher l’humidité, ont produit 8 à 10 tMS en deux coupes (la première le 17 juillet). Dans des conditions plus froides, des rendements observés de 4 à 5 tMS/ha (coût de semence de 45 à 50 €/ha) restent intéressants, avec des valeurs alimentaires proches d’un regain ou d’une luzerne : 18 % MAT et 0,82 UFL en vert. « Il faut rester vigilant sur la précision des analyses alimentaires, rappelle la conseillère (voir p.33). Le sorgho multicoupe s’en sort mieux, mais sa valeur est moins adaptée pour faire du lait. Il peut être intéressant pour faire du stock ensilé avec un fourrage de la valeur d’un foin. Pas pour remplacer le maïs dans les bonnes terres. »

En Alsace, des résultats catastrophiques en double culture

Le manque d’eau au printemps a eu un fort impact sur les essais de double culture menés en Alsace : méteil + sorgho monocoupe (demi-précoce) ou méteil + maïs semés mi-mai. Ici, les rendements du sorgho comme ceux du maïs plafonnent à 5 tMS/ha, dans un contexte où le méteil avait déjà souffert d’absence de pluie pendant six semaines entre mi-mars et début mai. « Ce premier essai de double culture est catastrophique, même si le sorgho s’en sort un peu mieux, précise Laurent Fritzinger. Là où les maïs ont grillé, le sorgho a végété avant de reverdir en septembre avec le retour des pluies. Ce dernier, lent au démarrage, dans un sol asséché en profondeur par le précédent, a été dépassé par les adventices. Cet échec nous amène à envisager une récolte plus précoce du méteil, et un semis du sorgho également plus précoce, pour lui permettre de s’implanter avant le coup de chaud. » En revanche, le conseiller note le très bon résultat du sorgho moncoupe semé sur sols nus, où il fait aussi bien que le maïs, « voire plus ! » À noter également que les variétés multicoupes semées mi-mai tirent bien leur épingle du jeu grâce à leur implantation plus rapide, mais avec des valeurs limitées à 0,7 UFL.

En Normandie, le semis tardif pénalise la levée et la matière sèche

En Normandie, 3 plateformes d’essais ont été semées (210 000 pieds/ha) les 3 et 8 juin, dans des sols superficiels où sont régulièrement observés des rendements maïs de 8 à 9 tMS/ha. Les résultats sont hétérogènes : dans l’Orne et en Seine-Maritime, l’essai n’a pas été à son terme, « le sorgho, pas plus que le maïs, explique Fabien Olivier, de la chambre d’agriculture de la Manche. Par manque de pluie à la levée, la plante ne s’est pas développée ». Mais, sur le littoral de la Manche, en sols sableux, la plante a bénéficié d’eau dans les huit jours suivant le semis, avant une absence de pluie et quelques précipitations d’août qui lui ont permis de repartir. Avec une récolte le 22 octobre, le meilleur sorgho a produit autant que les meilleurs maïs, avec des valeurs comprises entre 0,83 et 0,87 UFL, contre 0,84 à 1 UFL pour le maïs :

Arigato, une variété précoce (groupe 1), a produit 5,2 tMS/ha à 28 % MS ;

Emeraude, une variété demi-tardive (groupe 1), entre 9 et 10 tMS/ha à 21 % de MS, là où le maïs récolté à la même date a produit 8 à 10 tMS, entre 33 et 34 % MS.

« Ce premier résultat indique que le cumul de températures est bien un facteur limitant et doit nous amener à avancer le semis vers le 15 mai, pour se donner plus de chance de garder un minimum d’humidité dans le sol et aller chercher 1 ou 2 points de MS. Si l’on compare ces deux cultures dans le contexte d’une très bonne année fourragère, le maïs, plus simple à conduire et plus productif, reste une valeur sûre : 9 000 UFL par hectare contre 4 500 à 8 500 pour le sorgho. Un semis plus précoce dans un contexte d’été plus sec permettra d’affiner la comparaison. Car le sorgho a des atouts : un coût de semence deux fois moins élevé (100 €/ha) et économe en intrants. Malgré des taux de 21 % de MS, il coule peu au silo. Du fait de sa teneur élevée en sucre, sa texture collante a parfois généré un bourrage des tuyaux de l’ensileuse, ce qui peut présenter l’intérêt d’une ration plus compacte. Dans notre région, il n’a pas encore vocation à remplacer le maïs et doit plutôt s’inscrire dans une logique de diversification fourragère pour atténuer le risque d’une mauvaise récolte. »

Jérôme Pezon
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