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Dossier. Du lupin et de la féverole toastés pour baisser la part du soja

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Damien Gélineau, pour nourrir ses laitières, cultive déjà 20 ha de lupin et de féverole. En 2021, il sèmera aussi du soja. © Denis Lehé

En quatre ans, le Gaec de la Tuilerie a gagné en autonomie protéique. Comment ? En semant des protéagineux qui sont ensuite toastés chez un négociant local.

Le cahier des charges de l’AOP beurre Charentes-Poitou est en cours d’évolution. L’une des principales modifications concerne l’interdiction pour les producteurs d’employer des OGM dans l’alimentation de leurs laitières. Cette mesure, qui devrait entrer en vigueur d’ici deux à trois ans, remet en cause l’utilisation de tourteaux de soja d’importation comme source de protéines pour les producteurs de l’AOP...
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Le cahier des charges de l’AOP beurre Charentes-Poitou est en cours d’évolution. L’une des principales modifications concerne l’interdiction pour les producteurs d’employer des OGM dans l’alimentation de leurs laitières. Cette mesure, qui devrait entrer en vigueur d’ici deux à trois ans, remet en cause l’utilisation de tourteaux de soja d’importation comme source de protéines pour les producteurs de l’AOP. Ne voulant pas être trop dépendant de cette matière première au prix fluctuant, Damien Gélineau­, agriculteur dans les Deux-Sèvres, a donc décidé depuis quelques années de réduire ses achats de soja. Cet éleveur, installé en Gaec avec ses neveux Thomas et Florian, a semé du lupin pour la première fois en 2016, et a commencé la culture de la féverole deux ans plus tard. « Ces deux protéagineux occupent désormais 10 ha chacun dans l’assolement, explique-t-il. L’implantation se fait au semoir à céréales classique. Nous pratiquons beaucoup les techniques simplifiées sur l’exploitation, mais pour ces deux cultures, j’avoue avoir ressorti la charrue. Les parcelles sont souvent plus propres après un labour et les levées plus régulières, avec notamment moins de problèmes dus à la mouche du semis. » L’éleveur a opté depuis cette année pour des variétés d’hiver, plus productives. Celles de printemps présentent selon lui deux inconvénients : le semis débute en février, alors qu’il n’est pas toujours facile de rentrer dans les champs, et la floraison arrive souvent en période trop chaude. La récolte est réalisée par une ETA qui intervient de préférence le matin, car en pleine chaleur, les gousses s’égrènent facilement. Les rendements en lupin et féverole varient de 20 à 35 q/ha selon les années. Les grains récoltés sont stockés sur une plateforme bétonnée sous un hangar.

Échange de marchandises

Pour être plus facilement assimilées par les vaches, les graines de lupin et de féverole nécessitent un traitement thermique appelé toastage (lire l’encadré). L’opération est réalisée en prestation par Pasquier Végétal, un négociant en céréales basé à une quarantaine de kilomètres de l’exploitation. Toutes les six à huit semaines, un camion livre au Gaec de Damien Gélineau un mélange de lupin et de féverole déjà toasté et aplati. Le chauffeur repart ensuite avec des graines brutes, chargées sur l’exploitation. Cette prestation est facturée à 90 €/t, toastage, laminage et transport compris. L’aliment est stocké dans un silo vertical équipé d’une vis de reprise utilisée tous les jours pour charger la mélangeuse. Il s’agit d’un échange de marchandises puisque le grain distribué aux animaux n’est pas celui produit sur l’exploitation. Cette organisation simple et économique convient bien à Damien Gélineau et à ses associés. Pour les éleveurs qui souhaitent utiliser leur propre production, Pasquier Végétal propose depuis cet été une prestation à la ferme grâce à un toaster mobile monté sur un camion.

Actuellement, la part des protéagineux de l’exploitation atteint 1 kg/j dans la ration des vaches. Cela reste minoritaire comparé aux 2,5 kg de tourteaux de soja et 1,5 kg de tourteaux de colza distribués quotidiennement. « Atteindre une autonomie totale me semble difficile, commente Damien Gélineau. Mais nous pouvons encore faire mieux. La saison prochaine, nous allons implanter du soja. Il existe de nouvelles variétés adaptées aux conditions pédoclimatiques du Grand Ouest. Apparemment, après toastage, cela donne de bons résultats en production laitière. Si les rendements sont corrects, nous augmenterons encore la part de protéines autoproduites. À terme, en achetant davantage de tourteaux de colza, nous parviendrons peut-être ainsi à supprimer totalement le soja d’importation dans la ration. »

Denis Lehé
Les graines de protéagineux ont été toastées puis laminées chez un négociant local. © Denis Lehé

    l Maïs ensilage : 35 kg

    l Enrubannage (seigle + trèfle) : 8 kg

    l Paille d’orge : 0,5 kg

    l Tourteaux (70 % soja + 30 % colza) : 3,5 kg

    l Féverole et lupin toastés (50/50) : 1 kg

    l Maïs grain en granulés (ou mélange d’orge et de maïs grain aplatis) : 1,5 kg

3 questions à…
« Toaster les graines réduit la dégradabilité des protéines dans le rumen. »« Il faut au minimum aplatir les grains pour les rendre disponibles aux bactéries du rumen » 3 questions à… Benoît Rouillé, de l’Institut de l’élevage

Après la récolte, quelles sont les règles à respecter pour conserver la qualité du grain ?

Benoît Rouillé : La fabrication d’un aliment de qualité à la ferme passe en premier lieu par un stockage en bonnes conditions afin de conserver l’appétence du produit. À la récolte, il faut donc veiller à la propreté du grain et s’assurer que le taux d’humidité ne dépasse pas les 15 %. Dans le cas d’un mélange de plusieurs espèces, l’éleveur peut aussi estimer la proportion de chaque composant à partir d’échantillons qu’il sépare rapidement. Sinon, il lui est possible d’utiliser un trieur séparateur. Cela a un coût, mais trier des graines de tailles différentes est également intéressant pour pouvoir ensuite les écraser plus efficacement sans risque de laisser intacts les grains les plus petits.

B. R. : Qu’il s’agisse de céréales ou de protéagineux, ouvrir la graine est indispensable pour que les bactéries du rumen la valorisent efficacement. Il faut donc au minimum aplatir le grain pour casser la coque. Si on retrouve du grain entier dans les bouses, cela signifie qu’il n’a pas été assimilé par les vaches car il n’a pas été correctement travaillé au préalable. Le broyage augmente les surfaces d’attaque, mais pour les bovins, il n’est pas nécessaire de faire une mouture trop fine. En résumé, les deux techniques sont bien adaptées, à condition de les maîtriser et d’utiliser un matériel bien entretenu. En revanche, je ne recommande pas de préparer son aliment trop longtemps à l’avance, car la qualité peut se dégrader à partir de quelques jours de stockage.

B. R. : Toaster les graines de protéagineux réduit la dégradabilité des protéines dans le rumen. Il reste donc davantage de protéines disponibles au niveau intestinal qui seront disponibles pour la production de lait. La valeur de PDI de la graine toastée s’en trouve améliorée par rapport à une graine crue. Néanmoins, le gain de production n’est pas automatique. Dans le cadre du projet DY+ (1), des essais ont comparé des lots d’animaux nourris soit avec de la féverole crue, soit avec de la féverole toastée. Aucune différence significative n’a été relevée ! Cela s’expliquerait par un déficit global de la ration en méthionine, un acide aminé généralement peu abondant dans les graines de protéagineux, dont le déficit est accentué par le toastage. Cela signifie qu’il faut une ration parfaitement dosée pour que le toastage soit bénéfique. La technique est également délicate, car il faut respecter des règles précises en matière de température et de durée d’exposition à la chaleur en fonction de l’espèce et du taux d’humidité. Enfin, le toastage a un autre avantage : il améliore la conservation du grain dans le silo, car il durcit la coque.

(1) Le projet DY+ sur Idele.fr

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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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