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Dossier. « La première des adaptations est de limiter le gaspillage »

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Didier Deleau est ingénieur fourrages à Arvalis Institut du végétal, responsable de la station expérimentale de Saint-Hilaire-en-Wöevre (Meuse), membre et ex-président de l’AFPF, l’Association française pour la production fourragère. © J. P.

La diversification des espèces cultivées est une clé essentielle pour s’adapter aux aléas climatiques. La règle étant de saisir les opportunités en anticipant leur place dans le système fourrager. Mais avant tout, il s’agit de ne pas gaspiller les ressources disponibles.

La diversification des espèces cultivées est-elle la clé de la résilience des systèmes fourragers face à la multiplication des aléas climatiques ?
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La diversification des espèces cultivées est-elle la clé de la résilience des systèmes fourragers face à la multiplication des aléas climatiques ?

Didier Deleau : Cela semble incontournable, car les systèmes d’élevage qui misent sur un nombre limité de ressources sont forcément plus vulnérables. Il y a aussi la nécessité de constituer une trésorerie fourragère de l’ordre de deux à trois mois de stocks supplémentaires pour la période estivale. Enfin, il est plus que jamais essentiel d’adapter les niveaux de chargement aux surfaces fourragères disponibles. Mais avant tout, en conditions difficiles, la première chose à faire est d’éviter le gaspillage des ressources disponibles : notamment l’herbe issue des prairies naturelles. Bien gérées, elles assurent un bon niveau de performances à un coût réduit. Sur ces surfaces, maximiser le pâturage, c’est autant de stocks en moins : 15 jours de pâturage en plus pour un lot de génisses, c’est environ 150 €/ jour de gagné.

Quelles sont les pistes pour optimiser la production et la qualité des prairies naturelles ?

D.D. : Ce sont des surfaces trop souvent négligées au regard des pratiques de fertilisation. Il faut bien sûr éviter d’avoir des pH inférieurs à 5,5, mais c’est assez rare. Le problème concerne surtout les apports de phosphore et de potasse, nécessaires au moment du renouvellement du système racinaire, pour stimuler sa croissance : c’est par ce biais que l’on favorise la capacité de la plante à aller chercher les éléments minéraux et l’eau dans les différentes couches du sol. Les analyses montrent que les prairies naturelles sont souvent carencées en potasse, en raison d’années d’impasse. C’est une source d’appauvrissement floristique, dont un signe est leur pauvreté en légumineuses. Or, la présence des légumineuses participe non seulement au rendement et à la qualité, mais elle apporte aussi davantage de souplesse d’exploitation en préservant plus longtemps la valeur alimentaire de la prairie. C’est pourquoi je recommande de réaliser des analyses foliaires pour évaluer les besoins des prairies permanentes en phosphore et potassium.

Améliorer la gestion du pâturage sur ces surfaces est aussi un moyen de gagner facilement 1 à 1,5 tonne de MS par hectare.

Toutes les projections climatiques vont dans le sens d’une pousse d’herbe plus importante en sortie d’hiver, au printemps et à l’automne. Aussi, lorsque l’on cherche à limiter les gaspillages, la date de mise à l’herbe est déterminante. Si l’on attend qu’il y ait une hauteur d’herbe suffisante pour sortir les bêtes, il est déjà trop tard. Le premier critère à observer est la portance des sols. Dès qu’elle est acceptable, c’est le moment de sortir. Pour compenser la faible hauteur d’herbe, il faudra attribuer des surfaces de l’ordre de 70 ares/UGB, voire davantage. En cas de températures encore fraîches, on sortira en priorité les animaux les moins fragiles, par exemple des génisses. Ce déprimage sera bénéfique au tallage des graminées et offrira des repousses feuillues de qualité. Il se pratique également sur des parcelles destinées à des fauches tardives en foin, mais doit être évité pour les récoltes précoces (ensilage, enrubannage).

Enfin, on observe de plus en plus un pic de production de la prairie à l’automne avec des conditions climatiques favorables. Il ne faut pas négliger cette ressource, qui a les valeurs alimentaires intéressantes d’une herbe feuillue, proches de celles du printemps : en 2015, sur le site expérimental de Saint-Hilaire­ (Meuse), elle a permis d’obtenir des GMQ de 1 500 g sur des génisses charolaises sans aucune complémentation.

L’association RGA-TB, la référence pour faire du lait, a-t-elle encore sa place dans le système fourrager ?

D.D. : Dans un contexte d’aléas climatiques, cette association apparaît plus sensible comparée aux prairies multi-espèces. Les essais conduits en stations expérimentales montrent que les prairies multi-espèces­ obtiennent des rendements supérieurs de 15 %, et jusqu’à 80 % les années les plus sèches. Leur production est plus importante et plus régulière dans le temps, ce qui constitue une assurance en matière de stocks. Face aux aléas, et notamment à des printemps humides, la prairie multi-espèce offre aussi plus de souplesse de date de récolte grâce à un meilleur étalement de la pousse de l’herbe et de sa qualité : lors de fauches plus tardives que prévu, la présence de légumineuses préserve plus longtemps la valeur alimentaire de la prairie.

Le couple RGA-TB reste néanmoins toujours présent dans le mélange, et la base de la prairie multi-espèce sous climat océanique, où il sera associé à d’autres espèces : pour que chacune puisse s’exprimer, la règle est de se limiter à six espèces, avec une densité de semis de 30 kg/ha. Afin de sécuriser leur implantation face au manque d’eau, on s’oriente vers des semis de printemps sous couvert de cultures de printemps, comme de l’orge, ou des semis de fin d’automne, vers mi-octobre, sous couvert d’un méteil.

Dans cette logique de diversification, quelle est la place des cultures dérobées ?

D.D. : Elle constitue une bonne opportunité. Là encore, les mélanges intégrant des légumineuses s’avèrent les plus productifs. En situation difficile, tout l’enjeu est de pouvoir­ récolter 1,8 à 2 t MS/ha pour rentabiliser leur coût d’implantation. Or, la bonne levée des semis réalisés à partir de mi-août apparaît de plus en plus aléatoire.

Autant que possible, il faudra donc privilégier des semis réalisés le plus tôt possible après la moisson dans les chaumes de la céréale, dès mi-juillet, pour profiter de la fraîcheur du sol résiduelle. Pour éviter de travailler dans l’urgence face à une année difficile, l’idée est de saisir toutes les opportunités, mais aussi d’anticiper : ainsi, dans les systèmes de polyculture-élevage, les méteils représentent une option intéressante en matière d’appoint fourrager, tout comme la betterave fourragère « pâturable », qui peut être exploitée dès le mois d’août et à l’automne lorsque l’on ne dispose pas du matériel de récolte, ou la contractualisation suffisamment en amont de coproduits.

La surface dédiée à l’ensilage de maïs a-t-elle nécessairement vocation à diminuer dans l’assolement ?

D.D. : Dans les dix ans à venir, je ne vois pas de raison de réduire de façon importante les surfaces cultivées en maïs ensilage. Cette plante est à la base des systèmes d’élevage laitier et d’engraissement et, malgré des rendements pénalisés ces dernières années, elle représente néanmoins une sécurité en matière de quantité et de qualité.

L’augmentation des sommes de température autorise le choix de variétés plus tardives afin d’aller chercher des gains de rendements. Ce phénomène concerne toutes les régions où il permet de gagner une gamme de précocité dans le choix des variétés : par exemple en Lorraine, où il se cultivait traditionnellement des variétés précoces, on peut aujourd’hui miser sur des variétés demi-précoces. À plus long terme, le sorgho BMR pourrait petit à petit se substituer au maïs, mais sa mise en culture reste encore limitée dans la partie nord de la France.

Propos recueillis par Jérôme Pezon
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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