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Dossier. « Le sorgho donne des résultats spectaculaires sur la santé des animaux »

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Santé métabolique. , indique Vincent. © j.pezon

Chez Vincent Durand, le sorgho a sécurisé la ration complète, tout en maintenant une densité énergétique compatible pour un troupeau à plus de 10 000 kg de lait.

Fin 2011, Vincent Durand a introduit le sorgho fourrager monocoupe dans la ration de son troupeau VHP en substitution d’une part de maïs, « avec un effet immédiat sur l’amélioration de la santé du troupeau, et particulièrement impressionnant sur les performances de reproduction ». À l’époque, la recherche d’intensification, mise en œuvre pour répondre à des surfaces fourragères...
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Fin 2011, Vincent Durand a introduit le sorgho fourrager monocoupe dans la ration de son troupeau VHP en substitution d’une part de maïs, « avec un effet immédiat sur l’amélioration de la santé du troupeau, et particulièrement impressionnant sur les performances de reproduction ». À l’époque, la recherche d’intensification, mise en œuvre pour répondre à des surfaces fourragères limitées, via le zéro-pâturage et le maïs irrigué (déjà 10 000 kg/VL et 16 000 l/ha de SFP) commence à montrer des limites : « Les vaches étaient toujours en limite d’acidose, indique l’éleveur. Le maïs plat unique s’accompagnait d’une dégradation des résultats de mise à la reproduction, d’une faiblesse des taux, et de graves problèmes de boiteries. » C’est à l’occasion d’un audit reproduction avec Seenovia que la conduite du rationnement sera remise en cause. Dans un premier temps, l’intégration de foin de luzerne pour rectifier cette situation entraînait une déconcentration de la ration, devant être corrigée par… du concentré, donc de l’amidon.

Un apport de fibres très digestibles, sans déconcentrer­ la ration

Dès lors, sur le papier, le sorgho présentait de nombreux atouts pour répondre à la problématique d’un troupeau sur le fil d’un point de vue métabolique : un fourrage plus productif que la prairie, dont la richesse en sucre et en fibres très digestibles (dMO > 72 %) doit permettre de sécuriser la fibrosité mécanique et chimique de la ration, sans pénaliser sa densité énergétique, grâce à des variétés affichant des valeurs de 0,85 et 1 UFL/kg de MS. À condition de mener à bien une culture plus délicate à réussir que le maïs.

L’expérience acquise depuis dix ans avec le groupe fourrage de Seenovia a permis à l’éleveur d’affiner son itinéraire cultural. Tout d’abord, les fondamentaux : une préparation du lit de semences fine, pour une graine 10 fois plus petite que celle du maïs ; dans un sol réchauffé, ici, à partir du 15 mai (après les saints de glace). « Les essais de semis fin avril montrent que les adventices ont tendance à prendre le dessus, indique Jean Tourneux, conseiller Seenovia. Car il faut garder à l’esprit que le sorgho a un comportement très différent du maïs. La levée est plus lente, ce qui explique une gestion plus difficile des mauvaises herbes. Il faut donc prendre le temps d’observer ses parcelles pour intervenir au bon moment. La réussite se joue à quelques jours près ! » Sur le terrain, tout commence par le choix du précédent. Une association de seigle commun et de légumineuses (encadré page suivante), étouffante vis-à-vis des adventices, sur laquelle Vincent apporte 20 tonnes de fumier à l’automne. Après la récolte, ce couvert est détruit par un passage de cultivateur au printemps, puis un second passage est réalisé en guise de faux semis, « au plus tard la veille du semis, pas huit jours avant ! »

Dans des terres limono-argileuses, après un passage de herse rotative et de rouleau packer, le semis est réalisé avec le semoir à maïs à 3 cm de profondeur, 75 cm d’écartement entre les rangs, afin de faciliter le passage de la bineuse, et 9 à 10 cm sur le rang pour éviter une surdensité propice à la verse, soit 17 0000 graines/ha.

« Le risque de verse est l’ennemi n°1 du sorgho »

« Dans de bonnes conditions, sur des terres bénéficiant de l’irrigation, favorable à la production de biomasse, l’erreur serait de sursemer et de surfertiliser. Cela accentue le risque de verse, ennemi numéro 1 du sorgho », prévient le conseiller. Un risque de verse d’autant plus prégnant avec des variétés BMR, particulièrement sensibles. Celles-ci sont en effet moins riches en lignine. Elles sont choisies pour leur plus grande digestibilité. Vincent mise sur la combinaison de deux variétés sucrières BMR qui ne produisent pas de grains : 50 % d’une variété mâle stérile, Gold X (Semences de Provence), qui assure une très bonne valeur alimentaire grâce à des tiges et des feuilles très riches en sucre + 50 % d’une variété PPS (photopériodique sensible), Big Kahuna (Semental). Les PPS, qui n’ont pas de hampe florale, assurent de gros niveaux de rendements. Leur valeur est légèrement inférieure, mais leur tige plus grosse est plus résistante à la verse, et aussi plus humide à la récolte. « La combinaison de 70 % de mâle stérile + 30 % de PPS a été abandonnée en raison du risque de verse trop élevé. De même que les variétés sucrières typées grain. Elles sont plus sensibles à la verse et les graines, trop petites pour être éclatées, sont mal valorisées par les animaux. » Ces dernières, plus précoces, sont davantage dédiées aux secteurs plus limités en sommes de températures.

La culture valorise bien un ou deux tours d’eau de 25 mm

Après la levée, le désherbage se déroule en plusieurs étapes :

Désherbage chimique en deux passages : au stade 3 feuilles, Isard, un anti-graminée (1,2 litre/ha) ; puis Rajah (1 à 1,5 litre/ha) contre des dicotylédones au stade 5 feuilles. En raison d’une efficacité relative, les produits homologués en pré-levée ne sont pas recommandés. « Plus fragile, le sorgho encaisserait mal l’association des deux produits au même stade. Pour cette raison, il faut aussi veiller à ne pas surdoser les herbicides et bien rincer le pulvérisateur, car les herbicides à maïs le brûleraient », prévient l’éleveur.

Un à deux binages, le premier au stade 6-7 feuilles. « Le binage permet de faire un rattrapage mécanique, mais aussi de booster la plante même si la parcelle est propre. » À partir du mois d’août, la végétation explose et la culture couvre les rangs.

Toujours dans une logique de prévenir la verse, la fertilisation azotée se limite à 40 UN au semis. Sur 12,5 ha mis en culture, 5 ha bénéficient de l’irrigation (100 % du maïs est irrigué). Dans un département soumis à des épisodes de sécheresse très marqués, Vincent programme un ou deux tours d’eau de 25 mm, là où le maïs reçoit 5 passages. « À l’instar d’une fétuque, le sorgho a une grande aptitude à repartir en végétation après une longue période de sec. Il a néanmoins besoin d’eau et valorise très bien l’apport de l’irrigation, même s’il peut s’en passer. »

Supprimer le foin de luzerne, tout en diminuant l’apport de concentré

Sur ce modèle, Vincent a ensilé le 28 septembre. Les rendements sont compris entre 8 à 10 tMS/ha et jusqu’à 12 à 14 tMS au maximum sur la partie irriguée. À titre de comparaison, le maïs irrigué récolté le 8 septembre assure un rendement de 18 tMS/ha. L’ensilage de sorgho 2020 a une teneur en MS de 24,5 %. Malgré quelques pertes de jus, Vincent ne déplore quasiment aucune perte au silo. « Pour éviter de faire de la bouillie avec un fourrage plus humide, le sorgho est haché en brins plus grossiers de 25 mm (enlever un couteau sur deux de l’ensileuse). Il ne faut pas surtasser non plus, un passage de tracteur suffit. » Il est inutile de trop repousser la date de récolte, car le sorgho reverdit avec le retour des pluies. On prend alors le risque de perdre des points de matière sèche sans pour autant gagner en volume. De plus, la pluie et le vent sont des facteurs de risque de verse importants qui pourraient rendre le fourrage impossible à ramasser. « À partir du 20-25 septembre, il faut regarder la météo de très près, rappelle Jean Tourneux : dès que se profilent de la pluie et du vent, il faut récolter, même si c’est encore un peu tôt. »

Chez Vincent, l’ensilage de sorgho 2020 affiche les valeurs suivantes, après ouverture du silo : 1,03 UFL, 6,8 % de MAT, une digestibilité (dMO) élevée de 77,3 %, 24,7 % de cellulose et des teneurs en glucides solubles de 21,4 % et en amidon de 5,14 %. Il intègre la ration complète hivernale à hauteur de 3,3 kg de MS et en novembre et décembre, ce mode de rationnement autorise une production de 34,4 litres de lait/VL, à 47,3 de TB et 33,6 de TP, avec un troupeau à 4,2 mois moyen de lactation. Une performance obtenue sans complémentation individuelle ni concentré de production. « On ne devrait pas en apporter, ou un minimum. Ici, un kilo de blé, pour stimuler la flore amylolytique, souligne le conseiller. C’est la ration de base qui fait le lait. En premier lieu, la qualité du maïs, qui reste le fourrage n°1, le plus productif. Le sorgho n’a pas vocation à le remplacer. Son ajout sécurise la ration grâce à sa teneur en fibres digestibles, permettant ainsi d’enlever le foin de luzerne, tout en diminuant le concentré. »

La ration complète dose 0,97 UFL/kg MSI, avec seulement 17,8 % d’amidon (seuil maximum 25 %). Les outils de monitoring mesurent une rumination journalière de 582 minutes/vache (objectif 550 à 600 min), sans apport de fibre complémentaire, ni bicarbonate, ni levures. Les analyses Seenovia confirment le bon fonctionnement métabolique de la ration : absence de vaches en acidose et seulement 2 cas de cétose clinique au dernier contrôle, malgré l’absence de complémentation individuelle ou de propylène en début de lactation.

« À retenir : une marge sur coût alimentaire de 225 €/1000 litres »

Au-delà de cette fibre de qualité favorable à la production de TB, l’analyse de jus de rumen réalisée par le vétérinaire Emmanuel Pichon (à lire page 51 dans le n° d’octobre de L’Éleveur laitier) révélait également l’intérêt d’un apport de sucre dans la ration pour stimuler et nourrir la flore ruminale dans un système qui cherche à maintenir un haut niveau de production.

Finalement, le coût de la ration s’élève ici à 4,62 €/VL/jour, soit 142 €/1000 litres (dont 78 € de fourrages, 54 € de concentrés et 10 € de minéraux), avec une consommation de concentrés de 173 g/litre. Un coût alimentaire qui intègre les charges de l’irrigation et doit être mis en relation avec le volume de lait produit. « Ce qu’il faut retenir, c’est un niveau de marge sur coût alimentaire de 225 €/1000 litres. »

Jérôme Pezon
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