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Dossier. Le sorgho : de nombreux atouts et une conduite à affiner

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Récolte en Vendée d’une association de sorghos sucrier mâle stérile et PPS. Deux sous-espèces sans production de grain, riches en sucre, plus résistantes à la verse, mais aussi plus humides à la récolte. © Jean Tourneux

Le sorgho fourrager cumule des avantages agronomiques et zootechniques. C’est aussi une culture exigeante, sensible au salissement et à la verse.

La culture du sorgho fourrager se développe fortement ces dernières années. Il faut dire que cette plante tropicale ne manque pas d’atouts : économe en eau et en intrants grâce à un système racinaire dense à fort pouvoir d’extraction et des teneurs élevées en sucre et en fibres digestibles. Ses besoins en eau sont inférieurs de 30 % à ceux du maïs, avec une capacité à pousser...
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La culture du sorgho fourrager se développe fortement ces dernières années. Il faut dire que cette plante tropicale ne manque pas d’atouts : économe en eau et en intrants grâce à un système racinaire dense à fort pouvoir d’extraction et des teneurs élevées en sucre et en fibres digestibles. Ses besoins en eau sont inférieurs de 30 % à ceux du maïs, avec une capacité à pousser à plus de 30 °C. En effet, le sorgho a la particularité de produire naturellement de la cérhosée, une poudre blanche qui se dépose sur les feuilles (comme sur les prunes) et agit telle une crème solaire pour lui permettre de résister à de longues périodes sèches avant de repartir en végétation dès le retour des pluies, à l’instar d’une fétuque.

Ingénieur Arvalis, spécialiste du sorgho, Jean-Luc Verdier tient cependant à relativiser sa capacité à tolérer le stress hydrique : « Les années très sèches ont forcément un impact sur la plante. Ce que l’on observe, c’est qu’elle se comporte mieux qu’un maïs dans ces conditions. Le sorgho fourrager est davantage un complément dans des sols de moindre potentiel, là où les rendements du maïs ensilage n’excèdent pas 12 tMS. En bonnes conditions pédoclimatiques, il n’a pas vocation à remplacer le maïs, qui sera toujours productif. »

De quel sorgho parle-t-on ? Depuis quelques années, les sélectionneurs proposent de nouvelles variétés bénéficiant du progrès génétique aussi bien en matière de rendements que de valeur alimentaire. Mais il existe une grande diversité de variétés. Distinguons d’abord monocoupes et multicoupes : de moindre valeur, ces derniers sont plutôt destinés à des animaux à faibles besoins, comme les génisses, ou en culture dérobée pour prolonger le pâturage d’été (voir encadré page suivante).

Les variétés destinées à l’ensilage pour l’alimentation des laitières sont principalement les sorghos monocoupes sucriers (0,8 à plus de 1 UFL), à choisir dans diverses catégories.

Les sorghos sucriers communs avec panicule fertile (photo ci-dessous). Ce sont les plus précoces, mais avec moins de rendement. Ils produisent du grain (7 à 10 % d’amidon), avec des teneurs en sucre de 17 à 20 % .

Les mâles stériles : ils sont plus productifs mais un peu plus tardifs, c’est-à-dire diffi­ciles à récolter à plus de 25 % de MS. Leur panicule est stérile (4 à 5 % d’amidon) et leur teneur en sucre élevée (20 à 22 %).

Les photopériodiques sensibles (PPS) : sans panicule, leur développement végétatif offre le meilleur potentiel de rendement. Ce sont les moins sensibles à la verse, mais aussi les plus tardifs. Il est difficile de récolter à plus de 22-23 % de MS au nord de la Loire.

« L’objectif est de viser une récolte à 27-28 % de MS. Or, dans de nombreuses régions,c’est compliqué d’atteindre cette maturité avec les mâles stériles ou les PPS, rappelle Hugues Chauveau, ingénieur Arvalis. Le mélange avec des sorghos grains est possible et pratiqué sur le terrain pour tamponner la faiblesse en MS. » En Pays de la Loire, fort de son expérience de terrain, Seenovia recommande par exemple des associations de type 50 % de PPS + 50 % de mâles stériles ou 50 % de PPS + 25 % de sucrier grains + 25 % de mâles stériles dans le sud de la région et les parcelles les plus portantes où il est possible de récolter un peu plus tard ; sinon 30 % de sucriers grains + 70 % de mâles stériles.

Le choix de semences classées « ensilages » au catalogue

Un dernier point de différentiation concerne la présence du caractère BMR, reconnaissable à la nervure brune centrale des feuilles : c’est la combinaison de un ou plusieurs gènes permettant de réduire la lignification. Dans la plupart des cas, ce caractère induit une meilleure digestibilité (dMO de 74 à 79 %). Mais tous les BMR ne se valent pas. Aussi, pour simplifier le choix variétal, se référer au catalogue officiel du CTPS (Comité technique permanent de la sélection). Les sorghos monocoupes y sont classés selon leur précocité et leur valeur alimentaire :

les sorghos du groupe 1, variétés précoces à demi-tardives, sont adaptés aux régions où les sommes de températures sont plus limitées ;

les variétés du groupe 2, plus tardives, sont réservées au sud de la France.

Leur valeur d’usage est ensuite définie selon leur teneur UFL : les variétés « ensilages » ; les variétés « industrielles », et les intermédiaires dites « à double usage ». Ces informations sont disponibles sur la fiche technique des semences. « Seuls les sorghos “ensilages sont adaptés aux besoins énergétiques élevés des laitières ou des bovins à l’engrais, souligne Hugues Chauveau. Selon les objectifs, il est possible d’y associer des variétés à “double usage moins qualitatives, mais plus productives. » Les variétés industrielles, à forte production de biomasse, mais de faibles valeurs, sont cultivées pour la méthanisation.

Ni surdensité de semis ni surfertilisation pour prévenir la verse

Au-delà de ses atouts, le sorgho est une culture exigeante en matière de sommes de températures, mais aussi d’itinéraire technique. Il s’agit d’une petite graine (10 fois plus petite que celle du maïs), avec peu de réserve et donc peu de vigueur à la levée, c’est-à-dire un démarrage lent. Il convient donc de soigner la préparation du lit de semences et de semer dans un sol réchauffé (12 °C), suivi d’un roulage. Souvent, cela veut dire pas avant mi-mai, après les saints de glace, et jusqu’au 25 mai, début juin au plus tard : plus on sème tard, plus on prend le risque d’un coup de sec précoce ! Après cette date, on préférera alors miser sur du sorgho multicoupe, beaucoup plus rapide à implanter. Car si la plante est capable de supporter de longues périodes sans pluie, ce n’est pas non plus un cactus : il faut qu’elle puisse bénéficier d’au moins 20 à 30 mm à la levée pour sécuriser son implantation. « Pour une meilleure régularité de peuplement, l’implantation avec un semoir monograine est privilégiée, à défaut un semoir à céréales, à une profondeur de 3 à 4 cm au maximum en sol sec et avec un écartement optimum de 50 à 60 cm », indique Jean-Luc Verdier. Dans une logique de prévention de la verse, la surdensité de semis doit être évitée. La dose dépend de l’écartement inter-rang, c’est-à-dire une densité plus faible avec des écartements larges : 190 000 à 230 000 pieds par hectare avec un écartement de 50 à 60 cm ; et 180 à 220000 pieds/ha avec un écartement de 60 à 80 cm, parfois indiqué pour faciliter le passage de la bineuse.

Le risque important de verse appelle également à éviter la surfertilisation : « Lorsque c’est possible, on pourra faire un apport de fumure organique dans l’interculture précédente, puis en situation de faibles reliquats, apporter une quarantaine d’unités au semis, et enfin, un apport principal autour du stade 4 à 8 feuilles, lorsque les besoins de la plante sont au maximum. La culture est par ailleurs peu exigeante en phosphore et potassium mais, à l’instar du maïs, elle valorise bien l’apport de phosphore sous forme d’un engrais starter avec un semoir qui permet la localisation sur le rang au semis. » Par exemple, 100 kg d’un engrais starter de type 18/46 en localisé ou 200 kg maximum/ha en plein pour booster le démarrage.

La culture valorise bien le désherbage mécanique

Le démarrage lent en végétation sous-entend une grande sensibilité à la concurrence précoce des mauvaises herbes. C’est une étape délicate, car l’arsenal de solutions chimiques n’est pas aussi riche que pour d’autres cultures(1). La maîtrise des graminées estivales apparaît la plus difficile. « L’essentiel du désherbage se joue en post-levée­ précoce dès le stade 3 feuilles avec des produits capables de gérer les graminées estivales et les dicotylédones. Entre 4 et 8 feuilles, un créneau de rattrapage est possible et vise essentiellement les dicotylédones annuelles ou vivaces avec des solutions à base de bentazone ou de bromoxynil [NDLR : dernière année d’autorisation d’utilisation] ».

Le sorgho monocoupe valorise bien les solutions de désherbage mécanique. Les semis, plus tardifs que ceux du maïs, laissent la possibilité de faire un ou deux faux semis. Le dernier doit se faire juste avant le semis, au plus tard la veille, avant de positionner différentes interventions mécaniques : la herse étrille, à l’aveugle, dans les quarante-huit heures après semis, ou au stade 2-3 feuilles et bien sûr le binage.

L’idéal est de pouvoir récolter entre 25 % et 28 % de MS au stade pâteux des graines, soit 130 à 150 jours après le semis. Ensiler autant que possible par temps sec. « À partir du 20-25 septembre, surveiller la météo à 8 jours, recommande Jean Tourneux, conseiller fourrage chez Seenovia. À cette période, le vent et la pluie sont les ennemis n°1 du sorgho ! S’il y a un risque important, n’hésitez pas à récolter même si c’est un peu tôt. Car après un épisode pluvieux, le sorgho se gorge d’eau, ce qui fait perdre des points de matière sèche. En raison de cette capacité à reverdir dès qu’il pleut, il n’y a pas d’intérêt à trop repousser la récolte, au risque de perdre un capital en matière sèche qu’il sera difficile de récupérer en fin de cycle. »

Un fourrage très complémentaire du maïs

« Lors du chantier d’ensilage, il ne faut pas trop tasser et prévoir un hachage grossier (1,7 à 2,5 cm) pour éviter de faire de la bouillie avec un fourrage plus humide et gagner en fibrosité, souligne le conseiller Seenovia. On pourra enlever un couteau sur deux de l’ensileuse et débrayer l’éclateur. » En effet, la petite taille des graines ne permet pas leur éclatement, d’où une récolte recommandée au stade pâteux. Grâce à sa teneur en sucre, le fourrage ne requiert pas de conservateurs. Il faut cependant attendre trois semaines pour ouvrir le silo car les sucres induisent de fortes fermentations. Par son apport en sucre, le sorgho est un complément idéal pour stimuler et nourrir la flore ruminale, dans des systèmes qui cherchent à maintenir une production laitière élevée. D’un point de vue de la sécurité digestive, il se révèle là aussi très complémentaire des rations à base d’ensilage de maïs : « Son intégration permet de réduire la part d’amidon, sans diluer la densité énergétique de la ration. On observe aussi un gain de TB lié à une orientation des fermentations du rumen favorable à une meilleure valorisation de la matière sèche ingérée », souligne Florian Blot. Le nutritionniste et référent fourrage chez Seenovia rappelle l’objectif d’une teneur de 5 % de sucre dans la ration que la qualité des ensilages d’herbe ne permet pas toujours de satisfaire. « De plus, cet apport de fibres très digestibles (dMO > 72 %) permet d’assurer la fibrosité chimique du bol alimentaire, en même temps que la fibrosité mécanique via une récolte en brins plus grossiers. » Sur le terrain, l’organisme de conseil des Pays de la Loire constate un impact positif sur la production, mais aussi sur la santé du troupeau (voir reportage pp. 42-45), d’un fourrage qui, au regard du réchauffement climatique, remonte dans le nord de la région, avec la limite d’une exigence élevée en sommes de températures.

Jérôme Pezon

(1) Voir la rubrique « Choisir-Sorgho » sur le site d’Arvalis Institut du végétal.

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