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Dossier. « C’est plaisant de travailler avec des animaux confiants »

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Brossage. Pour maintenir le lien, Marien Tournaire brosse les génisses tous les soirs. © C. Hue

Après la mise à l’herbe catastrophique des génisses de 15 mois et plus, en 2017, le Gaec du Midi a décidé de réagir. Le salarié en charge des veaux, Marien Tournaire, met en place un protocole pour qu’elles s’habituent à sa présence et ne soient pas farouches.

Depuis deux ans et demi, Marien Tournaire, salarié du Gaec du Midi, cultive la relation avec les génisses dont il assure les soins quotidiens. La mise à l’herbe de jeunes femelles de 15 mois et plus, au printemps 2017, en a été le déclencheur. « Elle s’est très mal passée. Les quinze génisses fonçaient, sautaient partout. Elles se sont éparpillées dans le bois et chez le voisin. L&rsquo...
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Depuis deux ans et demi, Marien Tournaire, salarié du Gaec du Midi, cultive la relation avec les génisses dont il assure les soins quotidiens. La mise à l’herbe de jeunes femelles de 15 mois et plus, au printemps 2017, en a été le déclencheur. « Elle s’est très mal passée. Les quinze génisses fonçaient, sautaient partout. Elles se sont éparpillées dans le bois et chez le voisin. L’une d’elles est même tombée dans le puits de la parcelle, que nous avons bouché depuis. Cela nous a pris deux jours pour toutes les récupérer. Il fallait réagir. » L’apprentissage habituel de la mise à l’herbe et du fil électrique dans un enclos de 40 m² puis sur un petit hectare n’avait pas suffi. Dans l’enclos, les barrières qui encerclaient le fil stoppaient les jeunes animaux qui, en prenant « un coup de jus », avaient le réflexe d’avancer. « Par cette méthode, elles s’habituent au fil porteur d’électricité. En s’y confrontant, elles comprennent qu’elles ne doivent pas s’en approcher », explique Nicolas Guittard, l’un des trois associés du Gaec.

Tous deux prennent conscience que hormis l’alimentation, le paillage et des interventions telles que la vaccination « qui n’ont rien d’agréables », ils ont peu de contact avec les élèves. « Par manque de temps, nous faisions le strict nécessaire. On s’assurait seulement qu’elles allaient bien. » C’est que dans la foulée de l’installation de Nicolas en Gaec avec ses parents, en 2009, l’exploitation connaît des travaux jusqu’en 2017, beaucoup en autoconstruction. Le logement des laitières, des taries et des génisses est totalement réorganisé. Cette refonte s’accompagne d’un investissement dans du séchage de foin en grange. « Peut-être ce lot de génisses était-il plus sensible que les précédents aux bruits quotidiens des marteaux, tronçonneuses, etc. ? Peut-être ont-elles eu peur des biches et des cerfs, relativement nombreux dans les bois en bordure des 13 ha de prairies, à 3 km de l’exploitation ? » s’interroge Marien. Pour ne plus revivre ce cauchemar, à partir de l’hiver 2017-2018, il décide de consacrer un peu plus de temps aux petites génisses. « La première année, j’ai improvisé. Mon objectif était qu’elles s’habituent à ma présence. » Deux ou trois fois par semaine, il passe plusieurs minutes dans les cinq cases de 5 à 7 jeunes maximum en leur donnant un peu d’aliment dans le creux de la main et en leur parlant pour qu’elles s’habituent à sa voix.

Le Gaec modifie également l’enclos d’apprentissage. Il est agrandi à 600 m2 au printemps 2018. « À la place des barrières, juste derrière le fil électrique est posé un grillage à moutons pour éviter qu’elles se blessent », explique Nicolas Guittard. Les bacs à eau installés, identiques à ceux de la prairie, contribuent aussi à les préparer au pâturage. L’enclos étant le long de la stabulation, elles font le va-et-vient entre les deux. « La mise à l’herbe en 2019 s’est mieux passée, mais c’est surtout cette année que le comportement des animaux s’est beaucoup amélioré », dit Marien.

« Une fois les barrières et les murs du bâtiment découverts, ils n’ont plus rien à explorer »

L’automne dernier, il a suivi la formation de Pauline Garcia, éleveuse éthologue (lire ci-contre), organisée par la MSA du Puy-de-Dôme. Dans la foulée, il définit un protocole basé sur la curiosité de l’animal et une relation de confiance entre les jeunes femelles et lui. « Avant la formation, je n’imaginais pas que les bovins avaient autant de mémoire et qu’elle influençait leur comportement et leur réaction. Quand je vais voir les velles, désormais elles me reconnaissent et viennent vers moi. C’est plaisant et cela donne envie d’aller plus loin dans la démarche. » De même, s’il savait la vache et les veaux curieux, il ne percevait pas que leur vie en bâtiment ne les stimulait pas. « Dans la nature, ils peuvent fouiner. En bâtiment, une fois découverts les barrières et les murs, ils n’ont plus rien à explorer. » Or, développer leur curiosité les rend moins farouches. Ils comprennent qu’il n’y a pas de danger et ne craignent plus ou beaucoup moins la nouveauté. « Leur réaction n’est plus dangereuse pour eux-mêmes et pour la personne qui s’en occupe. On gagne beaucoup de temps lorsqu’il faut les trier ou les manipuler. On rentre dans un cercle vertueux. »

Le protocole qu’a mis en place Marien cet hiver démarre dès la naissance. Dans leur niche, les veaux sont caressés à l’aide d’une brosse à W.-C. mais l’apprivoisement commence véritablement lorsque les femelles sont transférées dans la case collective équipée de deux stalles de Dal. « Chaque soir, je pose dans le parc un bidon coupé en deux rempli de concentré et je m’assieds à côté. Je mets la main dedans et j’attends que les petites génisses s’approchent» Au fil des jours, elles s’habituent à sa présence, mangent dans sa main et se laissent brosser. « En moins d’un mois, la majorité vient sans hésiter vers moi. Il y a bien sûr toujours quelques récalcitrantes car elles ont chacune leur caractère. » Ce rendez-vous quotidien a lieu le soir, plus commode dans l’organisation de son travail. Il se surprend à trouver ce moment relaxant. « Je me pose. Je reste avec elles en général plus que les dix minutes nécessaires. » Parallèlement, il leur crée de l’activité­, ainsi qu’aux génisses voisines, avec des brosses récupérées gratuitement chez un ami propriétaire d’une entreprise de nettoyage. Elles sont fixées aux barrières qui délimitent les parcs. « J’en ai posé aussi sur les barrières des cases des taries. Les laitières ne sont pas non plus oubliées, avec quatre fixées sur un mur de la stabulation. »

Introduire de la nouveauté

Les animaux aiment être brossés. Ils sont motivés pour se laisser toucher, ce que Pauline Garcia appelle « un accélérateur relationnel ». Sur ses conseils, pour enrichir leur milieu et créer de la nouveauté, Marien propose des objets insolites un jour sur deux, pas plus, pour éviter la routine. Pour les tout jeunes, il a récupéré un vieux combiné de téléphone et a conçu une pyramide en tuyaux qu’il suspend. Dans le parc suivant, il introduit des bidons et cônes empilés. « Après une phase d’exploration, elles comprennent qu’elles peuvent les faire tomber. » Et pour maintenir le lien développé lorsqu’elles étaient allaitées, il les invite à manger du concentré dans sa main, pioché dans une « banane » portée pour l’occasion, tout en les brossant. Une démarche qu’il applique à toutes les génisses logées dans le bâtiment. « Je le fais tous les soirs. Il faudrait que j’alterne avec le matin et l’après-midi pour casser ce rythme et les préparer à l’imprévu. » Et le salarié d’ajouter : « L’organisation du Gaec permet d’y consacrer du temps, même si cela n’est pas très prenant. Nous sommes 5,6 UTH pour l’élevage et l’activité fromagère et le Gaec a le souci de l’ergonomie, avec, par exemple, un passage d’homme toutes les deux cases à veaux. Cela facilite grandement mes visites quotidiennes. » La dernière étape de son protocole se déroule dans l’aire de 600 m2 en vue de la mise à l’herbe.

Marien récolte avec satisfaction les fruits de ce qu’il a mis en place. « Au printemps, nous avons mélangé deux lots de génisses dans la parcelle attenante au parc d’apprentissage. Ils se sont bagarrés. J’y ai mis fin très facilement en les attirant juste avec un seau de concentré pour les ramener dans le bâtiment », raconte-t-il. De même, la montée des 16 -22 mois dans la bétaillère pour les emmener dans la prairie de 13 ha s’est bien passée. « Ce sont les moins dociles qui ont grimpé en premier pour s’éloigner de nous. Les autres étaient tranquillement à nos côtés. » Il ne peut pas s’empêcher d’aller les voir deux à trois fois par semaine, muni de sa brosse. Et avoue que la séparation avec certaines sera difficile lorsque le temps de la réforme sera venu.

Claire Hue
Premiers contacts. Chaque jour, dans le parc d’allaitement, Marien Tournaire s’assied calmement à côté des toute jeunes génisses. Il les attire par l’aliment. Objectif : qu’elles se sentent assez en confiance pour manger dans sa main et se laisser brosser. © C. Hue
q Un parc d’entraînement. Au pâturage, l’objectif n’est pas de pousser les animaux mais de les guider. Dans l’enclos de 600 m © C. Hue
u Fil électrique. Lorsqu’elle prend « un coup de jus », la génisse, par réflexe, avance. Un grillage à moutons est posé parallèlement au fil pour la retenir sans la blesser. La division en deux de l’enclos par un fil électrique continue de les habituer. L’apprentissage se poursuit dans la prairie d‘un hectare juste en amont, elle aussi découpée au fil. © C. Hue
u Toucher l’arrière-train. Dans les auges posées volontairement dans l’enclos, les génisses mangent le concentré. Pendant ce temps, Marien Tournaire leur brosse l’arrière-train. Elles s’habituent ainsi à un contact humain qu’elles n’ont pas anticipé. Prochain objectif de l’éleveur : toucher leur mamelle pour les préparer à la traite. © C. Hue
p Motiver. Pour attirer en douceur les génisses dans le corral, ces auges viennent d’être installées. Du concentré y est placé censé les motiver à rentrer. Le corral est à l’intersection des trois parcelles qui divisent les 13 ha. © C. Hue
p Utiliser l’expérience. Cette vache tarie rejoint les génisses de 16 mois et plus dans la prairie dédiée, à 3 km de l’exploitation. Ne craignant pas les cerfs et les biches présents dans les bois qui bordent les 13 hectares, elle les rassure. © C. Hue
3 questions à…
« Gagner en docilité » 3 questions à… Pauline Garcia,

Quel est l’intérêt du protocole que vous proposez ?

P. G. : L’objectif est que l’animal gère mieux ses émotions dès son plus jeune âge et gagne en docilité. Un bovin qui a peur fuit ou devient dangereux. Docile, il sera plus confiant lorsqu’il rentrera pour la première fois dans la salle de traite. Il montera facilement dans une bétaillère, acceptera l’intervention du vétérinaire, de l’inséminateur, etc.

Comment parvenir à cette docilité de l’animal ?

P. G. : Il faut enrichir son milieu en stimulant ses sens. Au travers de la nouveauté, il apprend à gérer ses émotions. Par exemple, la vue d’objets insolites l’encourage à l’exploration. Brancher la radio sur une minuterie pour la déclencher une demi-heure le matin, l’après-midi et le soir, comme le fait Marien Tournaire, crée un effet de surprise et l’expose à une diversité de sons. Développer le toucher est sans doute le plus important, notamment grâce aux brosses. Le grattage fait partie des besoins des bovins. Les brosses constituent donc un accélérateur relationnel. L’animal est plus motivé pour se laisser toucher. En revanche, il ne faut pas associer un contact à un soin.

Que conseillez-vous aux éleveurs qui n’ont pas envie d’un tel protocole ?

P. G. : Ils peuvent, plus simplement, habituer les jeunes animaux­ à leur présence en consultant leurs e-mails ou en téléphonant au milieu de leurs veaux, plutôt que dans le couloir du bâtiment.

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