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Dossier. Assurer la production d’UF grâce à la betterave

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Ration hivernale. Les éleveurs du groupe d’échange intègrent la betterave à hauteur de 2 à 4 kg de MS. Un fourrage complémentaire qui dose 1,18 UFL en moyenne en 2019. © j. pezon

Dans un contexte de sécheresse à répétition, un groupe d’échange d’éleveurs meusiens pointe l’intérêt de la betterave fourragère : sa souplesse de récolte et la grande stabilité de sa valeur énergétique.

Dans le département de la Meuse, des éleveurs adhérents de l’ULM (Union laitière de la Meuse) ont constitué, au cours de l’hiver 2018, un groupe de réflexion, animé par les techniciens de la coopérative, autour de la culture de la betterave fourragère. Cette approche collective s’inscrit dans la recherche d’un complément au maïs ensilage en vue de sécuriser le système fourrager.
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Dans le département de la Meuse, des éleveurs adhérents de l’ULM (Union laitière de la Meuse) ont constitué, au cours de l’hiver 2018, un groupe de réflexion, animé par les techniciens de la coopérative, autour de la culture de la betterave fourragère. Cette approche collective s’inscrit dans la recherche d’un complément au maïs ensilage en vue de sécuriser le système fourrager.

Dans le contexte particulier d’une collecte dédiée à l’AOP brie de Meaux, cette option répond aussi à l’obligation pour les éleveurs ne disposant pas de 20 ares de pâture par vache d’intégrer dans la ration au moins 2 kg MS de betterave ou de pulpe.

« En conditions sèches, presque deux fois plus d’UF par hectare que le maïs »

En 2019, les éleveurs du groupe ont récolté la betterave entre le 10 octobre et le 28 novembre. Mi-octobre, les rendements observés allaient de 50 à 60 tonnes brutes par hectare. Un mois plus tard, ils approchaient les 80 tonnes brutes. Les analyses révèlent une teneur en matière sèche des tubercules comprise entre 15,5 % (variété Géronimo) et 22,9 % (variété Florie), avec une valeur énergétique moyenne de 1,18 UFL (de 1,15 à 1,21 UFL) : c’est-à-dire, selon l’avancée de la date de récolte, un rendement de 10 à 14,5 t MS/ha, soit l’équivalent de 11 800 à 17 110 UFL/ha. « Dans les mêmes fermes, les rendements en maïs ensilage 2019 varient de 6 à 9,5 t MS, soit 5 600 à 9 000 UFL/ha. Dans ce contexte difficile, c’est pratiquement deux fois moins d’UFL produits par hectare que la betterave », souligne Lionel Vivenot, technicien de l’ULM.

Ailleurs, les essais conduits par l’ADBFM (Association pour le développement de la betterave fourragère monogerme) en Bretagne, Normandie et dans le Nord corroborent l’excellent comportement de cette culture dans les conditions particulières de 2019 : les rendements y sont supérieurs à 17 tonnes de MS, soit plus de 19 500 UF/ha. « En conditions sèches le rendement diminue, les tubercules sont plus petits mais la matière sèche se concentre, ce qui permet d’avoir une valeur UF qui reste très stable », explique Alexandre Carré, animateur de l’association.

Si les résultats sont séduisants, la culture du tubercule soulève au sein du groupe des questions pratiques, en particulier celles de la propreté et du stockage des racines par rapport à une collecte pour des fabrications au lait cru. Car la campagne 2019, après une longue période de sécheresse estivale, se caractérise aussi par un excès d’eau à l’automne au moment des récoltes, ce qui n’a pas été sans conséquences dans des terres­ argileuses. Certains ont ainsi récolté jusqu’à 10 % de terre.

« Trouver le bon compromis entre le rendement et la propreté »

« La betterave a l’avantage d’offrir une grande souplesse concernant la date de récolte [NDLR : les variétés moins riches en matière sèche peuvent être pâturées dès fin août], et le réchauffement climatique permet d’allonger la période de végétation automnale pour aller chercher du volume, souligne Lionel Vivenot. Ainsi, en étant patient, on a pu voir les rendements passer de 6 tonnes de MS en septembre, lors des premières pesées aux champs, jusqu’à 15 tonnes fin novembre. L’enjeu est de trouver le bon compromis entre le rendement et la portance des sols – donc la propreté des betteraves. Nous considérons qu’à partir du 15 octobre, si une fenêtre météo se présente, il ne faut pas hésiter à lancer le chantier de récolte. » Cette précaution vise bien sûr à récolter en terrain ressuyé. Certains préfèrent une récolte suivie d’une mise en andain des betteraves plusieurs jours à l’extérieur, où elles sont lavées par la pluie, puis stockées à l’abri avant l’arrivée du gel. Si elles ont été récoltées par temps chaud, cette phase de stockage à l’extérieur est aussi un moyen de les refroidir pour éviter les risques de pourriture une fois mises en tas en bâtiment, où les betteraves se conservent pendant cinq à sept mois. Une fois stockées, elles restent un produit vivant, qui respire, dégage de l’eau et de la chaleur. Quelques précautions sont donc à respecter pour garantir une bonne conservation :

hauteur du tas de 1,80 à 2 m maximum ;

éviter d’exposer le front d’attaque aux vents froids du nord-est ;

si elles sont dans un silo, ne jamais en bâcher les murs (pour une bonne respiration, des balles de paille en bordure semblent l’option idéale) ;

dès que la température descend en dessous de - 5 °C, la plupart des éleveurs couvrent le silo avec une toile géotextile étanche qui laisse les betteraves respirer. Si le gel dure, le tas peut aussi être recouvert temporairement d’une couche de paille de 30 cm. La pose de drain ou de cheminées est également évoquée pour laisser respirer le tas.

« Nous conseillons un stockage sous les bâtiments »

Des éleveurs qui stockent à l’intérieur ont ainsi pu conserver les betteraves jusqu’à mi-mai, avant les fortes chaleurs. Pour les silos, compter 550 kg bruts/m3. « Nous n’avons relevé aucun dérapage des butyriques dans le lait, souligne le technicien de la laiterie. Un éleveur a eu un problème de listeria avec des betteraves stockées à l’extérieur. Dès qu’il les a rentrées en bâtiment, le problème a disparu. Sans certitudes sur ce cas, nous conseillons donc de stocker les betteraves sous un bâtiment ou de les rentrer au minimum trois semaines avant la distribution afin que la terre encore présente sur les racines sèche. » Philippe Collin, un des membres du groupe, a conçu un système simple et peu coûteux de déterrage des tubercules avant distribution (lire le témoignage page suivante). D’autres envisagent l’investissement dans un godet distributeur spécifique qui nettoie et hache les betteraves (8 000 à 12 000 €). Ici, la betterave est intégrée à la ration à hauteur de 2 à 4 kg/VL/jour (5 kg/j au maximum à respecter). « Si la ration n’est pas mélangée, au-delà de 2 kg MS/j, il est préférable de fractionner la distribution en deux repas quotidiens », conseille le technicien, qui rappelle quelques précautions d’utilisation en matière de sécurité digestive : la betterave est riche en eau, aussi, afin de ne pas trop baisser le taux de MS globale de la ration, il est prudent de l’associer à des ensilages d’herbe entre 35 et 40 % de MS et des maïs à 33 % de MS ou plus. Afin d’optimiser la digestion, veiller à respecter au minimum un rapport amidon + sucre/cellulose de 1,5, un taux de 17 % de CB et de 38 % de NDF. Pour mémoire, il ne faut surtout pas donner de betterave aux vaches taries, car sa richesse en potassium et sodium est défavorable à une Baca négative.

Enfin, concernant la distribution, les vaches ont tendance à manger d’abord la betterave, il y a donc un intérêt à la distribuer hachée. Au sein du groupe d’éleveurs, les moyens d’y parvenir diffèrent selon les équipements :

ceux équipés de mélangeuses à vis actionnent les contre-couteaux ;

un éleveur utilise sa pailleuse pour broyer les betteraves avant de les charger dans sa mélangeuse à pales ;

un autre apporte ses betteraves dans un godet devant son silo d’herbe et jette les betteraves à la main sur l’herbe qu’il a auparavant éboulée, ce qui permet un tri manuel des pierres avant de charger la mélangeuse.

« Betterave et ensilage d’herbe précoce sont deux stratégies privilégiées »

Dans tous les cas, il faut être conscient que la culture de la betterave requiert un temps de main-d’œuvre supplémentaire lié au chantier de récolte et à la reprise d’un aliment supplémentaire.

« Après deux exercices successifs, avec des rendements maïs de l’ordre de 7 t MS/ha, les éleveurs meusiens réfléchissent à diminuer, voire arrêter, le maïs dans les petites terres, explique Lionel Vivenot. Parallèlement, ils intègrent de façon croissante des ensilages d’herbe précoces dans la ration et des récoltes de céréales immatures pour compléter les stocks. Dans cette logique, la betterave apparaît comme un complément idéal pour apporter de l’énergie, avec moins de risques métaboliques que l’amidon rapide des céréales. »

Jérôme Pezon
Mécanisation. C’est souvent le frein principal. En Aveyron, trente éleveurs, regroupés en Cuma pour la culture de 60 ha, ont investi 80 000 € dans une arracheuse six rangs d’occasion, modèle Rooster, de Grimme, soit un coût de récolte de 420 à 450 € (fuel + conducteur). © J. P.
« 10 tonnes de MS à 1,15 UFL/kg »
 - « 10 tonnes de MS à 1,15 UFL/kg »
j.pezon

Pour compenser les effets de la sécheresse sur le maïs, Philippe Collin intègre désormais la betterave fourragère dans son assolement et s’organise collectivement pour la mécanisation.

Dans un département reconnu en état de calamité sécheresse, depuis deux ans les rendements maïs ensilage chez Philippe Collin ne dépassent pas 7,5 t MS/ha. C’est pourquoi, au printemps dernier, il décide d’implanter 3 ha de betterave fourragère. « L’enjeu est de sécuriser les stocks en diversifiant les ressources avec un fourrage riche en énergie, explique-t-il. Cette contrainte se transforme en opportunité puisque, d’une part, j’ai augmenté la production d’UF grâce à un rendement de 10 t MS/ha à 1,15 UFL et, d’autre part, son effet positif sur le TB et le TP du lait livré paye le coût d’implantation tout en répondant au cahier des charges de l’AOP brie de Meaux. » Cet effet est surtout visible sur le TB, avec un gain de plus de 3 points cet hiver dès l’intégration des betteraves dans la ration, et de 1,5 point de TP.

« Bien contrôler la profondeur de semis »

Chez Philippe, au printemps 2019, la betterave prend place derrière un blé, suivi d’une interculture sur laquelle 30 tonnes de fumier ont été épandues courant mars. Après un labour (le 1er avril), le semis est effectué le 18 avril avec un semoir combiné à une dose de 125 000 graines/ha. « Pendant­ le chantier, pensez à contrôler que la profondeur de semis ne dépasse pas 2 à 3 cm. À cause d’un semis trop profond (4-5 cm), je n’ai obtenu que 35 000 pieds à la récolte. Même si les racines sont beaucoup plus grosses, cela représente une perte de rendement de 10 à 15 tonnes brutes. » À noter que l’éleveur a semé autour de la parcelle une bande de maïs de 12 m, qui sera ensilé. Dans la semaine suivant le semis, il a épandu 100 kg de 18/46/0 (NPK), puis 400 kg d’ammonitrates. Deux passages de désherbant ont été appliqués, avant un binage mécanique le 14 juin, sans oublier l’enlèvement manuel des betteraves montées en graine. Après la récolte, les betteraves ont été stockées à l’extérieur, puis rentrées dès l’arrivée du gel (vers - 5 °C) sous le hangar de stockage de la paille, à l’abri des courants d’air, ce qui justifie l’impasse sur la couverture du tas.

La betterave intègre la ration hivernale à hauteur de 2,3 kg MS. La forte présence de terres sur les tubercules, liée à une récolte en conditions humides dans des terres argileuses, a conduit Philippe à concevoir un dispositif de déterrage avant distribution efficace et peu coûteux (200 €) : à l’aide du télescopique, il fait tomber les betteraves sur du treillis soudé (10 x 10 cm). Puis, dans la mélangeuse, l’éleveur met d’abord la fibre (enrubannage), la betterave et, en dernier, le maïs ensilage, soit un coût de ration de 4,2 €/VL/jour. « Dans la ration, il faut penser à mettre plus de betterave que l’on n’enlève de maïs, car sa présence entraîne une augmentation de l’ingestion. Cette année, je vais semer 4 ha pour augmenter la période de distribution aux laitières : l’idée est d’arracher 1 ha début septembre, et 3 autres vers la mi-octobre. »

Depuis le semis jusqu’à la récolte en passant par le binage, il peut s’appuyer sur la présence de l’ETA Andrieux­, ce qui n’est pas le cas partout en France. Mais, d’ores et déjà, avec deux autres éleveurs, il a acheté en Cuma un semoir spécifique de six rangs, d’occasion, auprès d’un betteravier.

Un coût rendu auge de 116 €/t de MS

Les charges moyennes au sein du groupe : 570 €/ha de charges opérationnelles (175 € de semences + 160 € de désherbants + 235 € d’engrais) ; 420 €/ha de mécanisation hors récolte (main-d’œuvre comprise) ; 380 € de récolte, avec décolleteuse-arracheuse-chargeuse de six rangs (ETA Andrieux) + 70 € de main-d’œuvre + 170 € de foncier et 100 € de stockage. Soit un total de 116 €/ t MS avec un rendement de 15 t MS/ha, ou de 174 € pour un rendement de 10 t MS/ha.

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