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« Les génisses ont un plan d’allaitement à volonté »

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Nurserie. Elle est équipée de deux Dal, quatre box et d’une gaine de ventilation. © j.p.

Des GMQ de plus de 1 000 grammes et des poids au sevrage au-delà de 100 kg : Kévin Rémy bouscule les repères avec l’allaitement à volonté, sur le modèle nord-américain.

Installé en 2012, Kévin Rémy, le président du réseau EDF France, est un éleveur qui n’hésite pas à tester des innovations pour progresser. Depuis quatre à cinq ans, il a entièrement revu l’alimentation des veaux (génisses et mâles engraissés sur la ferme) en vue d’obtenir des croissances soutenues pendant la phase lactée.
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Installé en 2012, Kévin Rémy, le président du réseau EDF France, est un éleveur qui n’hésite pas à tester des innovations pour progresser. Depuis quatre à cinq ans, il a entièrement revu l’alimentation des veaux (génisses et mâles engraissés sur la ferme) en vue d’obtenir des croissances soutenues pendant la phase lactée.

Cet objectif passe par un plan d’allaitement à volonté et un sevrage prévu au plus tôt après onze semaines de vie. « Ce sont des pratiques que j’ai découvertes lors de visites aux États-Unis, explique Kévin. J’y ai vu de petites jersiaises boire 12 litres de lait par jour et j’ai voulu le transposer ici, avec l’objectif d’atteindre plus de 1 000 grammes de GMQ, à une période où les jeunes animaux font de la croissance osseuse et musculaire, sans risque d’engraissement. »

« Tant que le veau a soif, il boit »

Tout commence par la préparation au vêlage des taries. Une pratique associée à une meilleure qualité du colostrum. À la naissance, la qualité de ce colostrum est néanmoins mesurée avec un réfractomètre. Le cas échéant, un stock congelé permet de pallier un défaut de qualité. L’éleveur s’astreint à distribuer le colostrum au plus vite (sauf si le vêlage a lieu en pleine nuit). Lors des deux premiers repas de colostrum, il n’hésite pas à proposer 5 litres au nouveau-né, même si celui-ci n’en boira finalement que 3 litres. Pendant la première semaine en case individuelle, les veaux ont le lait maternel, conservé au réfrigérateur : la buvée est toujours réchauffée au bain-marie (jamais le chauffe-lait directement dans le lait pour ne pas cuire les matières grasses, mais aussi parce que cet équipement peut être un nid à bactéries) ; dans un seau à tétine dédié à chaque veau ; tête relevée pour assurer une meilleure fermeture de la gouttière œsophagienne. « Au minimum, ils reçoivent 2,5 litres de lait entier matin et soir, précise Kévin. Mais, selon les comportements individuels, je peux ajouter du lait issu du Dal, si j’observe que le veau a encore faim. Tant que le veau a soif, il boit ! » Les plus voraces peuvent ainsi boire 5 litres par repas et en moyenne 4 litres matin et soir. « J’ai testé trois repas par jour de 2 à 3 litres, mais cela s’est révélé trop contraignant. »

« De la couverture musculaire, avec des GMQ de plus de 1 kg »

La part de lait entier diminue progressivement au profit d’un programme 100 % poudre de lait à 6 jours. Puis, les veaux passent en cases collectives au Dal. « Les GMQ au cours de la première semaine en niche varient de 500 grammes à 1,5 kg, soit un gain de près de 10 kg. » Attention cependant à la propreté de la litière, car un veau qui boit beaucoup est aussi un veau qui urine beaucoup. Sur ce volet, Kévin teste la farine de paille enrichie de morceaux de charbon (Alda), avec laquelle il n’hésite pas à charger des niches déjà surélevées pour mieux absorber les jus.

S’ils ont de l’eau fraîche à disposition dès le premier jour, ce n’est qu’une fois en case collective que les veaux ont accès à l’aliment solide. Il s’agit d’un mash fermier, préparé deux fois par semaine et composé de foin de RGA-trèfle – récolté en botte carrée et passé dans l’ensileuse pour obtenir des brins de 3 à 4 cm –, de pulpe surpressée, très appétente (27 % MS), de maïs grain broyé, d’orge, soja et minéraux (4 % de minéral vache laitière + 1 % de lithothamne et 0,2 % de sel). Enfin, le quai de paillage offre aussi aux jeunes ruminants l’accès à de la paille fraîche à volonté.

« Une gaine de ventilation pour mieux évacuer l’air humide »

Les quatre cases collectives sont curées tous les 7 à 10 jours. Lors du reportage, en fin d’après-midi, la litière passe sans problème le test des genoux : ils restent secs après que l’on s’est agenouillé dans une case. Sur le volet sanitaire, l’éleveur ne fait aucun vaccin. Il met à disposition des veaux un seau de charbon et un autre d’argile pour protéger le tube digestif à titre préventif, et envisage d’y associer une solution de vinaigre de cidre. « Je rencontrais quelques problèmes respiratoires qui m’ont amené à investir dans une gaine de ventilation. Un meilleur calibrage des ouvertures devra encore être abordé avec le fournisseur­, pour optimiser l’évacuation de l’air humide. » Dans cet environnement, Kévin programme un plan d’allaitement inspiré du concept 40 Fit, développé par le constructeur de Dal Förster-Technik et le fabricant de poudre Elvor : il consiste à offrir au veau de la poudre de lait à volonté pendant trente-cinq jours (poudre HP d’Elvor à 27 % de protéines, 21 % de matière grasse et 40 % de PLE). La seconde phase correspond à un sevrage progressif qui s’étale également sur une période de trente-cinq jours. L’objectif : un GMQ de 1000 grammes, pour un sevrage à 10 semaines, avec un total de 80 kg de poudre.

« De 12 à 15 litres de lait par veau et par jour »

Sur ce principe, le rythme de distribution programmé par Kévin avec la poudre Elvor est le suivant :

- du lait sans restriction de volume pendant quarante jours : « Le Dal autorise une buvée de 2 litres toutes les deux heures. Les veaux consomment en général entre 9 et 13 litres par jour et certains jusqu’à 15 litres ou plus. »

- Un sevrage progressif pendant trente-cinq à quarante jours : après cette période de lait à volonté, les veaux passent graduellement de 12 à 2 litres sur trente-cinq à quarante jours. Mais avec le dernier lot, Kévin teste un sevrage différent.

Tout d’abord, au cours d’une période de sept jours, le volume de lait programmé au Dal descend progressivement de 12 à 9 litres ; puis, pendant vingt jours, il reste fixé à 9 litres ; pour finir, il baisse progressivement à 2 litres au cours d’une phase de dix à douze jours. Cette pratique correspond à une consommation de poudre de 95 à 110 kg/veau, soit près de 60 kg de plus qu’un programme classique. C’est-à-dire un surcoût de 120 à 130 €/génisse.

« Un plan d’allaitement qui favorise le dépôt musculaire »

« C’est un plan d’allaitement avec lequel il y a peu de problèmes digestifs. Visuellement, les veaux ont un plus bel aspect : les côtes ne sont pas visibles, il y a de la couverture musculaire sur le dos et les cuisses où j’observe les stries verticales dessinées par les muscles, ce qui n’est pas courant en race holstein. » Kévin envisage même de prolonger la phase d’allaitement au Dal de dix jours, en vue d’un sevrage encore plus progressif. Son objectif : un poids moyen de 120 à 130 kg à 90 jours.

Ici, les veaux sont pesés à la naissance, à la mise au Dal, lors de l’écornage (toujours réalisé avec un anti-inflammatoire de longue durée) et à la sortie de la nurserie. À ce moment, ils consomment l’équivalent de 2,5 kg à 3 kg de mash et cela augmente rapidement par la suite. Cet aliment fermier constitue le plat unique qui sera distribué aux génisses à volonté jusqu’à l’âge de 6 mois, pour un poids objectif de 250 kg. Après cette date, la ration est composée en grande partie d’ensilage d’herbe, auquel s’ajoutent du méteil et parfois un peu de maïs, pour faire de la croissance via les protéines et éviter les apports d’amidon, favorables à l’engraissement et donc aux problèmes métaboliques en début de lactation. « Le risque, lorsque l’on veut faire du vêlage précoce à 21 ou 23 mois, est de ne pas atteindre le poids requis à l’âge de 2 mois et ensuite de chercher à pousser les génisses et les engraisser. J’ai décidé d’investir sur la phase lactée, avec l’objectif de faire de l’os et du muscle de 0 à 6 mois. Cela remet en cause les repères et montre qu’une holstein n’est pas forcément maigre. Après vêlage, ce sont des animaux moins sensibles aux pertes d’état corporel, qui peuvent être remis à la reproduction plus rapidement. »

La croissance obtenue avec ce mode de rationnement permet aujourd’hui d’inséminer entre 11 et 13 mois, voire dès 10,5 mois. « En gagnant 3 mois d’âge au vêlage, soit 90 jours à 1,45 € par jour, j’économise 130 € de coût alimentaire par génisse, sans compter le coût de la main-d’œuvre et de bâtiment. Cela rentabilise la poudre de lait et renforce les performances de mes génisses. » En effet, le taux de réussite en 1re insémination est de 54 % pour les génisses (avec 70 % d’IA sexées) et de 57 % pour les primipares, avec un intervalle vêlage IA fécondante de 91 jours. L’EARL, élevage naisseur pour Elitest, obtient un taux de réussite sur la pose d’embryons congelés de 81 %. « Plus que l’âge au premier vêlage, c’est une croissance soutenue en début de vie, et avant l’insémination avec de l’azote, qui conditionne les résultats », analyse Kévin Rémy. Les taurillons affichent un poids moyen de 710 kg vif à 16,8 mois.

Jérôme Pezon
Lait maternel. La première semaine, les veaux sont nourris au lait maternel, conservé en bouteilles identifiables par un bouchon de couleur. © j.p.
Case individuelle. Kévin prépare d’abord une buvée de 2 à 3 litres de lait maternel stocké en bouteilles et réchauffé au bain-marie. © j.p.
Poudre. Au cas par cas, il ajoute 1 à 2 litres de buvée issue du Dal. Le jour du reportage, une génisse de 5 jours a ainsi bu 5 litres de lait en un repas. © j.p.
Hygiène. Pendant une semaine, chaque veau aura le même seau, lavé, rincé et mis à égoutter après chaque buvée. © j.p.
Une génisse prête à vêler. Cette génisse de grande taille (la barrière derrière elle est à 1,45 mètre de haut) de 18 mois a bénéficié du plan d’allaitemet mis en place à l’EARL. Elle est programmée pour vêler à moins de 20 mois, après une première IA réussie à 10,7 mois. © j.p.
Une primipare. Cette jeune vache a vêlé à 23,5 mois. Elle est ici a deux mois après la mise-bas. Son développement, d’abord osseux et musculaire, lui permet d’être moins sensible à la perte d’état du début de lactation. © j.p.
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