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« L’accès au pâturage est important pour le bien-être de la vache »

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Les scientifiques affirment que le pâturage est l’un des points essentiels du bien-être de la vache. Il a un effet positif sur ses comportements sociaux et permet l’expression des comportements naturels.

Le pâturage est-il incontournable pour le bien-être des vaches ?
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Le pâturage est-il incontournable pour le bien-être des vaches ?

Lydiane Aubé : L’accès au pâturage est un point important pour leur bien-être. De nombreuses études montrent un effet positif sur divers aspects. La santé en est un. Le pâturage permet généralement de réduire la prévalence des boiteries, des mammites, des altérations tégumentaires (abrasion du poil, lésions), des dystocies et de la mortalité. Néanmoins, il s’accompagne de risques. Je pense au parasitisme (strongles et douve du foie, par exemple) et à une bio­sécurité plus compliquée à assurer. En effet, les vaches peuvent être en contact plus ou moins direct avec la faune sauvage, tout comme avec des vaches d’élevages voisins. Ces contacts peuvent conduire à la transmission de maladies, telles que l’IBR, la diarrhée virale bovine ou la tuberculose bovine. La phytotoxicité de certaines plantes potentiellement présentes sur le pâturage peut également poser problème, bien que les vaches évitent généralement de les consommer.

Quels sont les autres effets bénéfiques du pâturage ?

L. A. : Le pâturage offre un meilleur confort de couchage pour deux raisons : les vaches ont plus d’espace pour se coucher sans risques de collision avec les équipements, et la surface de couchage est confortable. Toutefois, en l’absence d’abri, le couchage sur un sol humide est aversif. L’amélioration du confort de couchage est donc à nuancer selon les conditions. On observe également un effet bénéfique sur les comportements, qui sont généralement moins agressifs qu’en bâtiment (coups de tête, par exemple). De même, on observe plus d’interactions positives entre vaches (comme les léchages mutuels). L’accès au pâturage a donc globalement un effet plutôt positif sur leurs comportements sociaux. Mais surtout, il permet l’expression des comportements naturels. C’est un point très important. Les vaches peuvent brouter et se déplacer plus librement, ce qui est un des avantages majeurs du pâturage en matière de bien-être. Elles ont plus de contrôle sur leur environnement : elles choisissent où elles vont, ce qu’elles mangent, etc. Par exemple, elles peuvent brouter en sélectionnant différentes espèces prairiales et ainsi adapter leur ingestion selon leurs besoins et leurs préférences alimentaires. De plus, le pâturage donne un accès à volonté à du fourrage, ce qui leur permet de choisir leurs moments d’alimentation dans la journée.

Si elle a le choix, la vache préfère-t-elle le bâtiment ou le pâturage ?

L. A. : Un certain nombre d’études montrent qu’elles sont très motivées par l’accès au pâturage. Dans l’une d’entre elles, elles ont travaillé, c’est-à-dire qu’elles ont poussé une porte lestée, au moins autant pour accéder aux pâturages qu’elles l’ont fait pour de l’aliment. Elles ont travaillé encore plus pour être dehors le soir. Lorsqu’elles ont le choix, les vaches passent généralement plus de temps dans une prairie qu’en bâtiment, notamment la nuit. Néanmoins, ce choix est modulé par la distance à parcourir pour s’y rendre et les conditions météorologiques. Enfin, l’herbe fraîche semble plus attrayante pour les vaches. En effet, qu’elles soient au pâturage ou en bâtiment, les vaches consomment plus d’herbe fraîche que de fourrage conservé lorsque les deux types d’aliment sont disponibles.

Le simple fait de pâturer assure-t-il le bien-être de la vache ?

L. A. : Non. Au pâturage, les vaches sont soumises aux conditions météorologiques (chaleur, froid, précipitations…), ce qui peut entraîner un stress thermique. Il est essentiel de leur fournir les équipements nécessaires. Par exemple lors de fortes chaleurs, un abri à l’ombre suffisant doit être proposé à toutes les vaches en même temps, car elles synchronisent leurs activités. Laisser libre accès au bâtiment et au pâturage, et là encore en même temps, remplit la même fonction. Elles choisissent ainsi l’environnement qui leur convient le mieux.

L’abreuvement est un autre élément à surveiller. En effet, il peut être parfois difficile d’apporter un nombre suffisant de points d’eau en extérieur et de les maintenir propres. Attention aux points d’eau naturels qui favorisent le parasitisme ! L’alimentation fait aussi partie des points de vigilance. Des études ont montré que les vaches au pâturage sont davantage exposées à un risque de stress nutritionnel (perte de poids plus importante, proportion de vaches maigres plus élevée). Comme la quantité et la qualité de l’herbe sont variables, il est plus difficile d’équilibrer de façon optimale la ration. Une bonne gestion du pâturage et une complémentation avec un aliment ou du fourrage y remédieront, en particulier pour les hautes productrices. La bonne gestion de l’herbe assure également des prairies exemptes de plantes toxiques.

Existe-t-il des indicateurs d’évaluation du bien-être des bovins laitiers spécifiques au pâturage ?

L. A. : Il n’existe pas vraiment à l’heure actuelle de protocole pour évaluer le bien-être des vaches au pâturage. C’est précisément l’objet de mon post-doctorat. Le protocole européen Welfare Quality est destiné aux vaches en bâtiment. Si un certain nombre de ses indicateurs (note d’état corporel, blessures, boiteries, etc.) sont valables pour l’évaluation du bien-être au pâturage, il semble nécessaire d’en développer de nouveaux, par exemple des indicateurs de confort thermique. Nous tiendrons compte ainsi des contraintes météorologiques, alimentaires, parasitaires, etc. auxquelles les femelles sont soumises au pâturage.

Les élevages laitiers aujourd’hui sans pâturage doivent-ils l’introduire impérativement ?

L. A. : Dans l’idéal, un accès au pâturage est recommandé, mais s’il est réalisé dans de bonnes conditions, bien entendu. Il permet aux vaches de passer une grande partie de leur temps à brouter de l’herbe, ce qu’il n’est pas possible de recréer en bâtiment. Cependant, il n’est effectivement pas toujours possible de le mettre en place. Dans ce cas, on pourrait envisager de donner au moins accès à une aire d’exercice pour que les vaches puissent marcher plus librement. En parallèle, il faut essayer d’apporter des conditions de bien-être optimales. Cela passe par une alimentation riche en fibres, et autant de places aux cornadis qu’il y a de vaches. C’est important lorsqu’elles ne pâturent pas. L’ingestion de fibres est essentielle et a un impact positif sur leur santé. De même, proposer des zones de couchages confortables (matelas, par exemple) et en nombre suffisant est nécessaire pour l’élevage en bâtiment. Toutes les vaches doivent pouvoir se coucher simultanément, cela évite la compétition. L’ajout d’équipements enrichit leur environnement et les stimule. Les brosses répondent à cet objectif et à un de leurs besoins : se gratter. On ne peut pas réellement « compenser » en bâtiment le manque d’accès au pâturage puisque les vaches ne peuvent pas brouter, mais il est tout de même possible de leur fournir des conditions de vie qui promeuvent leur bien-être.

Dans certains élevages, les génisses ne pâturent pas ou tardivement. Qu’en pensez-vous ?

L. A. : C’est mieux de proposer le pâturage si l’éleveur en a la possibilité. Certes, les jeunes sont moins résistantes au parasitisme que les adultes. C’est un point à surveiller tout particulièrement. De plus, elles sont plus sensibles au froid, ce qui peut être problématique au pâturage. Il convient alors de bien adapter les équipements présents sur les parcelles, par exemple un abri avec une litière paillée. De plus, les génisses qui ne sont jamais allées au pâturage n’ont pas encore appris à reconnaître les plantes toxiques. Le risque d’intoxication est donc potentiellement plus élevé. Le pâturage des jeunes présente donc certains dangers mais qui peuvent être gérés par l’éleveur.

Propos recueillis par Claire Hue
Lydiane Aubé est post-doctorante à VetAgro Sup, campus vétérinaire de Lyon. Elle travaille au sein de l’unité mixte de recherche Herbivores, équipe Comportement animal, robustesse et approche intégrée du bien-être animal. Elle travaille au développement et à la validation d’indicateurs de bien-être des vaches laitières au pâturage (confort thermique, confort des chemins d’accès, etc.). © Sabine Li
Confort thermique. Laisser libre accès au pâturage et au bâtiment protège la vache d’un stress thermique durant les fortes chaleurs. © GFA
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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