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« Limiter les pesticides oblige au désherbage mécanique »

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Technique culturale simplifiée. Jean-Baptiste Langelier conduit un tiers de la SAU en TCS. Il faut trouver des solutions pour réduire ou remplacer le glyphosate. © J.-B. Langelier

S’adapter. Cette année voit la mise en place de zones de non-traitement. Dans deux ans, cela devrait être la suppression du glyphosate. Éleveur dans le Calvados, Jean-Baptiste Langelier préfère tester des solutions plutôt que les subir.

Si la crise du coronavirus met de côté le débat médiatique sur les pesticides, le calendrier réglementaire, lui, est bien là et s’applique progressivement. La mesure la plus immédiate concerne les distances de pulvérisation à proximité des habitations, appelées aussi zones de non-traitement ou ZNT. Elles s’appliquent aux cultures annuelles implantées après le 27 dé...
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Si la crise du coronavirus met de côté le débat médiatique sur les pesticides, le calendrier réglementaire, lui, est bien là et s’applique progressivement. La mesure la plus immédiate concerne les distances de pulvérisation à proximité des habitations, appelées aussi zones de non-traitement ou ZNT. Elles s’appliquent aux cultures annuelles implantées après le 27 décembre et aux cultures pérennes. Cela signifie pour les éleveurs de les respecter dès les mois de mai et juin sur le maïs. Les herbicides classiquement utilisés sur la culture devront être pulvérisés à 5 m de la limite de propriété, y compris l’habitation de l’agriculteur.

Cette distance est réduite à 3 m à condition que le préfet ait approuvé une charte départementale des riverains et que le pulvérisateur soit équipé de buses antidérives. « Cela devrait être mon cas », estimait, en avril, Jean-Baptiste Langelier, éleveur laitier près de Vire, dans le Calvados. « Mon pulvérisateur est équipé de buses antidérives et dans le Calvados, la consultation publique sur la charte devait s’achever le 2 mai. » Jean-Baptiste Langelier est en Gaec avec son frère Stéphane et sa conjointe, Élodie Anfray. Il est responsable des 170 ha de SAU, dont 115 ha de cultures annuelles. Deux de leurs parcelles sont à 80 m de l’école communale et une dizaine en bordure de pavillons. « La mise en place des ZNT n’aura pas trop d’incidence cette année. Les parcelles le long des habitations sont essentiellement en céréales d’hiver. Seules trois d’entre elles, pour un total de 15 ha, viennent d’être semées en maïs, pour lequel je ne suis pas trop inquiet. »

« Biner le maïs en bordure de voisinage ZNT »

Comme l’an passé, il a l’intention de louer une bineuse pour un désherbage de rattrapage un mois et demi après le semis. « En 2019, l’herbicide juste après le semis, et le binage ensuite, ont donné satisfaction. Cette année, les bordures de voisinage ne seront pas désherbées chimiquement. Elles seront binées trois semaines après le semis, avec ensuite au moins un deuxième passage. Le maïs sera sans doute plus sale, mais ce ne sera que sur quelques mètres. » Et l’éleveur de poursuivre   : « Même si mes implantations d’hiver ne sont pas concernées, cela ne m’empêche pas de faire attention aux voisins  : pulvérisation sans vent, tôt le matin ou tard le soir, aucun traitement le week-end et le mercredi, jour sans école, si le confinement est levé, etc.  »

Il avoue ne pas avoir encore véritablement réfléchi aux solutions à mettre en place l’automne prochain. Pour l’instant, il a en tête un petit essai de désherbage mécanique sur céréales, en lien avec le groupe cultures de la chambre d’agriculture. « Un collègue en agriculture biologique va me prêter sa herse étrille. Je ne suis pas convaincu de la pertinence des exigences réglementaires et sociétales sur les produits phytosanitaires et des solutions techniques à mettre en œuvre pour y répondre, ajoute-t-il. Néanmoins, plutôt que les subir, je préfère les tester.  »

« En travail du sol simplifié, comment remplacer le glyphosate ? »

Cette philosophie le guide également dans le débat sur l’interdiction du glyphosate­. La France l’a prévue dans deux ans, mais des dérogations sont envisagées. Sollicité par la chambre d’agriculture du Calvados, Jean-Baptiste Langelier a accepté de participer, avec 37 autres agriculteurs normands­, au programme d’expérimentation Glyphosate Normandie 2021, financé par la Région. En contrepartie d’une aide de 80 €/ha plafonnée à 100 ha, il s’engage à réduire l’herbicide en 2019-2020 et à le supprimer en 2020-2021. «  Le glyphosate m’est utile pour gérer les terres caillouteuses à faible profondeur de sol, délicates à labourer. Elles sont travaillées en techniques simplifiées et représentent un tiers de ma SAU. » Il en consomme habituellement 80 litres par an. Il prévoit d’en utiliser 40 litres au maximum sur cette campagne.

Trois itinéraires testés

Après l’orge, la technique du faux semis. Entre la récolte mi-juillet et le semis d’une culture en dérobé fin août, les repousses d’orge ont le temps de se développer. « Si l’on n’intervient pas, elles étouffent la dérobée, c’est pourquoi jusqu’en 2018, je déchaumais à 4 cm de profondeur juste après la récolte, avec le déchaumeur à disques de la Cuma. Les repousses d’orge et de mauvaises herbes telles que les rumex, le chiendent, etc., étaient détruites un mois après avec 3 l/ha de glyphosate. » L’an passé, dans le cadre du programme normand, l’éleveur a remplacé l’herbicide par un second déchaumage. « Les conditions étaient idéales. La petite pluie qui a suivi le premier déchaumage a favorisé la levée de l’orge et des adventices et facilité le désherbage mécanique des 12 hectares. » Le seigle semé dans la foulée a rapidement couvert le sol. Ensilé mi-avril pour alimenter un méthaniseur collectif – que le Gaec a lancé en 2019 avec 38 autres exploitations –, il a été détruit par un labour.

Après les cultures en dérobé. En zone vulnérable, le Gaec a l’obligation de couvrir les sols l’hiver avant de semer le maïs. En plus du seigle, il le fait par des implantations à vocation fourragère  : 5 ha de méteil (vesce, pois fourrager d’hiver et triticale), 15 ha d’avoine + vesce et 7 ha de ray-grass d’Italie + trèfle violet. Si les terres sont profondes, la dérobée est labourée. Comme le seigle, c’est le cas du méteil cette année. L’association RGI + trèfle violet ne fait pas non plus l’objet d’une réduction du glyphosate. Après son ensilage le 20 avril, elle est maintenue au moins pour toute l’année 2020.

Le mélange avoine + vesce étant sur terres caillouteuses, c’est donc sur lui que Jean-Baptiste Langelier et la chambre d’agriculture testent une alternative. Fin mars, une des cinq parcelles est divisée en deux. Sur la première moitié est appliquée une dose réduite de glyphosate, limitée à 1,5 l/ha. La seconde est déchaumée (déchaumeur à disques). Quinze jours plus tard, l’épandage de fumier nécessite un nouveau déchaumage, mais cette fois-ci de toute la parcelle. « La comparaison des deux parties montrera s’il y a une différence de salissement. » Les quatre autres parcelles sont, elles, déchaumées à trois reprises. La première avec un outil à disques, pour détruire le couvert. La deuxième avec un outil à dents, pour mélanger le fumier à la terre. La troisième – fin avril – de nouveau avec un outil à disques pour éliminer les repousses, les deux premiers passages n’étant pas suffisants.

Destruction des prairies temporaires. Jusqu’à présent, elles l’étaient par le glyphosate. Cette année, sur les 6 ha concernés, seule une bande de 21 m (largeur du pulvérisateur) vient de l’être. Elle sera comparée au reste, labouré, pour semer du maïs.

Rendez-vous cet automne pour connaître les résultats de ces différents tests. « Dans le Gaec et dans les 37 autres exploitations du programme Glyphosate Normandie 2021, verrons-nous une augmentation de l’usage d’autres herbicides  ? Enregistrerons-nous une hausse de nos charges de mécanisation  ? L’État devra-t-il envisager une compensation financière à l’interdiction du glyphosate  ? Le programme permettra de faire remonter ces informations à l’administration. » L’éleveur espère qu’il contribuera à l’élaboration d’une réglementation qui tiendra compte de toutes les contraintes des agriculteurs. 

Claire Hue
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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