S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

L’analyse du jus de rumen pour interpréter la digestion

réservé aux abonnés

 - -->
Après avoir pompé le jus de rumen, le vétérinaire mesure le pH, le potentiel rédox et analyse la flore afin de vérifier que la vache a suffisamment de nutriments pour valoriser la ration. © J. P.

Efficacité alimentaire. Dans le cadre du suivi de troupeau, le prélèvement de jus de rumen est un outil qui permet au vétérinaire d’expliquer un défaut de valorisation de la ration, afin de réorienter les pratiques de rationnement.

Le prélèvement du jus de rumen est un examen vétérinaire complémentaire visant à mettre en évidence un dysfonctionnement du rumen. Il est réalisé en ferme, au regard de signes d’alerte :
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
10%

Vous avez parcouru 10% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Le prélèvement du jus de rumen est un examen vétérinaire complémentaire visant à mettre en évidence un dysfonctionnement du rumen. Il est réalisé en ferme, au regard de signes d’alerte :

lorsqu’il y a un défaut de valorisation de la ration, caractérisé par un niveau de production et/ou des taux de matière utile insuffisants ;

en présence d’une quantité importante de fibres et de grains lors du tamisage des bouses.

« C’est une méthode pour comprendre ce qui se passe dans le rumen. Elle permet d’accompagner les nutritionnistes pour mieux orienter la flore, avec l’objectif de maximiser la digestion ruminale », explique Emmanuel Pichon, vétérinaire à la clinique des Alouettes (Maine-et-Loire).

L’enjeu est de taille, car le dysfonctionnement du rumen entraîne l’augmentation de la part de digestion intestinale, moins efficace pour valoriser les végétaux et associée à une hausse des phénomènes inflammatoires. « C’est pourquoi il faut utiliser avec parcimonie l’amidon by-pass et les protéines tannées. » Ces phénomènes inflammatoires ont notamment des conséquences négatives sur le comptage cellulaire.

Première cause de sous-valorisation de la ration : l’abreuvement

De plus, la digestion intestinale fait baisser le pH des bouses, ce qui peut irriter la peau et provoquer une recrudescence des pieds rouges, des gros jarrets ou des symptômes de Mortellaro. Ainsi, les flambées de boiteries sont aussi des signes qui conduisent à suspecter un dysfonctionnement du rumen. Dans la pratique, le vétérinaire prélève le jus de rumen à l’aide d’une sonde œsophagienne. « Dans un premier temps, le fait de pouvoir prélever ou non des quantités significatives de liquide est un indicateur de la bonne hydratation du milieu (85 % d’eau), dont dépend en premier lieu le bon fonctionnement du rumen. Donc, si j’ai du mal à récupérer du liquide, je dois inspecter le dispositif d’abreuvement. »

Pour un accès non limitant, le praticien rappelle quelques règles de base : au moins 10 cm d’abreuvoir par vache et contrôle des consommations via un compteur d’eau. « C’est la première chose à faire face à un problème de sous-valorisation de la ration. Retenez une consommation de 50 litres par jour pour une tarie, et près de 200 litres en été pour une VHP. Or, il n’est pas rare d’observer des volumes bus ne dépassant pas 50 litres par jour. Ne négligez pas la mise à disposition de sel, qui est un moyen de réguler les flux d’eau dans l’organisme. » Les courants parasites sont une cause fréquente de défaut d’abreuvement. Dans ce cas, les vaches ont tendance à laper la surface au lieu de plonger leur mufle dans l’eau. C’est un cercle vicieux, car elles sont d’autant plus sensibles à ces courants qu’elles sont déshydratées.

La diversité de la ration au service de la flore

Au microscope, le praticien évalue ensuite la flore : dans un rumen qui fonctionne bien, il y retrouve bactéries, champignons et protozoaires. Ces derniers sont les plus facilement visibles. « Leur nombre et leur activité sont, pour moi, des indicateurs de santé ruminale. Ils ont un réel intérêt, surtout s’il y a beaucoup d’amidon dans la ration. Une vache peut vivre sans, mais l’efficacité de la digestion est modifiée. Elle sera davantage sur le fil du rasoir d’un point de vue métabolique, car les protozoaires participent à la dégradation de l’amidon. » Leur présence indique­ si la vache dispose d’une alimentation équilibrée. Ils peuvent disparaître lorsque le milieu ne leur est pas favorable : un pH trop haut ou trop bas, un manque d’eau ou encore s’ils ne trouvent pas assez à manger dans la ration, notamment par déficit de sucre ou d’amidon dégradable. « C’est pourquoi je recommande d’étaler les profils de dégradation de l’amidon. Le tout maïs ensilage offre un profil unique. Il vaut mieux intégrer un peu de maïs humide ou d’orge pour diversifier les sources d’amidon. Le taux de sucre est un combat qui se mène aux champs par la qualité de l’herbe récoltée. »

Préférer un hachage fin de la fibre

Les signes de dysfonctionnement ruminal s’appuient aussi d’une part sur les mesures de pH et de potentiel rédox, pour objectiver les déviations fermentaires (acidose ou alcalose) et, d’autre part, sur le profil des bactéries présentes : flore amylolytique au potentiel rédox élevé (-180 mV) ou flore cellulolytique au potentiel rédox plus bas (-220 mV). Ces mesures offrent des pistes pour corriger la ration vers la diminution ou la modification des apports d’amidon, l’apport de fibres ou de bicarbonate. « L’apport de fibres est, avec l’eau, un fondamental d’une digestion ruminale efficace. La fibrosité ne s’apprécie pas au regard de la longueur des fibres, ni au piquant de la ration. Il est au contraire préférable de hacher fin pour limiter les entrées d’air dans le rumen, où les bactéries qui dégradent la fibre fonctionnent sans oxygène. Deux conditions doivent être respectées : un taux de cellulose entre 16 et 20 % et un NDF optimum (fraction digestible de la fibre) entre 34 et 36 %. » C’est pourquoi le préalable de toute cette approche est l’analyse des fourrages.

Jérôme Pezon
Tamisage des bouses. La présence de plus de 20 % de résidus dans le gros tamis est un indicateur d’un mauvais fonctionnement du rumen. © j. p.
Analyse d’urine au réfractomètre. L’augmentation de brix urinaire (supérieur à 6) est révélatrice d’une digestion intestinale, donc d’une perte d’énergie au niveau du rumen. © Claudius THIRIET
Ration compacte. Moins de pertes d’énergie

Une centaine d’adhérents Terrena ont adopté la ration compacte. Le principe : un hachage fin et un mouillage de la ration dans la mélangeuse (voir L’Éleveur laitier n° 291). Ainsi, la présentation de la ration limite le tri à l’auge et donc les déviations fermentaires dans le rumen. « Cette instabilité ruminale entraîne des pertes d’énergie et donc de lait, souligne Emmanuel Siete, technicien Terrena. Par sa structure, la ration compacte empêche le tri, mais aussi l’entrée d’oxygène dans le rumen. Cela a pour conséquence une diminution du potentiel rédox favorable au fonctionnement des bactéries cellulolytiques. L’optimisation du potentiel rédox se traduit par une meilleure valorisation de la ration, moins de fibres dans les bouses et des gains de lait de 1,5 à 2 litres/VL, sans modifier les ingrédients. »

L’avis de…
« Les sucres sont souvent le facteur limitant » L’avis de… Mickaël Lelaure, technicien nutritionniste chez Terrena

« Chez les éleveurs dont le troupeau se situe entre 30 et 35 l et qui cherchent à optimiser les performances à partir d’une ration bien équilibrée, on est souvent amenés à augmenter la concentration en sucre. Au-delà de 30 l de lait, retenez une teneur de la ration de 5 % de sucre. Or, en ration intensive composée au deux tiers de maïs ensilage, on est souvent entre 2 et 3 %. L’intégration d’aliment liquide constitue une piste. L’analyse de jus de rumen est ensuite un bon moyen de montrer à l’éleveur le résultat de ces apports sur la flore du rumen. Car le gain sur la production et la santé n’est pas immédiat. Il se fait dans le temps et se traduit par un meilleur démarrage en lactation et plus de persistance laitière. Au-delà de 35 l/VL, l’optimisation passe par la hausse de la concentration en UF/kg, via les apports de matière grasse.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Sélection bovine des taureaux et des hommes

45€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Maladies parasitaires du mouton 4ème edition

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER