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La prairie multi-espèce résiste à la canicule sans produire plus

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q GIEE. septL’Union des producteurs de lait AOP normands a créé il y a cinq ans un GIEE. Accompagnés par Patrice Pierre, de l’Institut de l’élevage, © Union des producteurs AOP normands

Pâturage estival. Face aux sécheresses récurrentes, allonger la période de pâturage s’avère compliqué. Les producteurs normands en AOP, à la recherche de solutions, ont testé durant cinq ans des prairies multi-espèces. Mais les résultats sont décevants.

L’image de la Normandie verte toute l’année appartient au passé. Comme ailleurs en France, ses prairies subissent désormais des températures caniculaires en été. Le ray-grass anglais (RGA), qui souffre à partir de 22-23 °C, voit sa végétation arrêtée. À 25 °C et plus, on observe de la mortalité de pieds. Cette évolution complique le pâturage des vaches, surtout s&rsquo...
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L’image de la Normandie verte toute l’année appartient au passé. Comme ailleurs en France, ses prairies subissent désormais des températures caniculaires en été. Le ray-grass anglais (RGA), qui souffre à partir de 22-23 °C, voit sa végétation arrêtée. À 25 °C et plus, on observe de la mortalité de pieds. Cette évolution complique le pâturage des vaches, surtout s’il est inscrit dans un cahier des charges. C’est le cas pour les producteurs en AOP fromagères normandes. La saison de pâturage est fixée à six mois minimum. En 2015, avec leur Union des producteurs AOP, ils ont retroussé leurs manches et ont créé un GIEE (1). Le but : explorer des solutions pour pallier l’insuffisance de la pousse d’herbe estivale sur trois types de sol, séchant, humide, et à alternance hydrique.

Avec l’appui de Patrice Pierre, de l’Institut de l’élevage, sept éleveurs de l’Orne ont testé chez eux des mélanges de trois, cinq ou six espèces, jugés plus résistants à la sécheresse. Sans renoncer bien sûr à la graminée et son compagnon le trèfle blanc, qui restent la base des associations.

Un rendement moyen de 1,3 t de MS

Sans surprise, on retrouve dans ce cousu main les classiques fétuque élevée, dactyle et luzerne, dont l’enracinement profond et la résistance à des températures de 23 à 25 °C sont bien connus. Mais pas uniquement (détail dans l’encadré ci-dessous).

« Les résultats sont mitigés, commente Patrice Pierre. La diversification de la flore n’apporte pas plus de rendement que la prairie témoin de RGA + trèfle blanc retenue chez chaque éleveur : 1,3 t de MS/ha en moyenne, de la mi-juin à la fin août, sur 2016-2020, avec des écarts de 0,5 à 1,7 t de MS. » Les deux plus productives sont en sols humides, avec une composition initiale de fétuque élevée, RGA et trèfle blanc dans l’une, et l’ajout de fétuque des prés et de trèfle hybride dans l’autre.

L’autre constat porte sur les légumineuses : leur présence a diminué dans la majorité des parcelles suivies. Les éleveurs se consolent tout de même avec des valeurs alimentaires globalement comparables à une repousse de RGA + trèfle blanc pâturée en juin (90 à 100 g de PDI/UFL, et 0,8 à 0,95 UFL/UEL).

Une bonne résilience

« En sortie d’été, ces associations ont surtout le grand avantage de redémarrer rapidement dès les premières pluies, pour de l’herbe en septembre et à l’automne », établit Hervé Dubois, l’un des sept producteurs concernés (lire page suivante). Il confirme ce qui est constaté à la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou (Maine-et-Loire) et ailleurs. « Les prairies multi-espèces produisent 1,2 à 1,5 t de MS/ha de plus sur l’année que la simple association RGA + trèfle blanc, grâce aux rendements du printemps et de l’automne », précise Patrice Pierre.

Le suivi confirme également la mortalité de pieds de RGA à partir de 25 °C. À une exception près : celui des parcelles séchantes d’Hervé Dubois met en lumière le rôle positif du dactyle dans le maintien d’une flore équilibrée, RGA compris. Malgré tout, Patrice Pierre précise « qu’il faut le bon mode d’emploi pour le contrôler. Son agressivité n’encourage pas les éleveurs à l’utiliser ».

En revanche, en Normandie comme dans les autres régions, il juge pertinent d’augmenter de 1 à 2 kg la dose de légumineuses semées, afin de lutter­ contre leur régression au fil des ans et assurer le moteur azoté du couvert en deuxième partie de saison de pâturage. Concrètement, pour 20 kg/ha de graminées, cela implique aujourd’hui de semer 8 à 9 kg. « Nous n’expliquons pas pour l’instant le manque de persistance des légumineuses, en particulier du trèfle blanc », ajoute-t-il.

Attention au surpâturage en été !

De ce bilan mitigé, Patrice Pierre tire plusieurs enseignements. Le premier sur les prairies multi-espèces elles-mêmes. « Il ne faut pas compter sur elles pour améliorer la productivité des prairies lorsque la sécheresse est là en été et ainsi allonger la période de pâturage. En revanche, elles jouent totalement leur rôle au printemps, en automne, voire en hiver. » Pour lui, l’erreur est de les utiliser pour plusieurs fonctions (fauche, pâturage toute l’année, etc.). Il faut les envisager différemment et accepter de leur accorder un temps de repos l’été, notamment pour préserver le RGA. On évite de ce fait le surpâturage. « Les reports sur pied font partie de la boîte à outils. Si la surface en prairies le permet, plusieurs hectares peuvent être retirés du circuit à partir de la mi-juin pour un pâturage fin juillet (lire ci-contre). »

Patrice Pierre propose de pousser la logique plus loin en concevant des prairies visant à effectuer la soudure estivale. Par exemple un mélange à base de trèfles blanc et violet, comme on le pratique en ovins. Firmin et Cécile Lengline (lire page précédente) ont testé ce dernier avec la chicorée, mais l’essai n’a pas été concluant. « Cela peut être aussi une prairie annuelle de moha et trèfle d’Alexandrie semée au printemps, et pâturée 50 jours après. »

Claire Hue

(1) Le GIEE se nomme « Optimisation du pâturage estival dans les élevages laitiers AOP normands ».

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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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