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Comprendre le sol pour mieux le préserver

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Technique. La charrue déchaumeuse travaille le sol sur 10 à 15 cm et permet d’enfouir la matière organique sur l’ensemble de cette zone. Elle bénéficie ainsi d’un milieu aérobie propice à l’activité des micro-organismes, et donc à la minéralisation. © Matthieu Chanel/Atelier Doppio

Fertilité. Les pratiques culturales agissent de manière positive ou négative sur le fonctionnement du sol. Les observations du réseau SoilCare donnent des clés pour éviter les erreurs et prendre soin de sa terre.

Le sol est un milieu vivant, riche d’une faune variée. C’est elle qui agit sur sa structure, dégrade la matière organique, et qui permet donc aux plantes de bien se développer. Ou pas. Les bonnes pratiques agricoles doivent préserver ce milieu pour favoriser les cultures, mais aussi protéger le sol et l’environnement en limitant l’érosion et les fuites d’éléments fertilisants.
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Le sol est un milieu vivant, riche d’une faune variée. C’est elle qui agit sur sa structure, dégrade la matière organique, et qui permet donc aux plantes de bien se développer. Ou pas. Les bonnes pratiques agricoles doivent préserver ce milieu pour favoriser les cultures, mais aussi protéger le sol et l’environnement en limitant l’érosion et les fuites d’éléments fertilisants.

Il n’existe pas une recette unique permettant d’atteindre ces objectifs en toutes circonstances. Et un bulletin d’analyse de terre ne suffit pas pour réunir toutes les informations. Mais certaines erreurs à éviter sont bien identifiées : elles sont listées dans un fascicule élaboré par la FRAB (Fédération des agriculteurs bio de Bretagne) et Yves Hardy, conseiller agronomique indépendant, dans le cadre du programme européen SoilCare (1). Ces bonnes pratiques ont été testées par des agriculteurs.

Tout d’abord, le raisonnement ne doit pas se faire à l’échelle de la parcelle sans prendre en compte son environnement, en matière de paysage et de topographie. En l’observant, on identifie les chemins préférentiels de l’eau. Dans une zone de bocage, les haies régulent le débit de l’eau en période pluvieuse, et retiennent l’humidité par la suite. Les fossés ou chemins creux facilitent l’évacuation de l’eau tout en limitant le ruissellement et donc l’érosion.

Bien travailler le sol et gérer la fertilisation nécessite aussi de comprendre le fonctionnement des micro-organismes qui y vivent. Ils se nourrissent de la matière organique et la dégradent progressivement. Ils libèrent ainsi des minéraux qui peuvent nourrir les plantes, ou bien être lessivés. Pour agir, ces micro-organismes ont besoin d’énergie, qui peut être apportée par une culture en place, par de la matière organique fraîche ou parfois directement dans les mucus microbiens : il s’agit d’une sorte de colle organique qui assure la cohésion des agrégats du sol. Elle est fabriquée par les micro-organismes et contient des sucres.

La matière organique est le moteur du sol

La dégradation de la matière organique constitue le principal moteur des transformations du sol. Les pratiques doivent créer les conditions optimales de ce processus. La technique et la date du labour sont essentielles. L’incorporation en fin d’automne risque de créer un milieu trop humide. De même, un labour trop profond peut réduire les échanges gazeux avec la surface. Sans oxygène, la matière organique se dégrade mal. De l’azote peut être perdu par voie gazeuse.

De plus, le labour ne permet pas une répartition optimale de la matière organique dans le sol. Des creux peuvent­ se former, qui pénalisent l’enracinement et offrent le gîte à des ravageurs (limaces, taupins, tipules). La charrue déchaumeuse travaille le sol sur une quinzaine de centimètres et place la matière organique dans de bonnes conditions pour se dégrader.

Par ailleurs, l’apport de matière organique, s’il n’est pas réalisé au bon moment, peut créer une concurrence entre la plante et les micro-organismes du sol. C’est ce que l’on appelle la « faim d’azote ». En effet, les micro-organismes se nourrissent de cette matière et immobilisent de grandes quantités d’azote et d’autres minéraux, sur une période pouvant aller jusqu’à six semaines. Ce phénomène est particulièrement marqué si l’effluent apporté contient du carbone fermentescible (fumier pail­leux), une source d’énergie captée par les micro-organismes.

Pour éviter cette faim d’azote, on peut préférer apporter un fumier bien composté. Ou encore, fournir de l’azote sous une autre forme (fientes de volaille, lisier) en même temps que le fumier. Quand c’est possible, on peut aussi épandre le fumier six semaines avant le semis. La minéralisation de l’azote sera ainsi bien lancée quand la culture en aura besoin. Il est intéressant de travailler le sol au moment de cet apport afin de stimuler l’activité biologique. La production de mucus microbien permet de réagréger le sol et donc de lutter contre l’érosion.

Protéger le fumier pour éviter les pertes

Pour que la matière organique joue pleinement son rôle de moteur du sol, encore faut-il qu’elle soit stockée dans de bonnes conditions. S’il s’agit de fumier, le risque est de perdre de l’azote et de la potasse. Laissé en tas au champ, le fumier se charge d’abord de l’eau issue des fermentations. Celle­-ci est riche en éléments minéraux. Les premières pluies la chasseront et 60 % de l’azote, 75 % du potassium et 30 % du phosphore peuvent ainsi être lessivés. La perte économique est importante, de même que l’impact sur l’environnement.

Pour éviter ces pertes, il faut stocker un fumier suffisamment pailleux, et aussi homogène que possible. Car les particules molles sont facilement lessivées. Ensuite, le tas doit être protégé des intempéries par une bâche tissée respirante, ou un toit.

De même, le compostage doit être bien conduit et ne pas durer trop longtemps. Rappelons que le compostage se définit comme une fermentation aérobie qui transforme les matières premières (paille plus déjections) en compost (éléments minéraux solubles et matière organique stabilisée). Ce processus s’accompagne d’une montée en température qui permet d’assainir le produit en supprimant les germes pathogènes et les graines d’adventices. Les micro-organismes consomment l’énergie, la cellulose de la paille, et la transforment en sucres simples. Dans un compost stabilisé, ces sucres sont également consommés. Or cette énergie est nécessaire au bon fonctionnement du sol. Le compostage doit donc être de courte durée pour bénéficier de la montée en température et de l’amorçage de la transformation mais sans aller jusqu’à la consommation de toute l’énergie.

Les couverts végétaux jouent un rôle en hiver

Par ailleurs, le digestat solide issu de la méthanisation n’est pas assimilable à un compost. Il contient une matière organique peu dégradée et peu dégradable. Des apports fréquents de ce type de produits sont néfastes. Cette matière s’accumule dans le sol et ne se minéralise que très lentement, et plutôt en automne. En revanche, la fraction liquide peut être utilisée comme un engrais minéral.

La fertilisation ne doit pas omettre des amendements calcaires. En effet, les cultures tendent à acidifier le sol, ce qui pénalise la vie microbienne. Les sols non calcaires doivent donc être régulièrement chaulés. Pour être efficace dans la durée, l’amendement ne doit pas être trop fin. Il faut bien le répartir dans le sol, sans l’enfouir trop en profondeur.

La couverture des sols en hiver apporte une autre garantie de limiter les pertes d’éléments fertilisants. En effet, elle réduit les risques de ruissellement et d’érosion. En outre, l’activité microbienne se poursuit en automne et en l’absence de culture, elle tire son énergie du mucus microbien. Cela entraîne la désagrégation et donc la déstructuration du sol. Et l’azote produit est perdu par lessivage. Enfin, il ne faut pas attendre de miracle des activateurs de sol proposés dans le commerce. Censés améliorer la fertilité chimique, biologique et physique du sol après plusieurs années d’utilisation, ils n’ont pas fait la preuve de leur intérêt. Souvent coûteux et de composition obscure, ils peuvent faire illusion en stimulant le rendement. Cela s’explique par les éléments fertilisants qu’ils contiennent, et que l’agriculteur peut très bien apporter autrement pour un coût bien moindre.

Pascale Le Cann

(1) Le guide Dix erreurs à ne pas commettre avec mon sol est édité par le réseau GAB-Frab de Bretagne. Il est disponible sur commande, auprès de ces organismes. www.agrobio-bretagne.org

Profil.Pour évaluer l’état de son sol, rien de mieux que la bêche. En creusant, on peut en effet constater l’état de la matière organique, ainsi que la présence de la faune qui peuple le sol. La réalisation d’un profil révèle aussi la structure du sol et la qualité de l’enracinement.
Une question à…
« Les dégâts des pluies de cet hiver dépendent du travail du sol réalisé à l’automne » Une question à… Yves Hardy, conseiller indépendant en agronomie

Après un hiver très humide, les sols sont gorgés d’eau : comment les reprendre pour donner les meilleures chances à la culture suivante ?

Yves Hardy : L’importance des dégâts est directement liée au travail réalisé en amont. La pluie tasse la surface d’autant plus que le semis d’automne a été réalisé sur une terre fine. Dans les grandes parcelles sans haie autour, si le sol a été travaillé dans le sens de la pente, cet hiver pluvieux a provoqué de l’érosion. En cas de défaut de chaulage, la désagrégation sera encore plus marquée. Les parcelles de céréales doivent être évaluées, l’idéal étant d’utiliser la bêche pour vérifier l’état du sol. Si les plantes sont jaunes et concurrencées par de nombreuses adventices, il vaudra mieux resemer. En présence d’une croûte de battance peu épaisse, un passage de herse droite ou étrille permettra d’aérer le sol. Mais surtout, il faut tirer les leçons de cet épisode pour faire mieux les prochaines années. Il faut éviter de trop travailler le sol. Mieux vaut un lit de semence motteux, qui réduira les risques de ruissellement ou d’érosion en cas de forte pluviométrie. Cela vaut aussi pour le maïs, car on voit parfois des parcelles ravinées par les orages en juin.

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