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« Produire moins me libère de la tension environnementale »

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Terroir. Peter Oosterhof s’est installé en 2000 sur l’exploitation familiale, de 60 ha à l’époque. Elle était déjà tout en herbe, les terres étant trop humides pour cultiver du maïs. © reportage photo : Cédric FAIMALI

Aux Pays-Bas, la réglementation environnementale contraint fortement les éleveurs. Sauf ceux, comme Peter Oosterhof, qui ont fait le choix de produire moins. Ses vaches rejettent ainsi moins de phosphates que son quota.

Peter Oosterhof est à contre-pied de ses collègues néerlandais. Dans ce pays très productif, il a décidé de diminuer sa production. De 855 000 kilos de lait en 2015, il est passé à 715 000 kilos en 2019. Cette réduction s’est accompagnée d’une conversion à l’agriculture biologique, achevée le 1er avril 2019. « Je suis beaucoup moins stressé depuis que je me...
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Peter Oosterhof est à contre-pied de ses collègues néerlandais. Dans ce pays très productif, il a décidé de diminuer sa production. De 855 000 kilos de lait en 2015, il est passé à 715 000 kilos en 2019. Cette réduction s’est accompagnée d’une conversion à l’agriculture biologique, achevée le 1er avril 2019. « Je suis beaucoup moins stressé depuis que je me suis engagé dans cette voie, confie-t-il. Le déclic s’est fait en 2015 à l’occasion d’une formation de groupe. Peter Taken, de l’entreprise Pure Graze, défendait l’idée d’un écosystème durable à partir du pâturage et de mélanges prairiaux multi-espèces­. Cela a été un électrochoc. Son intervention m’a obligé à réfléchir. »

Une plus grande valorisation du pâturage et d’un niveau d’étable de 2 000 kg inférieur à la moyenne nationale le libère d’un certain nombre d’exigences réglementaires. Car être éleveur laitier aux Pays-Bas n’est pas un long fleuve tranquille. Les producteurs sont empêtrés dans les problèmes environnementaux. Dans ce pays, la fin des quotas laitiers n’a pas sonné le glas du contrôle de la production. Le 1er janvier 2018 a vu naître les quotas de phosphate.

« Échanger la voiture de course contre un modèle économique »

À chaque élevage a été attribuée une référence de phosphate exprimée en kilos, qu’il ne faut pas dépasser sous peine de pénalités. Elle est basée sur le cheptel détenu au 1er juillet 2015, converti en kilos de phosphate puis abaissé d’un maximum de 8,3 %.

Aujourd’hui, ce sont les limites sur la production d’azote atmosphérique qui rattrapent les éleveurs et provoquent leur colère. Inhabituelles, leurs manifestations depuis un an sont à l’image de leur ras-le-bol. Les dernières datent de juillet : le gouvernement voulait légiférer sur la teneur en protéines des concentrés achetés entre le 1er septembre et le 31 décembre 2020. Il a retiré la mesure, mais la réduction des émissions d’azote reste sur la table. Un sujet qui concerne toute l’économie néerlandaise et qui va réclamer des arbitrages. Les éleveurs néerlandais craignent d’en être les perdants. « Je me suis exprimé publiquement contre les manifestations de juillet dans la revue Melk van het Noorden [NDLR : Lait dans le Nord], intervient Peter Oosterhof. J’ai interpellé mes collègues : Allons-nous rester sourds aux critiques sociales et continuer à cultiver à plein régime, ou échanger la voiture de course contre un modèle plus économique ? y ai-je écrit. » Peter n’aurait pas imaginé tenir ces propos il y a cinq ans. En prévision de la suppression des quotas laitiers, il avait agrandi de 30 logettes la stabulation de 120 places. L’objectif était alors de passer de 90 à 110 vaches, tout en continuant à héberger les génisses.

« En bio, pas de dérogation à la directive nitrates »

Il en a profité pour modifier la salle de traite en 2 x 12 postes en traite par l’arrière, contre une 2 x 6 jusque-là. « La fin des quotas ouvrait à mes collègues et moi-même des perspectives de développement. Je voulais produire plus de lait. La nouvelle salle de traite, achetée d’occasion, améliorait le confort de travail sans avoir à consacrer plus de temps à la traite. »

L’éleveur trait aujourd’hui 110 vaches mais avec un niveau d’étable plus faible : 6 470 kg par vache en 2019, contre 7 860 kg en 2015. Il ne le regrette pas. « J’avais prévu que la conversion au bio s’accompagnerait d’un retour à 90 vaches car le cahier des charges bio néerlandais interdit de bénéficier de la dérogation à la directive nitrates. » En lait conventionnel, elle permet d’épandre 250 kg d’azote organique/ha épandable, à condition de justifier de 80 % de la SAU en prairies. Sans dérogation, Peter doit donc respecter les 170 kg d’azote organique/ha, que connaissent bien les éleveurs français. « J’ai en fait eu de la chance. Apprenant mon projet de conversion, un propriétaire non agricole que je ne connaissais pas est venu me proposer 8 ha de prairies. J’ai eu la même surprise avec un parc naturel local qui m’a proposé 8 autres hectares. L’herbe est destinée à la fauche. Elle est enrubannée. »

« Changer de disque dur et rentrer dans un cercle vertueux »

Indirectement, il confirme l’analyse de producteurs néerlandais que L’Éleveur laitier a rencontrés cet été. « Il est plus facile de se convertir à la bio dans le nord des Pays-Bas, estimaient-ils. Les parcs naturels ont des réserves de foncier que l’on ne trouve pas ailleurs. Cela permet de maintenir les livraisons avec plus de vaches, ou de respecter plus facilement les 170 kg d’azote organique. » Peter Oosterfof réfute cet argument : « Cela ne m’aurait pas gêné de descendre à 90 vaches. Les éleveurs néerlandais ont la culture du toujours plus ancrée en eux. Il faut changer de disque dur et rentrer dans un cercle vertueux. C’est ce que je m’efforce de faire depuis 2016. » L’éleveur a repris en 2000 l’exploitation de ses parents, déjà à l’époque très intensive : 90 vaches sur 60 hectares. « Elle était tout en herbe car les terres sont trop humides pour cultiver du maïs. Cela ne convenait pas au troupeau holstein productif que mon père avait constitué au fil des ans à partir de la génétique états-unienne et canadienne. Je devais apporter beaucoup d’énergie sous forme de concentrés. C’était onéreux et pas idéal pour la santé des vaches. » En 2010, il s’engage donc dans leur croisement avec la fleckvieh allemande, la brown suisse et maintenant avec la pie rouge germano-hollandaise MRY (Meuse-Rhin-Yssel). Objectif : construire un troupeau plus adapté au pâturage, en particulier des vaches puisant moins que les holsteins dans leurs réserves corporelles en début de lactation. Cette année, il plafonne à 4 kg par vache la quantité de concentré bio distribué les cent premiers jours de lactation. Il a resserré les boulons car l’an passé, c’est le logiciel du Dac qui ajustait la quantité en fonction du niveau de production de la vache. « Je veux être le meilleur en concentrés », plaisante-t-il. En 2019, il a distribué 1,45 t par vache d’aliments achetés, contre 3,32 t pour son groupe de référence, à 95 % en lait conventionnel. « Rapporté aux mille kilos, mon coût de concentrés est quasi identique, 91 € contre 93 €, mais le prix de mes concentrés bio est deux fois plus élevé : 412 € la tonne, contre 265 €. » Sans surprise, Peter applique la recette bio d’un système 100 % à l’herbe : des vêlages au printemps, au moment de la pousse de l’herbe. « Mais avec tout de même 15 à 20 vêlages à l’automne. Ma coopérative Eko Holland demande d’assurer des livraisons en hiver. »

Le cercle vertueux qu’il met en place le libère de la réglementation environnementale : moins de lisier à épandre, grâce au pâturage de mars à novembre, moins d’ammoniac car l’urine et les fèces ne sont pas en contact, moins de production de phosphore.

« J’ai vendu pour 10 500 € de phosphate l’an passé »

« Selon son niveau de production, une vache rejette entre 32,4 et 49,3 kg de phosphate. Mon quota a été établi pour un niveau d’étable à 7800 kg. Comme ce dernier est descendu à 6500 kg, cela libère des kilos de phosphate. J’ai décidé d’en vendre l’an passé, pour 10 500 €. Je dois tout de même être vigilant et maintenir une référence confortable afin d’éviter le souci de gestion qu’ont mes collègues. » Aidés de logiciels, ils calculent mois après mois le droit à phosphate qu’ils leur restent sur l’année. Ils ajustent par la réforme de laitières, la délégation de l’élevage des génisses, etc. « Même si mon nouveau système de production n’est pas encore bien calé, il montre déjà sa rentabilité. Je ne m’attendais pas à ce qu’il le soit autant. Abaisser à la fois les produits et les charges, c’est un pari gagnant, même sans la bio. »

claire hue
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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