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Six ans après, un bilan inégal

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Mobilisation. Pour exister, les OP doivent d’abord convaincre les éleveurs d’adhérer et de les soutenir. C’est le cas à l’OP Cleps Ouest, adhérente de l’AOP Sunlait. Elle a un taux d’adhésion de 95 %. Ici, son assemblée générale le 29 mars à Saint-James (Manche). ©

Le rôle des organisations de producteurs (OP) ne s’arrête pas à la négociation du prix du lait. Certaines avancent sur la gestion des volumes ou la différenciation. Pas si mal, alors qu’elles sont parties de rien, avec de gros handicaps.

Prix du lait toujours en berne, négociations des contrats qui patinent, voire appel au médiateur quand les parties n’arrivent plus à s’entendre. Force est de constater que le bilan des actions des organisations de producteurs est mitigé. Les raisons sont multiples. Les OP les ont identifiées et y travaillent.
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Prix du lait toujours en berne, négociations des contrats qui patinent, voire appel au médiateur quand les parties n’arrivent plus à s’entendre. Force est de constater que le bilan des actions des organisations de producteurs est mitigé. Les raisons sont multiples. Les OP les ont identifiées et y travaillent.

Souvenez-vous, c’était le 30 décembre 2010 : cinq ans avant la disparition des quotas, Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, publiait un décret imposant aux laiteries de proposer un contrat à leurs livreurs. Il était prévu que ceux-ci puissent s’organiser en OP pour négocier avec les industriels. Sauf que le décret permettant la création des OP n’est arrivé que le 20 avril 2012.

Les OP ont donc pris un mauvais départ, bien malgré elles. Des éleveurs se sont mobilisés pour les faire naître, mais il a fallu du temps. Remplir les conditions d’agrément, déposer un dossier, attendre la réponse, pour enfin commencer à exister. Les premiers agréments sont arrivés fin 2012. Les difficultés d’aujourd’hui découlent en partie de cette histoire.

Certaines OP peinent à séduire. Et ce manque de représentativité pèse sur leur capacité à négocier. « Les premiers ont adhéré par conviction, les suivants attendent des résultats », note Fabrice Deshayes, président d’APLBL. D’où des taux d’adhésion variables : 100 % chez Bel, autour de 60 % chez Lactalis.

Trop jeunes encore

L’autre faiblesse des OP vient tout simplement de leur jeunesse. Avant, le prix se décidait à l’interprofession, les volumes chez FranceAgriMer. Les OP sont parties de zéro pour assumer ces missions. Elles doivent aussi négocier les contrats, inventer une nouvelle relation avec les industriels.

Les représentants des OP négocient avec leurs tripes et leur bon sens. Contrairement à leurs interlocuteurs, ils n’ont pas été formés à cet exercice. De plus, les OP n’ont pas toutes des stratégies claires, à la différence des entreprises. Et puis, elles connaissent souvent mal les marchés, et particulièrement ceux de leur partenaire.

On pourrait ajouter le manque d’implication de quelques laiteries. Quand Lactalis négocie en direct avec certains éleveurs sur la production d’un lait différencié, par exemple, elle contourne les OP et contribue ainsi à les fragiliser. D’autres appliquent à tous leurs livreurs, adhérents ou non, les avancées obtenues par l’OP. À quoi bon adhérer dans ce cas ? « Les industriels sont restés sur un passé de relations conflictuelles sur le prix lorsqu’elles discutaient avec le syndicalisme », analyse Jean-Michel Yvard, président d’OPLGO.

Même le syndicalisme brouille un peu le jeu, tant il a du mal à abandonner son rôle historique dans les discussions sur les prix.

Dans ce contexte, les OP peinent à prendre leur place. Leur création a modifié les enjeux de pouvoir dans la filière. Un nouvel équilibre met du temps à s’installer.

Pour convaincre les éleveurs de les rejoindre, les organisations de producteurs doivent donc leur en montrer l’intérêt. Certaines cherchent à se démarquer pour convaincre. Ainsi, en mars 2015, OPLGO a vu les adhésions monter en flèche quand elle a obtenu la cessibilité des contrats. Une option visiblement attendue sur le terrain, mais qui n’a pas plu à tout le monde. La FNSEA a pesé de tout son poids pour faire interdire les échanges marchands de contrats via la loi Sapin 2.

Des philosophies différentes

Cette recherche de différenciation crée une concurrence entre les OP. Une évolution que certains jugent naturelle quand d’autres défendent le collectif à tous les niveaux. On retrouve là des différences de philosophie qui donneront, avec le temps, leur personnalité aux OP. Car certaines sont nées de la volonté de syndicalistes qui se sont lancés très vite dans ce défi, parce qu’ils avaient déjà une expérience des responsabilités. D’autres ont tout de suite revendiqué un positionnement asyndical et une vocation économique.

Chez Savencia, on constate désormais des écarts de prix payé selon les OP, preuve qu’il existe une marge de négociation. Mais chez Lactalis, le prix de base reste identique pour tous. L’adhésion à l’OP n’apporte donc rien sur ce plan.

Par ailleurs, la stimulation des adhésions relève aussi du politique.

En attente d’un vrai soutien de l’État

Les OP ont été renforcées à Bruxelles avec la loi Omnibus. Mais on attend toujours un vrai soutien par la loi en France. Or, les politiques ont leur rôle à jouer au-delà des discours. Certains ont commencé. En Bretagne, la Région donne davantage de points aux éleveurs adhérant à une OP ou une AOP dans le cadre du PCAE.

Malgré tout, les OP avancent. Depuis six ans, elles ont travaillé, entre autres, pour améliorer leur accès à l’information. Les voies sont diverses. Ainsi, pour Sunlait (Savencia), France Conseil Élevage fait une prévision de livraisons à partir des génisses dans les élevages et des vêlages. Une information que n’a pas Savencia et qui donne à Sunlait du poids dans les discussions.

L’adhésion à une AOP est une autre piste. Elle permet de mutualiser les moyens et de partager les informations. Le Cniel représente également une source riche pour les OP. D’ailleurs, l’interprofession les invite à créer leur réseau en son sein. Une initiative commencée cette année, un peu tardivement diront certains, et qui a débouché sur quelques réunions entre OP et AOP. Il s’agit d’un premier pas vers une représentation nationale. Car, là aussi, tout reste à construire. Et l’entrée des OP à l’interprofession est retardée faute de représentants.

Les OP sont là pour fédérer les initiatives

À ce bilan, il convient d’ajouter un coût humain. Présider une OP est un engagement fort qui en a usé plus d’un. Difficile d’y parvenir sans délaisser un peu son exploitation, voire sa famille. Difficile aussi de répondre à des adhérents qui attendent d’abord un prix, quand le résultat de la négociation déçoit. D’où, parfois, un certain découragement. Certains élus regrettent le faible engagement, des jeunes surtout, dans leur organisation. Les OP sont là pour fédérer les initiatives. Dans cette construction nouvelle, les idées manquent aussi. Mais déjà, le travail des OP a modifié la filière, et cela est encourageant. Les relations avec les industriels évoluent petit à petit. « L’arrivée des OP est structurante pour la filière. Cela permet de déployer une politique laitière », analyse Serge Moly, directeur des achats de Lactalis. Sur ce point au moins, il y a accord avec les représentants des OP. « Les OP peuvent aussi contribuer à recréer cette concurrence qui manque entre les industriels », remarque Christian Le Nan, président de l’OP Rolland.

Quelques avancées importantes

Certaines progressent sur la gestion des volumes. Ainsi, OPLB a signé un contrat-cadre qui prévoit une absence de pénalisation pour les volumes dépassant la référence mensuelle entre juin et octobre. Un avantage non négligeable pour les éleveurs.

Dans le Nord, les adhérents de l’OP Danone peuvent avoir plusieurs contrats. Une SAS créée par l’OP vend déjà du lait en Belgique. Dans le Finistère, l’OP Rolland travaille sur la transmission des fermes. Car la laiterie s’inquiète de voir la collecte diminuer en raison des cessations ou des conversions bio.

Les attentes sociétales, une carte à jouer

Les OP sont aujourd’hui attendues sur la renégociation des contrats. Rares sont celles qui ont abouti. Il est vrai que la loi agriculture et alimentation pourrait modifier les choses, notamment en ce qui concerne la prise en compte du coût de production dans le calcul du prix.

Le Cniel tarde à fournir des indicateurs pour aider à avancer. Et nombre d’OP n’attendent plus grand-chose de ces indices nationaux, préférant s’appuyer sur les chiffres reflétant leur propre réalité.

L’enjeu majeur pour elles est de faire accepter le principe de la prise en compte de leurs coûts. « Les EGA ont créé un espoir immense, mais on ne peut pas vendre à des prix adossés aux coûts de production », lâche Serge Moly. Le fossé est immense. Mais on peut espérer découvrir d’autres avancées quand les contrats-cadres seront signés. La montée des attentes sociétales concernant les conditions d’élevage donne un atout aux OP. De nouvelles différenciations naîtront sans doute grâce à elles, peut-être sous forme de contrats tripartites avec la distribution. « Le respect de l’environnement, de la biodiversité ou du bien-être animal sont autant de valeurs créées par l’éleveur, souligne Gilles Durlin, président de l’OP Danone de Bailleul (Nord). L’idée est de les identifier et de les capitaliser en leur donnant une valeur dans les contrats. »

D’autres sujets restent sur la table et évolueront dans le temps : l’enjeu de faire entrer les coopératives dans le réseau des OP, la question de l’intérêt d’évoluer vers des OP commerciales… L’histoire ne fait que commencer.

Pascale Le Cann

    63 OP créées en six ans : 48 en lait conventionnel et 15 en signes de qualité.

    4 associations d’OP : 2 AOP régionales interlaiteries et 2 AOP nationales liées à une laiterie.

    60 % des livreurs adhèrent à une OP.

    Ils pèsent 55 % de la collecte des industriels privés et 25 % de la collecte française.

    Les producteurs en coopérative pèsent 54 % des points de collecte et des livraisons françaises.

FMB. Un modèle transversal

FMB (France Milkboard) mise sur des OP transversales organisées par grand bassin. Elles regroupent chacune quelques centaines d’adhérents et se distinguent par la mutualisation des volumes et le droit à avoir plusieurs collecteurs. Des contrats ont été signés avec Savencia et Vaubernier et des conventions avec Lactalis, Milleret et la Sill. Pour FMB, la facturation par les OP est un enjeu majeur pour peser sur le prix et accéder aux informations. Sur la formule de prix, une médiation est en cours avec Lactalis. Les négociations continuent avec Savencia.

Segmentation.Les consommateurs sont de plus en plus demandeurs d’informations sur les conditions d’élevage. Une aubaine pour les OP qui peuvent légitimement les garantir. © Agnès Massiot /COMMANDE
2 questions à…
« Notre point fort, c’est la gestion collective des volumes » 2 questions à… denis berranger,

Comment Sunlait a-t-elle atteint 98 % d’adhésions ?

Denis Berranger : Au démarrage des OP, c’est la gestion collective des volumes qui a fait la différence. Elle est allée jusqu’à leur mutualisation nationale. Aujourd’hui, elle est appliquée au sein de chaque OP. Dès le départ, les OP ont travaillé ensemble et se sont attachées à identifier leurs intérêts communs, en particulier le prix du lait. Créer Sunlait en 2016 était la suite logique.

D. B. : L’OP a un engagement de livraisons trimestrielles avec Savencia. Nous payons France Conseil Élevage pour une prévision à partir des génisses dans les élevages et les vêlages. Nous la transmettons à l’entreprise chaque trimestre. La prévision nous permet aussi en interne d’avoir une vision de notre capacité de production et, entre autres, de peser plus fortement dans la négociation des prix trimestriels.

Sur le terrain. Quatre organisations de producteurs qui se distinguent

APBO

(Bel Ouest)

Du lait différencié bien payé

Agréée fin 2012

847 adhérents (100 %), 413 Ml

Coût adhésion : 30 c/1 000 l, évolution prévue à la hausse

Membre de l’AOP Grand Ouest

Particularités :

Objectif de prix de base décent.

•Définition par l’OP d’un cahier des charges pour produire du lait de vaches nourries sans OGM (obligatoire, prime 15 €/1 000 l) et au pâturage (optionnel, prime 6 €/1 000 l). Mise en œuvre de la certification par l’OP.

•Accord sur un prix moyen à 350 €/1 000 l en 2018.

•Possibilité de produire du volume additionnel sur la base d’un engagement volontaire sur cinq ans, payé en moyenne 300 €/1 000 l en 2018.

OP livrant à la laiterie Danone de Bailleul

(Nord)

Mutualisation et recherche de nouveaux contrats

Agréée fin 2012

550 adhérents (100 %), 250 Ml

Coût adhésion : 45 c/1 000 l

Membre de l’AOP transversale de bassin Aopen Dairy

Particularités :

Accord sur la mutualisation des volumes par l’OP.

Création d’une SAS avec les organisations de producteurs Lactalis et Novandie.

Objectif : trouver de nouveaux débouchés pour développer les volumes.

Contrat renouvelable de 25 000 tonnes déjà passé avec une coopérative belge.

Mise en place d’une formule de prix négociée, avec une partie fixe, en contrepartie d’une baisse de volume (- 6 %).

OPLGO

(Lactalis Grand Ouest)

Cessibilité des contrats en 2015

Agréée en octobre 2014

1 500 adhérents, 850 Ml

Coût adhésion : 35 c/1 000 l

Non membre d’AOP

Particularités :

•OP ouvertement asyndicale et économique.

•Volonté de donner de la liberté de produire tout en encadrant les volumes et en les conservant dans l’OP. D’où la mise en place de la cessibilité des contrats à l’intérieur de la zone de l’OP. Gros succès avant l’interdiction par la loi Sapin 2.

OPLB

(Lactalis Bretagne)

De la souplesse sur les livraisons d’été

Agréée en décembre 2017

Coût adhésion : 35 c/1 000 l

132 adhérents, 98 Ml

Contrat-cadre signé en mars 2018

Non membre d’AOP

Particularités :

•Philosophie libérale assumée. Accepte les nouveaux membres s’ils partagent cet état d’esprit et s’ils ne sont pas en organisations de producteurs depuis au moins un an.

•Les volumes dépassant la référence mensuelle ne sont pas pénalisés de juin à octobre. Cela donne de la souplesse aux éleveurs en matière de volume.

•Lactalis ne peut réduire le volume contractuel d’un adhérent que si ses livraisons sont inférieures à 80 % de sa référence depuis deux ans.

•L’organisation de producteurs demande à Lactalis de justifier son mix-produit et ses évolutions annuelles. Les modalités restent à définir.

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