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« On s’est organisés pour ne pas être esclaves de notre travail »

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Laurence et Jérome Laval avec leurs deux salariés, Nathalie et Cédric © Reportage photo : Jean-François Marin

Se donner les moyens de se libérer, bâtir un système d’exploitation autonome et durable, tels sont les objectifs poursuivis par Laurence et Jérôme Laval, au Gaec le Mas d’Illins. En dehors des sentiers battus.

Historiquement conduit intensivement, avec des vaches à 9 000 kg nourries au maïs et complémentées avec des VL du commerce, l’élevage de la famille Laval est géré désormais dans le cadre d’un système tout herbe, très pâturant, complété avec du méteil grain (1), du maïs épi acheté et du tourteau de soja bio. Le changement entrepris par Jérôme, lors de...
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Historiquement conduit intensivement, avec des vaches à 9 000 kg nourries au maïs et complémentées avec des VL du commerce, l’élevage de la famille Laval est géré désormais dans le cadre d’un système tout herbe, très pâturant, complété avec du méteil grain (1), du maïs épi acheté et du tourteau de soja bio. Le changement entrepris par Jérôme, lors de son installation en 1993 avec son père, s’est fait de façon progressive. « J’ai commencé à introduire le pâturage en tâtonnant. En 2008, les prairies temporaires sont passées de 10 à 20 ha et nous avons démarré le croisement quatre voies pour avoir plus de longévité et de rusticité sur les laitières. » Du fait de problèmes de santé de l’agriculteur, le système est resté stable pendant cinq ans.

La séparation de Jérôme et de Laurence avec leur associé en 2013 (en Gaec depuis 1997) puis la possibilité offerte, en 2015, par Sodiaal, d’une transition bio ont considérablement accéléré la spécialisation vers l’herbe, avec la perspective de travailler autrement en rémunérant mieux le travail. « Sur nos sols de limon battants pentus, sensibles à l’érosion et sans irrigation, nous dépensions beaucoup d’argent à faire du maïs, explique Jérôme. Les résultats, autant en matière de quantité que de qualité, étaient insatisfaisants : de 7 à 12 tMS par hectare par an. »

Arrêt du maïs, mise en place du méteil

Culturellement, le couple se sentait prêt à se lancer en bio. La structure de l’exploitation ainsi que les pratiques déjà en œuvre (accès au pâturage, fertilisation et traitements antibiotiques raisonnés…) convenaient à cette transition, réalisée entre 2016 et 2017. Le maïs a été arrêté et la surface de pâtures est passée à 50 ha. Des méteils ont été mis en place à l’automne. Le passage au bio s’est fait sans investissement : l’ensilage est récolté en autochargeuse par une entreprise. Il a juste fallu accepter que le niveau de performances des laitières baisse un peu. Pour compenser, le couple a légèrement augmenté le nombre de vaches.

Faute de pouvoir faire de la luzerne sur les terres hydromorphes au pH acide, les éleveurs ont choisi le ray-grass, en l’associant au trèfle. L’herbe est cultivée dans le cadre de deux rotations. La première (trois ans de ray-grass hybride-trèfle violet, puis un ou deux ans de méteil grain) concerne les prairies de fauche. La seconde (cinq ans de RGA-trèfle blanc suivi d’un sorgho multicoupe) est pour les prés. Le sorgho est pâturé par les vaches en été, à une période où l’herbe manque. Dans un contexte de changement climatique avec des étés de plus en plus secs, les agriculteurs ont choisi de jouer l’évitement en produisant l’herbe le plus tôt possible au printemps : 80 % des fourrages sont récoltés entre le 15 avril (1er ensilage) et le 15 juin (ensilage ou foin). « Entre-temps, on fait une seconde coupe autour du 15 mai, précise Jérôme. Si le printemps est pluvieux, c’est un risque, mais les sols sont plutôt portants sur des prairies temporaires de longue durée de trois ans en moyenne, voire cinq. Chaque coupe donne environ 2 à 2,5 tMS, soit 7 à 9 t/ha par an. La priorité est avant tout la qualité du fourrage et non la quantité. » Depuis l’automne 2018, le trèfle est semé en couvert sous le méteil, ce qui supprime les problèmes d’implantation après récolte. Il est exploité après la moisson si la pluviométrie le permet, ce qui a été le cas cette année grâce aux orages de fin juillet.

Un week-end sur deux libre

Le pâturage tournant, qui est conduit sept mois sur douze (jour et nuit en avril-mai), va se transformer à partir du printemps 2020 en pâturage dynamique (une parcelle par jour au lieu d’un paddock tous les 2-3 jours). Pour éviter de détériorer les prés par les laitières, qui parcourent jusqu’à 800 mètres, un chemin est en cours d’aménagement par les éleveurs. L’objectif est de faire pâturer les vaches plus tôt au printemps et plus tard en automne pour optimiser la période où l’herbe pâturée coûte trois fois moins cher que l’herbe stockée. L’économie réalisée devrait payer les travaux.

Plus à l’aise pour gérer la pousse de l’herbe que pour faire des heures de tracteur, Jérôme et Laurence aspirent à de bonnes conditions de vie et de travail. « Grâce aux deux salariés et au service de remplacement qui intervient au moins une fois par mois, nous prenons un week-end sur deux, et partons quinze jours en vacances chaque année. » Parents de trois enfants (24, 21 et 18 ans, qui sont ou ont été en école d’agriculture), membres du réseau European Dairy Farmers, ils apprécient de pouvoir se libérer pour des réunions professionnelles, des formations et des voyages d’étude. « Nous avons toujours fait en sorte qu’il y ait des mains et des têtes qui puissent travailler à notre place, des personnes sans lesquelles on se retrouverait attachés à nos vaches. Pour un coût équivalent, le salarié apporte souplesse et échange, à l’inverse d’un robot de traite. C’est mieux adapté à un système comme le nôtre qui, avec la transformation (30 000 litres), comporte beaucoup d’astreinte. La présence de salariés fait partie de la capacité de résilience de l’entreprise. C’est une stratégie qui a fait ses preuves quand Jérôme a été trois ans en arrêt maladie. » Mais la gestion des salariés demande beaucoup d’efforts et de rigueur. « Nous prenons le temps de communiquer, de bien dire ce que l’on veut, d’être à l’écoute des idées et des besoins, par exemple s’absenter un jour dans la semaine pour des raisons personnelles, de santé ou de garde d’un enfant, obtenir un week-end en particulier. Être conciliant est important. Pour fidéliser nos salariés, on les responsabilise, on donne des primes de Noël, non liées aux performances ou à la qualité du travail, on les invite au restaurant. On essaie de faire au mieux. »

Le travail hebdomadaire, sur lequel se greffent les tâches saisonnières ou d’entretien, gravite autour de la vente directe et de l’élevage. Pour les week-ends, un planning est élaboré sur six mois. Nathalie Denis intervient vingt-huit heures par semaine et habite à trente minutes de la ferme. Elle assure une traite par jour sauf le mercredi, puis bascule sur la transformation et la livraison aux grossistes. Son temps de travail a été aménagé : 6 h-12 h ou 14 h-20 h. Cédric, à quarante heures par semaine, trait une fois par jour, s’occupe de l’alimentation des animaux, des travaux extérieurs et du matériel.

Alors que le système mis en place fonctionne bien, garder les salariés reste difficile. Après vingt ans passés dans l’agriculture, Nathalie a ainsi annoncé son départ. « Dans la région lyonnaise avec une exigence de travail un week-end sur trois, recruter se révèle compliqué, pointe Laurence. On cherche des salariés qui ont des connaissances agricoles et un minimum d’autonomie pour gérer du vivant. On ne passe plus par Pôle Emploi mais par l’Anefa, le Bon Coin ou le bouche-à-oreille. »

Une ferme pédagogique contre l’agribashing

Même si la part de la vente directe a beaucoup chuté par rapport à ce qu’elle était autrefois, à cause de la réglementation du lait cru et de la charge de travail (2), les éleveurs conservent une grande proximité avec la population locale. Outre la ferme pédagogique créée en 2004 lors de l’installation de Laurence, la conduite du Gaec est en adéquation avec les attentes sociétales : agriculture bio, modèle alimentaire fondé sur l’herbe. Cette année, près de 400 enfants de maternelle et de sixième ont été accueillis sur l’exploitation. Dans le cadre de l’opération De Ferme en ferme, 900 visiteurs ont aussi été reçus en deux jours. Une action de communication très efficace en ces temps d’agribashing.

Anne Bréhier

(1) 75 % seigle, 15-20 % avoine, triticale. (2) Avant que le père de Jérôme ne parte à la retraite, 100 000 litres de lait étaient vendus en direct.

La stabulation est constituée d’une succession de bâtiments aménagés depuis 1963 : l’ancienne aire paillée a été transformée à moindre coût en logettes en 1990, avec construction d’une fumière et d’une fosse à lisier dans le cadre de la mise aux normes. Un système de raclage automatique (50 000 €) ainsi qu’un robot d’alimentation (130 000 €) ont été ajoutés en 2014-2015. L’auge centrale a été élargie et tous les bétons refaits (100 000 €). © J.-F.M.
L’ensilage se fait à l’autochargeuse et par entreprise. Avec le préfanage, les éleveurs recherchent le meilleur taux de MS pour la conservation et l’appétence. © J.-F.M.
Préparée avec un bol mélangeur fixe, l’alimentation est programmée pour être distribuée plusieurs fois par jour par le wagon monté sur rail. La ration hivernale des laitières, calée fin novembre pour 24 kg de lait pour un troupeau à 6,6 mois de lactation, se compose de 30 kg bruts d’ensilage d’herbe, de 2,5 kg de méteil grain, de 5,5 kg de maïs épi, de 1,5 kg de tourteau de soja, de 1 kg de paille et de minéraux. Sans le robot d’alimentation, il aurait fallu agrandir le bâtiment. Les vaches ne disposent en effet pas d’une place chacune au cornadis. © J.-F.M.
Le lait cru et le fromage blanc sont livrés deux jours par semaine à deux grossistes lyonnais qui les distribuent. La vente à la ferme s’effectue en autonomie : les clients se servent et laissent l’argent dans une boîte. Depuis que la ferme est en bio, la valeur ajoutée issue de la transformation est moindre, mais cela permet de garder le second salarié. © J.-F.M.
L’exploitation travaille quasiment intégralement en Cuma : elle ne dispose en propre que d’un seul tracteur de 70 ch (de 1988). L’autochargeuse est en entreprise. Le télescopique, en Cuma, est utilisé à 80 % par l’exploitation. L’ensilage par autochargeuse est fait par entreprise. © J.-F.M.
C’est une 2 x 6 double équipement munie de 14 griffes, dont deux sont reliées au système d’envoi automatique du lait aux veaux. La traite est effectuée par une personne à temps plein et une seconde qui gravite autour (lait des veaux, nettoyage des logettes, vêlage...) Il faut compter deux heures pour la traite et trente minutes pour le nettoyage. © J.-F.M.
© J.-F.M.
« Assurer les personnes est essentiel »

L’exploitation a toujours assuré les associés en cas de maladie et d’accident. Si un problème survient, une assurance groupe prise avec le service de remplacement intervient le premier mois. L’assurance individuelle prend le relais au besoin. Cette couverture a un coût – 2 000 € par an et par associé –, mais ce dispositif se révèle indispensable en cas de coup dur. Ainsi, quand Jérôme a été en arrêt maladie pendant trois ans, la prime versée au titre de la protection des personnes (70 € par jour) a financé l’embauche d’un salarié supplémentaire. Depuis sa maladie, l’éleveur aurait aimé rehausser le niveau de son indemnisation. Ce n’est plus possible. Pour Laurence, les prestations­ ont été établies à 100 € par jour. « Les compagnies ne veulent plus assurer une fois que l’on a été malade, ou alors elles le font avec une surcote élevée, soulignent les éleveurs. La plupart des agriculteurs assurent­ la maison et le tracteur mais pas les personnes. À nos yeux, c’est une erreur. »

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