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« Nous nous préparons déjà aux attentes sociétales »

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Damien Lecuir © Cédric FAIMALI

Le Gaec Noury s’appuie sur deux piliers : la complémentarité entre grandes cultures et lait, et un travail efficace. Il y ajoute désormais un nouveau : l’autonomie protéique de l’élevage, pour être en phase avec les attentes sociétales.

S’il fallait résumer en un mot le Gaec Noury, ce serait l’efficacité. Bertrand Noury et Damien Lecuir sont associés depuis 2005. Le premier a pris la suite de son père. Le second a remplacé l’oncle de Bertrand. « Nous sommes amis de lycée. C’est une chance d’avoir le même âge car nous avons des projets et des besoins familiaux, financiers, professionnels proches. » Avec deux salarié...
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S’il fallait résumer en un mot le Gaec Noury, ce serait l’efficacité. Bertrand Noury et Damien Lecuir sont associés depuis 2005. Le premier a pris la suite de son père. Le second a remplacé l’oncle de Bertrand. « Nous sommes amis de lycée. C’est une chance d’avoir le même âge car nous avons des projets et des besoins familiaux, financiers, professionnels proches. » Avec deux salariés à temps plein, Pierre-Alexis Chabreyron­ et Pascal­ Lerosier, ils conduisent une centaine de vaches sur 95 hectares de surface fourragères, près de 200 ha de grandes cultures et, en prestations de service, 100 ha de grandes cultures et 520 tonnes de paille. « Sans les 100 ha supplémentaires par notre ETA, créée en 2011, nous pourrions seulement rémunérer 1,5 UTH salariée. Ils nous permettent de franchir un palier en matière de main-d’œuvre, mais aussi de matériels de cultures », détaille Bertrand, responsable des grandes cultures.

« Le temps au travail doit être réellement travaillé »

Les 4 UTH et le matériel puissant (tracteur de 240 ch, benne trois essieux, semoir de 5 m, moissonneuse-batteuse de 7 m, etc.) constituent leur force de frappe. Pour Damien et Bertrand, il ne faut pas la gaspiller avec une mauvaise organisation. « À quatre, il faut être rigoureux, sinon on fait des erreurs. » L’élevage laitier n’échappe pas à cette règle. Pour preuve, le tableau dans la nurserie et celui affiché­ à côté de la salle de traite listent les consignes pour la personne qui trait et qui s’occupe des veaux. Autre exemple : la vêleuse et une boîte contenant le nécessaire à vêlage sont rangées juste à côté du box. « Le temps au travail­ doit être réellement travaillé. Il ne s’agit pas de commencer par chercher ce dont on a besoin », estime Damien, qui gère l’élevage.

Plus largement, l’organisation de l’atelier laitier est conçue pour qu’une personne seule puisse réaliser le travail autour de la centaine de vaches et des veaux. « Une organisation la moins chère possible », précise-t-il. La salle de traite 2 x 14 postes en simple équipement répond à cet objectif. La planification des vêlages aussi : aucun n’a lieu de Noël à la fin février, ni en juillet et août. Le Gaec a choisi la monte naturelle avec quatre taureaux dans l’année. Ils sont mélangés aux laitières sur deux périodes­ : du 1er juin au 1er septembre et du 1er décembre au 1er mars. Ils sont réformés au bout de leurs 3 à 4 mois de saillie. « Nous passons plus tranquillement les fêtes de fin d’année en famille, et prenons chacun une semaine de vacances en janvier ou février. L’été, c’est la moisson­, il n’est pas question de gérer des vêlages. Durant ces deux périodes, celui qui est d’astreinte a moins de vaches à traire : entre 70 et 80. »

Certes, produire 825 000 à 870 000 litres de lait selon les années, cultiver 300 ha de grandes cultures et faire du commerce de paille n’est pas de tout repos. « De début juillet à fin octobre, c’est speed, reconnaissent les deux associés. En contrepartie, notre association et l’emploi de Pierre-Alexis et Pascal apportent de la souplesse et du temps libre. Nous trayons un week-end par mois. Nous emmenons nos enfants à leurs activités et avons chacun des loisirs et divers engagements professionnels. » Damien est président de l’OP Danone des Trois Vallées (53 Ml pour le site du Molay-Littry, dans le Calvados). Bertrand est investi dans de nombreux projets familiaux. Il y a trois ans, ils ont décidé d’aller plus loin dans la rationalisation de leur organisation. Le Gaec et l’ETA ont créé un groupement d’employeurs qui paie désormais les deux salariés. Ces derniers facturent aux deux structures le temps qu’ils ont passé pour l’une et l’autre. « Sinon, il faudrait que chacun ait deux contrats de travail. Ce serait impossible à gérer. »

S’il fallait une deuxième définition du Gaec Noury, ce serait la complémentarité. Bertrand­ et Damien préfèrent parler de résilience. « Dans notre petite région, le Bessin, favorable aux grandes cultures et au cœur d’un bassin laitier dynamique, conduire une ferme de polyculture-élevage est une chance. Il y a toujours une production qui compense celle qui marche moins bien. » L’an passé, les 25 ha de lin textile ont contribué à 20 % du chiffre d’affaires. De quoi aider à passer­ la baisse des livraisons de 42 240 l et celle du prix de base de Danone de 10 €/1 000 l entre 2017-2018 et 2018-2019.

Un pilotage à 250 000 € d’EBE et 130 000 € d’annuités

« Nous avons dû réformer 15 vaches atteintes de fièvre Q et 15 primipares à la mamelle abîmée (problème de génisses tétées). Grâce à la monte naturelle, nous vêlons plus de vaches que nos besoins, ce qui peut être considéré comme un surcoût. Mais aujourd’hui, cela nous aide à assainir le troupeau. »

Cette complémentarité permet de passer le cap des deux Smic de prélèvements privés par associé. « La valeur ajoutée des grandes cultures est supérieure à celle du lait, soutenue par le parc de matériels de l’ETA, analyse leur conseiller de gestion, Samuel Harivel. L’atelier laitier seul autorise une rémunération d’un associé équivalente à 2 Smic et d’un salarié. »

Le Gaec raisonne l’ensemble de ses activités en grandes tendances : un EBE de 250 000 € (ETA comprise), des annuités ne dépassant pas les 120 000 à 140 000 € pour une marge de sécurité de 10 % de l’EBE et la rémunération des associés. Ils étudient aujourd’hui une modification de l’assolement des grandes cultures pour être dans les clous de ce pilotage. La fermeture de la sucrerie de Cagny par le groupe Südzücker, en 2020, sonne la fin de la betterave sucrière dans le Calvados. Il n’est donc pas étonnant que la résilience de l’exploitation habite leur réflexion. « En plus des accidents de marché, nous devons être capables de faire face aux accidents climatiques, sanitaires et aux attentes sociétales grandissantes. » À l’issue d’un diagnostic, ils ont renoncé à convertir la ferme en bio, estimant que le changement de système coûterait autant qu’une installation­. Mais cette décision ne clôt pas le sujet. Ils ont choisi de supprimer le tourteau de soja importé OGM, « issu de la déforestation amazonienne », pour aller vers une autonomie pro­téique aussi poussée que possible.

Cultiver du soja non OGM

La surface de maïs est réduite de 10 ha, pour désormais en ensiler 18 ha  ; 10 ha de luzerne sont introduits dans l’assolement. Depuis cet été, elle est distribuée en enrubannage aux laitières. Parallèlement, depuis deux ans, le concentré de production acheté est remplacé par un mélange d’orge et pois protéagineux produits et aplatis sur l’exploitation. Il est aussi distribué aux veaux. De même, 1 ha de soja non OGM vient d’être récolté, et près de 4 ha seront semés au printemps prochain. « Le soja est aussi une de nos réponses à la fin de la betterave­ sucrière », précise Bertrand. Il reste à résoudre­ son mode de consommation par les laitières­ (toastage, par exemple).

Mais sans doute le plus grand changement est-il le souci de mieux valoriser le pâturage. « Je ne m’inquiète pas d’un déficit en énergie de la ration. L’exploitation a les moyens d’y répondre par du maïs, de la betterave fourragère, etc., avance Damien. Bertrand et moi n’avons plus de remboursements JA. Nous avons les coudées plus franches financièrement pour mener ce verdissement. » Rendez-vous dans un an pour en faire le bilan, et calculer la nouvelle empreinte carbone de l’atelier lait que, de 0,85 kg équivalent CO2/l, ils espèrent faire descendre à 0,8 kg. Jouant le jeu de Danone qui prône « l’agriculture régénératrice », le Gaec a réalisé en 2018 le diagnostic CAP2’ER niveau 2, ainsi que le diagnostic de Danone sur le bien-être animal. « Nous nous mettons en position de répondre aux attentes sociétales, mais il faut que ces efforts se traduisent par une meilleure rémunération du lait. » Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Damien prend alors sa casquette de président d’OP : plutôt que de s’inquiéter de l’absence, chez le spécialiste de l’ultrafrais, de produits laitiers segmentés, il préfère collaborer avec l’industriel en vue d’y remédier.

Claire Hue
Low cost. Il n’y a pas de racleurs dans le bâtiment. Le Gaec préfère racler les trois couloirs en U à l’aide d’un vieux tracteur. Même raisonnement pour l’alimentation : un godet-désileur plutôt qu’une mélangeuse, plus onéreuse. © Cédric FAIMALI
Les veaux vendus sont réunis dans un box à l’entrée de la nurserie évitant ainsi à l’acheteur d’y pénétrer et de potentiellement contaminer les veaux. Damien Lecuir impose à tout visiteur la désinfection de ses chaussures. © Cédric FAIMALI
La monte naturelle sur deux périodes crée deux lots de 20 à 25 génisses, réparties en 3 cases collectives dans la nurserie. Pour optimiser le travail, chaque mercredi, les seaux de concentrés sont préparés pour sept jours. Les quelques mois qui séparent les deux lots permettent un vide sanitaire. Les génisses sont ensuite élevées sur un autre site avec des prairies calibrées pour 25 génisses et dédiées à chaque tranche d’âge. © Cédric FAIMALI
Lors de la mise aux normes, le Gaec a choisi de garder le bâtiment, qui date de plusieurs décennies. L’aire paillée, divisée entre les laitières et les taries par un jeu de barrières, respecte la norme de 6 m² de couchage par vache et peut en accueillir 100. Les multipares vêlent dans un box situé au centre. Les génisses ont un box de vêlage de l’autre côté de la table d’alimentation, dans une extension paillée qui leur est réservée. © Cédric FAIMALI
Une des raisons principales de la traite en 2 x 14 postes en simple équipement  : l’atelier lait est ainsi organisé de façon à ce qu’une personne seule puisse s’occuper des animaux. Bertrand Noury, associé, et Pascal Lerosier, salarié en charge des cultures, assurent chacun un week-end d’astreinte par mois.
Dix hectares de luzerne ont été implantés pour enrichir en protéines la ration fourragère. La distribution a commencé cet été avec une demi-balle par jour d’enrubannage. Elle passera à une balle cet hiver. Pour éviter la perte de feuilles, le Gaec a acheté une dérouleuse néozélandaise (7 000 €). © Cédric FAIMALI
Le site laitier se trouve au fond d’une vallée, entouré de 28 ha de prairies dont 18 naturelles. Les vaches y accèdent directement, de mars à décembre. La moitié d’entre elles vêlent entre mars et mai et réalisent leur pic de lactation au pâturage. Sans doute, à l’avenir, le pic sera-t-il moins haut, du fait de la part d’herbe plus grande dans leur ration, soutenue par du maïs ensilage (au moins 5 kg de MS). En contrepartie, les éleveurs espèrent gagner en taux et ainsi améliorer le prix du lait. Ils espèrent aussi des vaches plus fonctionnelles grâce au croisement des holsteins avec des taureaux de différentes races, en monte naturelle, commencé il y a six ans.  © Cédric FAIMALI
Les travaux des cultures sont réalisés par l’entreprise de travaux agricoles que Bertrand Noury et Damien Lecuir ont créée en 2011. En plus des 220 ha de cultures, ils cultivent 100 ha en prestations de service. Ils disposent ainsi de matériels plus puissants et emploient deux salariés à temps plein, contre 1,5 UTH salariée permise par le seul Gaec. 
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