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« Les taries sont le pilier de la gestion du troupeau  »

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, explique Fabien Jeudi © j.pezon

Audit. Au Gaec du Bois du Guy, l’observation du troupeau oriente vers une meilleure prise en charge des vaches taries en vue de renforcer l’immunité.

Depuis le début de l’automne 2018, Fabien Jeudi, éleveur dans les Deux-Sèvres­, a fait le choix du suivi technique mensuel avec Luca Fabozzi, vétérinaire à la clinique des Charmilles. Membre historique du réseau Happy Vet, le praticien s’est spécialisé dans une approche préventive de la santé animale. « Mon fonds de commerce, ce n’est pas la maladie, mais la santé, insiste-t-il. Passer...
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Depuis le début de l’automne 2018, Fabien Jeudi, éleveur dans les Deux-Sèvres­, a fait le choix du suivi technique mensuel avec Luca Fabozzi, vétérinaire à la clinique des Charmilles. Membre historique du réseau Happy Vet, le praticien s’est spécialisé dans une approche préventive de la santé animale. « Mon fonds de commerce, ce n’est pas la maladie, mais la santé, insiste-t-il. Passer une heure en élevage à observer les animaux apporte une avalanche d’informations. Car les vaches parlent à ceux qui veulent bien les écouter. Il s’agit ensuite de traduire ces messages et de les prioriser. »

Gestion du stress.

« Le changement de lot entraînait une chute de lait très brutale »

Avant toute investigation, le praticien a entrepris avec l’éleveur un changement du mode d’allotement des 120 vaches, conduites en zéro pâturage : arrêt des deux lots définis selon le niveau de production, au profit de la parité. C’est-à-dire, d’un côté les multipares, de l’autre les primipares et les vaches adultes les plus fragiles. « Avec un grand troupeau, la conduite en lots vise à limiter les stations debout prolongées dans l’aire d’attente de la salle de traite, défavorables à la santé des pieds, précise Luca Fabozzi. Mais l’allotement par niveau de production est à proscrire. D’une part, parce que distribuer une ration complète moins concentrée en deuxième partie de lactation pénalise la persistance de la lactation. D’autre part, parce que cela implique un changement de lot en cours de campagne qui est une source de stress pour les animaux, en particulier pour les primipares. » Une observation que confirme l’expérience de l’éleveur : « Le lot des vaches en début de lactation tournait en moyenne à 35 litres/VL/jour. Mais le changement de lot entraînait une chute de lait très brutale, autour de 25 litres. »

Désormais, la ration est identique pour les deux lots : une ration complète mélangée, équilibrée à 31 litres de lait.

Boiteries et confort.

« Beaucoup de boiteries dues aux panaris et à la dermatite digitée »

Au Gaec, le problème numéro 1 exprimé par les animaux concernait les boiteries, associées à une forte prévalence de maladies infectieuses : Mortellaro (dermatite digitée) et panaris (photos ci-contre). « Les principaux facteurs de risques de ces maladies sont bien connus, rappelle le praticien. D’abord l’humidité, puis le manque d’hygiène et l’immunité. » Ici, en raison de la nature du sol, l’humidité et l’hygiène des pieds constituent une problématique structurelle. En effet, dans cette stabulation mise en service en 2006, les couloirs d’exercice conçus sans pente, avec des tapis mal posés, ne permettent pas un raclage efficace, ni le bon écoulement des jus (photos p. 45). Dès lors, la macération des pieds dans ce cocktail d’humidité et de déjections fragilise la peau, et ils deviennent plus sensibles aux agressions des bactéries responsables de ces lésions. Il s’agit alors de mettre en place des aménagements visant à augmenter le temps de couchage et l’assèchement des sols.

Régler les logettes : la forte présence de tarcites (voir photo ci-dessus) est un signe d’inconfort qui oriente vers un défaut de réglage des 130 logettes, pourtant équipées de tapis et paillées quotidiennement. Cette piste sera validée grâce à la pose de caméras dans la stabulation pendant vingt-quatre heures, qui permettra d’observer des comportements de couchage anormaux dans certaines logettes, avec une genouillère traumatique et une barre au garrot qui se révèle trop basse. Du fait de cette situation, les vaches hésitent à se coucher, restent longtemps debout dans leur logette et, une fois couchées, ont des difficultés à se relever.

« Ne pouvant monter les quatre pattes en position droite dans la logette, les vaches y entraient de biais. Lorsqu’elles se couchaient sur le côté, cela entraînait également l’apparition­ d’escarres au niveau de la hanche, caractéristiques d’un couchage en position non naturelle », indique le praticien. Afin d’améliorer le confort, la barre au garrot a donc été rehaussée de 10 cm, à 1,25 m, et la quantité de paille journalière augmentée jusqu’à 3 kg/logette. Reste désormais à remplacer la genouillère en la rendant moins traumatique, c’est-à-dire un dispositif de 10 cm maximum de hauteur, à 1,80 m du seuil de la logette.

Ouvrir le bâtiment : une partie du bardage bois a été ôtée pour assurer une meil­leure ventilation, propice à l’assèchement­ des sols. Un aménagement qui vise aussi à limiter le stress thermique en période estivale, à l’origine de pertes de lait jusqu’à 7 litres/VL/jour. Avant l’été, tout le haut du bardage (2 m) sera retiré sur les deux faces du bâtiment, non sans rallonger la casquette pour éviter que le soleil ne donne directement sur les logettes en été.

Déplacer les ventilateurs : enfin, pour limiter les stations debout à l’auge et inciter les vaches à se coucher, les sept ventilateurs verticaux installés initialement au-dessus du couloir d’alimentation vont être repositionnés au-dessus des logettes.

Pulvérisation d’oxytétracycline sur les pieds des vaches au cornadis

Parallèlement, un protocole de soins des boiteries prévoit :

Un pédiluve + un traitement collectif : le pédiluve est installé en sortie de salle de traite à la fréquence d’une traite toutes les trois semaines. De plus, une fois par mois, à l’aide d’un pulvérisateur manuel, les éleveurs déposent une solution d’oxytétra­cycline sur les pieds des vaches au cornadis pendant trois traites consécutives.

Le passage du pareur 4 à 5 fois par an : les vaches sont parées systématiquement au moment du tarissement, puis au cours de l’année en fonction des cas cliniques.

« Grâce à cette approche globale, les boiteries ont diminué de façon flagrante, même si j’observe encore un peu de panaris », souligne Fabien. D’ici la fin de l’année, l’éleveur a décidé de consentir à un investissement de l’ordre de 50 000 € pour changer les tapis, avec un système de raclage adapté. Il mène aussi une réflexion sur l’opportunité d’installer des matelas dans les logettes, soit un coût supplémentaire de 25 000 €.

Reproduction.

« Jusqu’à 20 % de kystes folliculaires observés lors du suivi de reproduction »

La gestion de l’immunité autour du vêlage participe également à la prévention des infections podales. Or, la forte présence de kystes folliculaires (15 à 20 %), observés lors du suivi mensuel de reproduction, pointe du doigt la gestion des vaches taries. La cause principale de ces kystes est en effet liée à un amaigrissement excessif après vêlage. Une analyse confirmée par l’observation des notes d’état corporel et le dosage systématique des corps cétoniques, réalisé par le vétérinaire à partir d’une simple goutte de sang prélevée sous la queue des vaches fraîches vêlées, entre 7 et 25 jours après la mise-bas. « Dans cette situation d’acétonémie, tous les facteurs de risque doivent être abordés : la préparation au vêlage des taries, l’équilibre énergétique de la ration, ou encore l’accès à l’auge. »

Sur l’exploitation, les investigations ont conduit à revoir l’alimentation des taries lors de la préparation au vêlage, en vue de maximiser l’ingestion en début de lactation : une ration à base de maïs, dosant 14 % de MAT. Pour réduire la Baca, et ainsi les risques de maladies métaboliques en début de lactation, les sources de potassium dans l’alimentation ont été fortement réduites en supprimant l’ensilage d’herbe et le foin au profit de la paille, avec une revalorisation de la correction azotée. « Depuis un an que nous avons mis en place cette pratique, j’observe un meilleur état d’engraissement des animaux et un meilleur démarrage en lactation, mais aussi une diminution des métrites et des non-délivrances­, souligne Fabien. Avec une ration presque identique, nous sommes ainsi passés de 28 litres de moyenne, à 32 litres de lait/VL/j. » Dans le même temps (de janvier 2019 à janvier 2020), l’IVV est passé de 419 jours à 401 jours, et le taux de réussite en première insémination artificielle de 54,9 % à 63,2 %.

Immunité des veaux.

Renforcer l’ingestion de génisses en manque d’état

Le changement de conduite des taries participe aussi à l’amélioration de la qualité du colostrum. Un moyen de répondre à un autre enjeu auquel s’attaquent désormais­ l’éleveur et le praticien, à savoir renforcer l’immunité des veaux contre des problèmes pulmonaires, fréquents en nurserie. Cela intègre un changement d’alimentation visant à soutenir la croissance­ de petites génisses présentant parfois un manque d’état corporel :

Choix d’une poudre de lait plus riche en protéines (26 %), soit un surcoût de l’ordre de 30 €/tonne.

Augmentation de la concentration de la buvée en périodes de grands froids (jusqu’à 190 g de poudre/l, en dessous de 5 °C), mais aussi des volumes, en passant de 6 à 8 l/jour, entre 15 et 60 jours de vie.

Choix d’un concentré plus riche en protéines, lui aussi (18 %).

« L’objectif est de développer la capacité d’ingestion, car des génisses qui ingèrent plus résistent mieux aux maladies. C’est aussi par ce biais que nous pourrons réduire l’âge au premier vêlage, actuellement de 27 mois en moyenne. »

Jérôme Pezon
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