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« Le compact feeding, pour empêcher le tri à l’auge »

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« Au toucher, la ration ne pique pas. indique Hermjan Darwinkel. © j.p.

Ration mélangée. Mise en œuvre à l’EARL des Deux Sabots pour des vaches hautes productrices, la ration danoise repose sur un hachage fin des fourrages, un long brassage des ingrédients et l’ajout d’une quantité d’eau importante.

Depuis octobre 2015, l’EARL des Deux Sabots, dans la Sarthe, a adopté la ration complète mélangée compacte, encore appelée « compact feeding » ou « ration danoise », du nom du pays où ce concept a été élaboré pour résoudre un problème de compétition à l’auge dans un contexte de bâtiments sursaturés. Cette approche revisite la structure...
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Depuis octobre 2015, l’EARL des Deux Sabots, dans la Sarthe, a adopté la ration complète mélangée compacte, encore appelée « compact feeding » ou « ration danoise », du nom du pays où ce concept a été élaboré pour résoudre un problème de compétition à l’auge dans un contexte de bâtiments sursaturés. Cette approche revisite la structure de la ration, battant en brèche la notion de fibrosité : « Tout est haché fin, pour éviter le tri, et mouillé pour que les particules fines collent aux fibres », explique Hermjan Darwinkel, l’un des associés. À l’issue du brassage dans la mélangeuse, la ration se présente sous forme d’une masse compacte, très homogène. La finalité étant d’empêcher le tri à l’auge, en vue de renforcer l’efficacité alimentaire du troupeau. « Face à des problèmes d’acidose, nous cherchions des correctifs comme le foin, la paille de colza ou le bicarbonate, jusqu’à la rencontre avec une nutritionniste danoise qui nous a présenté la ration compacte. Je l’ai mise en pratique dès le lendemain. Cela ne coûtait rien d’essayer, juste un peu d’eau dans la ration, pour un résultat immédiat : un gain de trois litres de lait, sans modifier les ingrédients. »

« Une alimentation homogène toute la journée »

Dans la pratique, chacun peut en effet observer que les vaches en ration mélangée ont une forte propension à trier les ingrédients. Ce phénomène n’est pas sans conséquences sur les performances et sur la santé : immédiatement après la distribution, les vaches vont d’abord consommer les ingrédients les plus appétents (grains, concentrés), puis les parties fibreuses. Cette hétérogénéité du bol alimentaire au fil de la journée entraîne des variations du pH ruminal potentiellement pénalisantes pour l’efficacité de la digestion par la flore. De plus, les vaches dominantes ingèrent souvent plus de concentrés, laissant les autres composants aux dominées. Cela peut expliquer une disparité des performances, renforcée lorsque les animaux ne disposent pas d’une place par tête au cornadis. Enfin, et ce n’est pas anecdotique, le tri augmente le temps passé debout en position immobile devant la table d’alimentation. C’est non seulement moins de temps couché à digérer et à fabriquer du lait, mais également un risque accru de problèmes de pieds. « En empêchant le tri, le compact feeding permet à chaque animal d’avoir à volonté une ration homogène toute la journée, sans stress et en un minimum de temps », souligne l’éleveur.

« Un litre d’eau par kilo d’aliment concentré »

Ici, le problème de la concurrence à l’auge entre dominantes et dominées a été réglé par une conduite en deux lots : d’un côté les primipares et les vaches fragiles sur une aire paillée, de l’autre les multipares. « Depuis qu’elles sont séparées, les primipares expriment beaucoup mieux leur potentiel », observe Hermjan. Identique pour chacun des deux lots, la ration est distribuée une fois par jour, par une mélangeuse-automotrice en Cuma qui tourne sur cinq exploitations. Elle est repoussée deux fois par jour, au lieu de 5 ou 6 fois précédemment « car les vaches jouent moins avec ». Sa composition est simple : 10 kgMS d’ensilage de maïs (0,94 UFL), 5,5 kg d’ensilage d’herbe (0,93 UFL), 3,3 kg de maïs épis, 6 kg de tourteau de colza (filière non OGM), 20 g de tanins et l’équivalent de 9 litres d’eau, soit au total 23 % d’amidon, 0,94 UFL, 14,9 % de MAT, 16,3 % de cellulose brute (CB), 35,5 % NDF (digestibilité des fibres). La spécificité de la ration mélangée compacte ne porte donc pas sur les ingrédients, mais sur sa structure. La préparation se fait en deux étapes.

- Le trempage : dans la mélangeuse, l’éleveur met d’abord les ingrédients secs. Dans l’ordre, le tourteau de colza en poudre, les minéraux, les tanins, puis le maïs épis. Ce prémix est mis à tremper pendant cinq minutes, le temps d’imprégner les aliments jusqu’à faire une pâte. « La règle de base est d’ajouter un litre d’eau par kilo d’aliment. Mais comme j’utilise du maïs épis, plus humide (55 % MS), je suis passé à 600 ml. Le colza en poudre permet de limiter le temps de trempage. Il faut prévoir trois à quatre heures de trempage pour dissoudre les granulés et jusqu’à douze heures avec la pulpe déshydratée, c’est-à-dire qu’il faudrait préparer la ration la veille pour le lendemain. Ce n’est pas possible avec la distribution en Cuma. »

- La structuration : après la phase de trempage, le prémix est vidé temporairement au sol sur une dalle bétonnée. L’ensilage d’herbe est mis dans la mélangeuse à double vis verticales, puis le prémix et enfin, l’ensilage de maïs. L’ensemble dosant 36 % MS est brassé à grande vitesse pendant six minutes. L’ensilage de maïs est toujours mis en dernier. Seenovia conseille quinze à quarante-cinq minutes de brassage, selon la puissance de la mélangeuse, les ingrédients et la structure de fourrages : l’objectif est que les petites particules adhèrent à la fibre. Avec une mélangeuse à vis verticales, l’organisme de conseil recommande un taux de MS du mélange final de 36 à 38 %, avec les vis horizontales de 39-40 %.

« La finesse de hachage renforce l’ingestion »

Hermjan travaille sans concentrés de production. « Selon la qualité du maïs et de l’herbe, je peux également faire l’impasse sur le maïs humide. » Le maïs est récolté entre 32 et 35 % de MS, dont 50 % de denté farineux et 50 % de corné denté. « Dans chaque parcelle, je sème quatre variétés différentes avec un semoir 4 rangs. Cela afin d’atténuer le risque d’une mauvaise récolte, et de diversifier les sources d’amidon. » À la récolte, le maïs est haché à 5 mm et l’ensilage d’herbe en brins de 4-5 cm. La forte proportion d’herbe dans la ration permet de diluer la part d’amidon entre 20 et 23 %, afin de prévenir les risques métaboliques. Il s’agit de coupes précoces d’ensilage préfané de qualité (0,87 à 95 UFL). L’application d’un conservateur dépend ici de la qualité du chantier.

Au cours de la saison, Hermjan n’hésite pas à réaliser une dizaine d’analyses afin d’adapter la complémentation en fonction de l’évolution de la valeur des fourrages. « La finesse de hachage entraîne une augmentation de l’ingestion de 1,5 à 2 kg de MS, précise-t-il. Au toucher, la ration ne pique pas, mais elle contient de la fibre. C’est la régularité de ces apports en fibres dans la ration, avec des teneurs minimales de 35 % de NDF et 17 % de CB, qui assure la rumination, et non la longueur des brins. » Pour respecter cette structure, il ajuste parfois la ration avec un apport de coques de soja.

Les taux élevés valident le bon fonctionnement métabolique

Outre le gain de lait, Hermjan observe une plus grande stabilité des bouses et des taux, sans paille, ni bicarbonate. En 2019, seulement 3 % des vaches ont été contrôlées avec un rapport TB/TP > 1,5 (déficit énergétique). Autant de signes d’un bon fonctionnement métabolique, sur la base d’une ingestion de 25 à 26,5 kg de MS, soit une efficacité alimentaire de 1,4 kgMS ingérée par litre de lait.

« Cet hiver, un niveau de production moyen de 33,2 kg de lait par VL et par jour, à 45,7 de TB et 36,5 de TP, confirme le bon fonctionnement de la ration », souligne Emmanuel Lepage, nutritionniste chez Seenovia. La mise en place de la ration mélangée compacte assure à l’exploitation une bonne maîtrise du coût alimentaire, compris en 90 € et 108 €/1000 l, soit une ration journalière de 3,25 €/VL.

Avec des vaches qui passent moins de temps à trier à l’auge et plus de temps couchées, les associés envisagent désormais d’investir dans le confort avec l’installation de logettes creuses pour augmenter toujours plus l’efficacité alimentaire du troupeau.

Jérôme Pezon
Compétition. Moins d’une heure après la distribution, une grande partie du troupeau est déjà couchée. © j.p.
Mouillage. Après avoir démarré avec un simple jet d’eau, Hermjan a conçu une rampe d’aspersion pour arroser la ration dans la mélangeuse. Elle est activée depuis la cabine par le chauffeur de la mélangeuse. Au total, ce sont 1 500 litres d’eau qui sont intégrés au mélange, ou 9,5 litres/VL. © j.p.
3 questions à…
« Il faut piloter la NDF de la ration entre 35 et 38 %. »« La rumination ne dépend pas de la longueur des fibres, ni du piquant de la ration » 3 questions à… Emmanuel Lepage, nutritionniste chez Seenovia

Pouvez-vous rappeler les principes de la ration compacte ?

Emmanuel Lepage : Son sens premier est de favoriser l’ingestion et de limiter le tri pour avoir en permanence une ration homogène à l’auge. Cela réduit les effets de la concur­rence, permettant ainsi aux primipares et aux dominées d’exprimer leur potentiel. Cette régularité limite les à-coups fermentaires et les variations de pH dans le rumen, ce qui autorise à lever les sécurités physiques de la ration (paille, bicarbonnate).

Les fibres grossières ne sont donc pas nécessaires pour sécuriser la ration vis-à-vis du risque d’acidose ?

E.L. : Non. La rumination ne dépend pas de la longueur des fibres, ni du piquant de la ration. On ne parle pas ici de fibrosité mécanique, mais de fibrosité chimique. Elle doit respecter deux critères : d’abord, 17 % de cellulose brute au minimum. Ensuite, il faut piloter le taux de NDF total de la ration, la fraction digestible de la fibre, entre 35 et 38 % pour maximiser l’ingestion (+ 10 %) et donc la performance. Cela correspond à des ensilages d’herbe précoce et à des maïs ensilages jeunes, de 31 à 33 % de MS.

Plus la NDF sera élevée, plus le fourrage sera encombrant. Mais en deçà de 35 %, il y a un fort risque de déviations fermentaires­. Les analyses de fourrages sont donc indispensables­ pour piloter la NDF et la corriger, comme par exemple chez Hermjan, avec de la coque de soja.

Quelles sont les règles à respecter au quotidien ?

E.L. : La rigueur dans le processus de préparation : la phase de trempage doit laisser le temps aux aliments secs de s’imbiber, jusqu’à former une sorte de pâte.

La plupart des granulés sont éclatés après une heure de trempage. Mais les plus résistants peuvent réclamer huit à douze heures. Aussi, on préférera des aliments en poudre. L’ensilage de maïs est toujours mis en dernier, suivi d’un brassage de quinze à vingt minutes. Les particules fines doivent coller aux brins. C’est alors l’homogénéité du bol alimentaire qui garantit la régularité des apports de fibres digestibles. Enfin, il ne faut pas oublier que la hausse de l’ingestion doit amener à prévoir des stocks en conséquence.

Mélange. Le maïs ensilage toujours en dernier

Le compact feeding réclame de la rigueur, depuis la qualité des fourrages, très digestibles, jusqu’à la propreté des silos pour éviter les reprises en fermentation. Les fourrages seront pré-hachés à la récolte (maïs autour de 5 mm et ensilage d’herbe à 2-3 cm). « Mais il est possible de faire des essais avec des brins plus longs. Il faut alors augmenter le temps de brassage dans la mélangeuse pour hacher la fibre, souligne Emmanuel Lepage, chez Seenovia. Ce type de ration, où la paille n’a pas sa place, fonctionne bien chez les éleveurs qui réussissent l’ensilage d’herbe. » Le nutritionniste rappelle quelques points clés de la réussite du mélange.

Les composants secs doivent tremper dans l’eau. Retenir 1 litre d’eau par kilo d’aliments. L’eau est ajoutée en brassant le mélange. La plupart des granulés se délitent après une heure de trempage. Mais les plus résistants requièrent huit à douze heures, comme les bouchons de luzerne ou de pulpe.

Ajouter les ingrédients fibreux. La mélangeuse tourne quinze à vingt minutes.

Ajouter le maïs ensilage. Brassage final de quinze à vingt minutes. Certaines mélangeuses ont des difficultés lors de ce mélange. Ainsi, à l’EARL des Deux Sabots, le temps de brassage est passé de trente minutes initialement avec un bol à six minutes avec l’automotrice. Le comportement des vaches à l’auge est un bon indicateur de la qualité du mélange. Si elles cherchent en profondeur dans la ration, elles trient : la ration est mal mélangée.

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