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« La jersiaise pour améliorer la rentabilité du troupeau »

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Au sein du Gaec, Olivier Onillon

Au Gaec de la Jutière, le choix de la race jersiaise, en 2002, participe à la cohérence globale d’un système d’élevage conventionnel autonome, adapté aux contraintes structurelles de l’exploitation.

C’est dans le sud du Maine-et-Loire, sur les coteaux du Layon, un terroir de vignoble aux sols superficiels, que les deux associés du Gaec de la Jutière ont fait le choix, dès 2002, d’un troupeau 100 % jersiais conduit en agriculture conventionnelle. Ils intègrent ainsi le noyau historique d’éleveurs de la race, dans un département qui a longtemps concentré plus du tiers des effectifs en France, avant que la petite vache reconnue...
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C’est dans le sud du Maine-et-Loire, sur les coteaux du Layon, un terroir de vignoble aux sols superficiels, que les deux associés du Gaec de la Jutière ont fait le choix, dès 2002, d’un troupeau 100 % jersiais conduit en agriculture conventionnelle. Ils intègrent ainsi le noyau historique d’éleveurs de la race, dans un département qui a longtemps concentré plus du tiers des effectifs en France, avant que la petite vache reconnue pour la qualité de son lait, son efficacité alimentaire et sa fécondité ne voie sa population tripler ces dix dernières années. « Dans un contexte de stocks fourragers limitants, nous avons misé sur l’efficacité alimentaire de la jersiaise, souligne Jean-Yves Onillon, l’un des associés. Cette aptitude à faire des taux, avec moins de matière sèche ingérée par kilo de lait produit, s’est rapidement vérifiée, même s’il faut, bien sûr, plus de vaches pour faire le même volume. »

« Une race adaptée à un système pâturant »

Jean-Yves s’installe avec son frère, Daniel, en 1982, sur une exploitation située à quinze kilomètres de la ferme familiale reprise par leur aîné. Jean-Yves et Daniel créent le Gaec qui compte alors 25 frisonnes sur une quarantaine d’hectares. Pour diversifier le revenu avec une surface limitée et de faible potentiel agronomique (8 à 10 tMS/ha en maïs, 45 q en blé), leur projet prévoit la mise en service, un an plus tard, d’un atelier hors sol : 42 truies dans un système naisseur-postsevrage qui évoluera en naisseur- engraisseur­ à partir de 1988 ; puis en 1997, l’investissement dans de nouvelles installations porte les effectifs à 75 truies pour 400 places à l’engrais. Parallèlement, la référence laitière va longtemps rester figée à 240 000 litres. Le système fourrager repose sur la combinaison maïs + RGI. Mais, dès le début des années 1990, à la suite d’une sécheresse très marquée, les frères vont remettre en cause cette stratégie : ils développent la prairie multi-espèce et le pâturage. Le maïs est confiné sur les meilleures terres, sans RGI dérobé pour sécuriser le rendement. Dans cette logique plus herbagère, la reprise d’une dizaine d’hectares et le remembrement, dix ans plus tard, permettront progressivement de monter à 300 000 litres de quota sur 63 ha de SAU. Et c’est en 2002 qu’ils opèrent le changement de race, en même temps que la mise aux normes prévoyant la construction d’une stabulation de 60 places.

« Outre la recherche de plus-value liée à la qualité du lait, la jersiaise était aussi une vache parfaitement­ adaptée à un système pâturant. La dureté de ses sabots à corne noire est un critère de sélection qui génère très peu de problèmes de pieds. La relation éleveur-animal est aussi très différente : la jersiaise a du caractère, elle est affectueuse et très curieuse. Son petit gabarit facilite le contact et les manipulations, par exemple lorsqu’il faut déplacer seul un lot de génisses, ou lorsque mon épouse me remplace ponctuellement à la traite. »

Les éleveurs n’auront pas recours au croisement d’absorption. Pour accélérer la transition, ils achètent 30 génisses, dont 8 venant du Danemark, à 1050 €/génisse. « Le démarrage a été difficile en raison de problèmes sanitaires survenus chez des animaux issus d’horizons différents », se souvient Jean-Yves. Au bout de deux ans, le troupeau est déjà majoritairement jersiais. Mais la présence de vaches holsteins, pendant environ six ans, sécurise la production laitière, surtout avec une forte proportion de primipares.

« Depuis la fin des quotas, la jersiaise est la race idéale »

Car en race jersiaise, le différentiel de production avec les multipares est très marqué : les primipares affichent 15,5 litres au vêlage et 21,1 l au pic de lactation (contre respectivement 24,4 l et 27,1 l pour les multipares). En 2008, Olivier prend la succession de son père, Daniel. Comme lui, il est en charge de l’atelier porcin qui pèse 40 à 50 % du résultat d’exploitation. Il apporte au Gaec une rallonge de 100 000 l portant le droit à produire à 407 000 l. « Avec les quotas, nous étions bridés par la matière grasse. Mais depuis la fin de ce régime, la jersiaise est la race idéale. Cependant, le manque de surface et l’impossibilité d’extension des bâtiments liée à la proximité des habitations du village ne nous permettent pas de livrer plus de 350 000 litres par an. »

Sur la base d’un chargement de 1,5 UGB/ha, le système mis en place assure l’autonomie fourragère du troupeau. Du tourteau, de la drèche et du maïs humide sont achetés à l’extérieur, parfois un peu de céréales pour densifier la ration, comme cette année, où les rendements de maïs n’ont pas dépassé 7 tMS/ha. Les besoins en litière font l’objet d’un échange paille-fumier. Cultivé sur 6 ha, le maïs ensilage reste indispensable à la sécurité des stocks. Mais il ne pèse que 16 % de l’ingestion annuelle du troupeau, soit 4 kg dans la ration hivernale des laitières. Malgré l’arrêt de la pousse estivale, l’herbe pâturée représente 46 % de l’ingestion totale.

Depuis trois ans, la conduite en pâturage tournant dynamique sur 13 ha d’herbe au printemps (0,20 ha/VL) autorise la fermeture des silos pendant deux mois.

« Les silos d’herbe et de maïs fermés deux mois au printemps »

« Le silo d’herbe est fermé fin mars et celui de maïs mi-avril, précise Jean-Yves. Le pâturage tournant sur des paddocks de 1 jour, au lieu de 3 précédemment, favorise une production plus régulière. » Les 41 ha de prairies temporaires (+ 11 ha de PP) sont de deux types : pour la pâture, des mélanges fétuque-RGA-TB-lotier et dactyle-RGA-TB ; et pour la fauche, compte tenu de la difficulté d’implanter des luzernes en terrains acides, des associations RGI-TV de deux à trois ans. Ici, la qualité des deux premières coupes d’ensilage d’herbe est essentielle. La première est précoce, au plus tard mi-avril, pour un rendement n’excédant pas 2,5 tMS/ha. La seconde intervient après 35 jours de repousse. Ces prairies sont ensuite fanées ou réintègrent le cycle de pâturage en vue de prolonger le plus possible la saison d’herbe. L’ensilage d’herbe est le fourrage de base du troupeau en été, à une période qui concentre beaucoup de fins de lactation et de taries. Puis le maïs réintègre la ration avec le retour des mises-bas, groupées à 90 % de septembre à décembre. L’âge moyen au premier vêlage de 24,1 mois confirme les aptitudes maternelles de la race, comme l’IVV de 389 jours et un taux de réussite en IA première de 63 % avec une forte proportion de semences sexées. « La facilité de vêlage, même sur des croisements blanc bleu belge est surprenante. Il y a longtemps que je ne me lève plus la nuit pour assister les mises-bas. »

« Ici, la bio n’est pas possible  »

La longévité (3,5 lactations) participe à la maîtrise du coût de renouvellement (21 %, soit 10 €/1000 l) et permet de se positionner avantageusement sur le marché des génisses. Le choix des taureaux porte en priorité sur les taux via les souches danoises, mieux équilibrées dans leur rapport lait/taux que les nord-américaines. « Ici, la bio n’est pas possible en raison de la présence d’un atelier hors sol conventionnel, mais aussi du chargement. Le résultat passera donc par le pâturage et par les taux. C’est une voie de progrès, car au sein du troupeau, le TB peut passer de 55 à 75 points. » À l’heure de la retraite fin 2020, Jean-Yves transmettra ce challenge à son fils Gilles, actuellement salarié dans un élevage jersiais. La reprise se fera sans bouleverser l’équilibre du système, indique le jeune éleveur : « Je veux rester dans la continuité d’une production herbagère, avec une race facile à vivre pour une personne seule. Intégrer le schéma de sélection français en cours de développement est une autre piste pour mieux valoriser les veaux, sachant que je reprends un troupeau de très bon niveau génétique. »

jérôme Pezon
L’exploitation bénéficie d’un parcellaire bien groupé, accessible depuis la stabulation. Mais la proximité des habitations est un frein à l’agrandissement des bâtiments. © K. P.
2 x 6 en simple équipement, avec décrochage et compteurs à lait. Les deux associés s’entendent pour garder libres un samedi soir et un dimanche, à tour de rôle, et s’octroient deux semaines de vacances par an en famille (Jean-Yves a trois enfants, Olivier aussi, et leurs épouses travaillent à l’extérieur). © K. P.
Les vêlages groupés facilitent la constitution de lots homogènes de six ou sept animaux, après la première semaine en niche individuelle. Ces « chevreuils » de 15 kg à la naissance sont élevés au lait entier (deux repas de 1,8 litre maximum) jusqu’au sevrage, entre 9 et 10 semaines, ou 65 kg. Puis, jusqu’à 6 mois (130 kg), les génisses reçoivent du concentré fermier (1/3 de mélange céréalier + 1/3 de tourteau + 1/3 de maïs humide) et du foin.
La ration complète distribuée une fois par jour se compose de 4 kgMS de maïs ensilage, 6 kg d’ensilage d’herbe, 0,9 kg de foin, 1,1 kg de drèches, 1,8 kg de tourteau soja-colza, 2,5 kg de maïs humide, 80 g de minéral (3/27/5), 70 g de carbonate de calcium et 50 g de sel. Pour, cet hiver, une production de 21,7 kg de lait, à 61,5 de TB et 40,4 de TP. © K. P.
Construite en 2002, la stabulation est équipée de 60 logettes sur béton abondamment paillées (1,15 m de large x 2,30 m de long, soit 8 places par travée de 5 mètres), et de 64 places de cornadis. © K.P.
Toutes les cultures produites sur la ferme sont autoconsommées, notamment le méteil. © K.P.
Les génisses nées entre août et novembre sont mises à l’herbe à 7 mois. Elles sont inséminées à l’automne après un © K. P.
Le système naisseur-engraisseur compte 75 truies mères, soit environ 1 550 porcs charcutiers par an et 300 porcelets sevrés, commercialisés via la Cooperl dans les filières Bleu-Blanc-Cœur non OGM ou sans antibiotique, qui assurent une plus-value de 2 c/kg. En mars 2017, une violente tempête a partiellement détruit les bâtiments. Depuis, une partie des animaux est engraissée à l’extérieur dans l’attente de l’achèvement des nouvelles installations, qui permettront de passer à 100 truies. © K. P.
Voie mâle. Intégrer le schéma génétique français

« Nous sommes conscients que la valorisation des veaux est un problème. Aujourd’hui, les marchands ne veulent pas d’animaux pesant 15 kg à la naissance, indique Jean-Yves Onillon. Nous avons donc recours aux semences sexées (40 à 45 €/dose) pour profiter­ de la forte demande sur le marché des génisses. » Ainsi, le Gaec vend des femelles pleines deux mois avant la mise-bas (1 300 €) ou sevrées (250 €). Il se lance dans le génotypage (45 €) pour arbitrer ses ventes et accélérer le progrès génétique. Une réflexion est menée sur la production d’embryons, afin de profiter de l’excellence génétique du troupeau pour intégrer le nouveau­ schéma français. Parallèlement, la facilité de vêlage de la race permet de miser sur le croisement blanc bleu belge, mais le marché­ est à la baisse et la plus-value­ réduite : + 30 € pour les mâles. Une étude d‘Idèle sur l’engraissement pourrait­ offrir une piste supplémentaire en vue d’optimiser la vente par caissette de petites carcasses adaptées à la demande.

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