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« J’ose le maïs à plus de 1 000 mètres d’altitude »

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Thierry Lhermet, devant une de ses parcelles, le 9 septembre © J. P.

Culture. En zone de montagne de Haute-Loire, le réchauffement climatique rend désormais possible la mise en culture du maïs ensilage, contribuant ainsi à renforcer l’autonomie fourragère des systèmes d’élevage.

Àplus de 900 mètres d’altitude, en Auvergne, le maïs ensilage a longtemps été dépendant d’une implantation sous plastique. Mais depuis trois ou quatre ans, le réchauffement climatique permet de faire l’impasse sur cet artifice et la culture est ainsi en plein essor dans les terres volcaniques de Haute-Loire. Mieux : on constate, cette année, que le maïs a moins souffert du sec en zone d’altitude, où...
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Àplus de 900 mètres d’altitude, en Auvergne, le maïs ensilage a longtemps été dépendant d’une implantation sous plastique. Mais depuis trois ou quatre ans, le réchauffement climatique permet de faire l’impasse sur cet artifice et la culture est ainsi en plein essor dans les terres volcaniques de Haute-Loire. Mieux : on constate, cette année, que le maïs a moins souffert du sec en zone d’altitude, où il bénéficie de la rosée et des orages d’été. Plus tardive, la récolte du maïs épis ou du maïs humide paraît en revanche exclue au-delà de 700 m.

« De 9 à 10 tMS, soit deux fois plus qu’un ray-grass ! »

Installé à quelque 1 100 mètres d’altitude, Thierry Lhermet­ cultive pour la troisième année consécutive du maïs ensilage, en remplacement de surfaces jusqu’ici dédiées à des prairies temporaires implantées pour trois ans. « Avec des rendements de 9 à 10 tMS/ha, c’est presque deux fois plus de matière sèche qu’un RGI-trèfle, souligne l’éleveur. Dans un contexte d’aléas climatiques à répétition, avec des coups de sec en été de plus en plus pénalisants pour la pousse de l’herbe, l’introduction du maïs permet de consolider mon système fourrager, dans une logique d’autonomie. »

Il ne s’agit pas pour autant d’une assurance­ tout risque face aux aléas : en 2018, l’éleveur a récolté entre 6 et 7 tMS/ha. Le rapport tige/grain a néanmoins permis de préserver la qualité du fourrage. Ici, le maïs est cultivé dans des terres argilo-limoneuses peu profondes, de bon potentiel agronomique : elles permettent, par exemple, d’obtenir un rendement de blé selon les années compris entre 50 et 75 q. L’itinéraire technique mis en œuvre est le suivant.

Rotation : le maïs est semé après une céréale et un sol laissé nu en hiver. Selon Patrice Mounier, responsable technique de Haute-Loire Conseil Élevage, il est possible, dans ce contexte, d’implanter une interculture, de type RGI de très courte durée, en vue d’une exploitation très précoce au pâturage en sortie d’hiver, avant le semis de maïs.

Fertilisation : 30 tonnes de fumier + 30 m3 de lisier au printemps. Après la levée, Thierry choisit de ne pas apporter de fertilisation minérale sur un sol devenu trop sec pour bien valoriser cet apport.

Travail du sol : labour systématique en sortie d’hiver, suivi d’une préparation du sol à la herse rotative.

Semis : le 10 mai, dans un sol réchauffé avec une variété d’indice 220. Au regard d’un besoin en somme de températures de 80 °C du semis à la levée, il n’y a pas d’intérêt à faire des semis trop précoces (avant le 15 mai) en conditions froides, compte tenu du risque de gel. À cette altitude, le semis peut s’envisager jusqu’à fin mai dans un sol assez réchauffé pour assurer une levée rapide nécessaire à la vitalité de la plante. Avec seulement 10 ha mis en culture, le semis est réalisé par une ETA. Dans d’autres circonstances, il pourrait se télescoper avec les chantiers d’ensilage d’herbe et présenter une contrainte en matière de temps de travail.

Désherbage : un traitement en pré-levée, puis en post-levée selon l’évolution du salissement. « Le désherbage est une étape à ne pas rater, rappelle Patrice Mounier. Car le maïs est particulièrement sensible à la concurrence des adventices lors de périodes de stress hydrique. » Dans ce cas, Thierry ne réalise pas de binage en post-levée, une pratique pourtant jugée pertinente par le conseiller, d’un point de vue agronomique.

Récolte : fin septembre-début octobre, laissant la place à un semis de céréale d’automne. « La fibrosité des rations, assurée par l’herbe conservée dans nos zones de montagne, permet de miser sur un hachage fin du maïs en vue de favoriser l’ingestion. » Le conseiller recommande une récolte en brins fins, idéalement de 12 mm, voire moins de 10 mm avec une plante desséchée.

En l’absence d’investissement dans un nouveau silo, le fourrage est ensilé en boudin avec la Cuma pour une conservation optimale.

« Je ne jette pas un seul kilo d’ensilage », assure l’éleveur. Coût du chantier : 15 €/m. « Au total, du semis au stockage, le maïs représente une charge de 850 €/ha. » Dans ce système herbager où l’énergie est un facteur limitant, le maïs s’avère un aliment très complémentaire. Son introduction dans la ration s’est traduite par un gain de productivité de 600 litres de lait/VL et un bilan fourrager positif avec un chargement global de 1 UGB/ha. Cela est à mettre en lien avec une baisse du coût alimentaire enregistrée au contrôle de performance depuis trois ans : de 128 €/1 000 l en 2017 sans maïs, à 109 € en 2019. Ici, la ration de base se compose de 50 % de maïs et 50 % ensilage d’herbe + 2 kg de foin, des céréales autoconsommées et du tourteau, soit l’équivalent de 145 g de concentré/litre pour une production moyenne de 5 900 kg de lait.

Jérôme Pezon
Essais. Groupe d’éleveurs de Saugues, une zone plus humide très sensible au gel. Le choix de parcelles exposées au vent pour chasser l’humidité autorise une récolte estimée entre 9 et 10 tMS. © Patrice Mounier

    MS : 32,6 %

    Amidon : 23,6 %

    DT amidon : 94 %

    NDF : 380 g/kg MS

    UFL : 0,93

    UEL : 0,97

    Statistiquement, dans cette zone de montagne, le maïs est moins riche en grains, d’où une teneur en amidon ne dépassant pas 25 %. La valeur UF est néanmoins intéressante, grâce à la digestibilité du grain dans le rumen (DT amidon) et des fibres (NDF) d’une plante récoltée verte.

L’avis de…
« Je recommande des variétés d’indice 220 au maximum » L’avis de… Patrice MOunier, responsable technique Haute-Loire Conseil Élevage

« Dans des systèmes d’élevage d’altitude qui ont tendance à s’intensifier, introduire jusqu’à 50 % de maïs ensilage dans l’alimentation du troupeau contribue à l’autonomie fourragère sur la base d’un chargement de 1,2 UGB/ha maximum. On considère qu’il présente un intérêt dès lors que l’on apporte au moins 1 tMS/VL/an, sinon l’effet est nul sur la production laitière. À plus de 950 mètres, dans des sols volcaniques­ de bon potentiel, on observe un rendement moyen de 9 tMS/ha, là où la prairie temporaire dégage un maximum de 8 tMS réparties en trois coupes les très bonnes années. Avec ce niveau de rendement, le coût du maïs ensilage est de l’ordre de 80 à 85 €/tMS du semis au silo, à peine plus qu’un ensilage d’herbe, estimé à 80 €/tMS. Au-delà de 1 000 mètres, je recommande des variétés d’indice 200 à 220 au maximum, pour un chantier qui n’intervient pas avant fin septembre. Des indices­ 180 préservent d’une récolte trop tardive face au risque de gelées et laissent le temps de semer une céréale. Le choix de parcelles bien exposées est aussi un moyen de prévention, notamment l’exposition aux vents, qui a pour effet de chasser le gel. Sur le terrain, des variétés s’en sortent beaucoup mieux en conditions difficiles, mais nous manquons à ce jour d’un indice de rusticité qui pourrait être un critère de choix déterminant. Car si le maïs trouve sa place dans ces sols volcaniques, il est difficile à envisager dans les sols superficiels granitiques qui représentent deux tiers des surfaces du département. »

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