S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Inséminer sans fouille rectale grâce à l’Eye Breed

réservé aux abonnés

 - -->

IPE.Inséminer avec l’Eye Breed ne demanderait que quatre heures de formation, selon ses concepteurs. L’outil combine la technologie, connue, pour visionner le col de l’utérus et celle, novatrice, qui permettrait de passer les anneaux sans fouille rectale neuf fois sur dix.

Nul doute que la dernière innovation de la start-up Elexinn, financée par les coopératives d’IA Cecna, XR Repro et l’association d’élevage belge Awe, fera du bruit dans le Landerneau de l’insémination artificielle. Notamment celui des éleveurs IPE (insémination par l’éleveur). Encore largement minoritaires en France (92 % des 7 millions d’IA réalisées par des inséminateurs)...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
7%

Vous avez parcouru 7% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Nul doute que la dernière innovation de la start-up Elexinn, financée par les coopératives d’IA Cecna, XR Repro et l’association d’élevage belge Awe, fera du bruit dans le Landerneau de l’insémination artificielle. Notamment celui des éleveurs IPE (insémination par l’éleveur). Encore largement minoritaires en France (92 % des 7 millions d’IA réalisées par des inséminateurs) contrairement à la plupart des autres pays laitiers, ces « IPE » sont de plus en plus nombreux (+ 10 à + 15 % d’IPE/an durant ces dernières années). L’agrandissement des troupeaux et l’isolement de certaines exploitations expliquent cela. Ce n’est pas un hasard si Elexinn est née sur la zone de la Cecna, coopérative d’élevage du Centre-Nord et de l’Aube, secteur où les inséminateurs prennent parfois des airs de « chauffeurs routiers » avec, en moyenne, 35 km par IAP (deux fois plus que dans l’Ouest). Il y avait aussi, pour la Cecna, la volonté d’innover enfin sur le matériel d’IA, quasi le même depuis que l’insémination existe.

L’art de l’IA appelé à se banaliser

L’Eye Breed mis au point par Elexinn pourrait bien être l’outil qui fera que demain, les rangs de ces éleveurs IPE grossissent encore plus rapidement. Car si certains n’ont toujours pas franchi le pas, c’est aussi qu’inséminer est un geste très technique… presque un art. Au-delà de la formation, il demande beaucoup de pratique régulière pour ne pas perdre la main.

Tel qu’effectué depuis le début, dans les années cinquante, c’est avec les doigts de son bras introduit dans le rectum de la vache, que l’inséminateur « voit » ce qu’il fait. Traduisez : qu’il situe l’entrée du col de l’utérus avec le pouce, le prend dans sa main et le manipule pour faire progresser dans les anneaux du col le cathéter d’insémination qu’il tient dans l’autre main. C’est aussi au doigt qu’il sent quand le col est franchi et peut déposer la semence de la paillette.

Ce savoir-faire très spécifique est balayé par la technologie de l’Eye Breed qui a trouvé des parades aux trois difficultés d’une IA : visionner le col, l’immobiliser et franchir les anneaux. Ce qui autorise Agathe Decherf, l’une des conceptrices de l’Eye Breed, d’affirmer que « s’il faut deux mois pour former un inséminateur avec la technique traditionnelle d’IA, quatre heures suffisent avec l’Eye Breed en s’exerçant sur une dizaine de vaches pour se confronter à différentes situations ». Dans sa plaquette commerciale, la société Axce, en charge de commercialiser l’Eye Breed, va jusqu’à suggérer qu’inséminer devient un jeu d’enfant, « des opérateurs de 7 à 77 ans pouvant être formés ». Avec l’utilisation de cet outil à grande échelle, l’avenir nous dira si l’argument est ou non surfait. Les tests sur le terrain d’Elexinn semblent prouver que non.

La promesse d’inséminer neuf fois sur dix sans fouille rectale

La vision en direct du col de l’utérus s’opère comme sur l’outil AlphaVision d’IMV (voir rubrique « Nouveautés ») ou, plus récent, l’Explore IA d’Echodem via une mini-caméra avec des ampoules LED, l’ensemble alimenté par une batterie. Cette caméra est disposée et protégée dans la cupule, que l’on introduit avec le pistolet Eye Breed à l’intérieur du vagin. Mais à la différence de ces deux équipements, la transmission de l’image sur le smartphone de l’opérateur ne se réalise pas par un câble mais par wifi. Aucun fil à brancher donc qui pourrait le gêner dans ses gestes. L’Eye Breed permet aussi, via son appli, de déclarer directement les IA ou d’enregistrer les séquences vidéo.

Mais la véritable innovation de l’Eye Breed réside dans la solution trouvée pour immobiliser le col de l’utérus et franchir plus facilement les anneaux au cathéter d’IA. Avec, à la clé, la promesse de s’abstenir dans 90 % des cas, d’une fouille rectale de la vache à inséminer. Cet acte pourrait d’ailleurs devenir, à terme, un vrai souci aux yeux de l’opinion publique en matière de bien-être animal. Elle est déjà la cible de critiques de certaines associations de défense animale.

Immobilisation du col de l’utérus par succion

Pour ce faire, le col visionné par la caméra est positionné en face de la cupule, puis aspiré par succion. Elle s’opère grâce à une petite pompe à vide positionnée à la ceinture de l’opérateur. Cette pompe sur batterie fonctionne en continu, de façon à rétablir immédiatement le vide si l’animal ou l’opérateur bouge, occasionnant une prise d’air au niveau de la cupule ventouse. Si d’aventure, du mucus ou des glaires sont aspirés, un flacon est relié au tuyau d’aspiration pour les récupérer. Il pourrait d’ailleurs y avoir là, à l’avenir, une fonction connexe de l’Eye Breed pour d’éventuelles analyses après prélèvement de liquide vaginal. Ainsi immobilisé au niveau du premier anneau (appelé « fleur épanouie »), le col suit les mouvements circulaires du pistolet d’IA manipulé depuis l’extérieur pour s’aligner sur le deuxième anneau, tout en faisant progresser le cathéter d’IA. L’opérateur sent au doigt qui pousse le cathéter si ce dernier bute sur la texture cartilagineuse « dure » du col ou s’il a plus de liberté et se trouve donc dans l’alignement des anneaux. Il procède de même pour passer le troisième anneau. « Quand ce dernier est franchi, on sent nettement la liberté de mouvement du cathéter », explique Clément Gouby, responsable de la formation Eye Breed pour Elexinn. Grâce à la graduation sur le cathéter, reste pour l’opérateur à se positionner à un centimètre de la sortie du troisième anneau pour déposer la semence.

« Sur des vaches bien en chaleur où le col est bien ouvert et les anneaux bien alignés, il est aussi possible, avec un outil comme l’AlphaVision, de se passer de la fouille rectale », précise Olivier Vuillet, formateur IPE indépendant, impatient de tester la facilité d’utilisation de l’Eye Breed. Précision d’Agathe Decherf : « Pour ne pas risquer de blesser la corne utérine en allant trop loin, l’embout de la gaine du cathéter est arrondi, à la différence d’un cathéter classique d’IA, comme pour une transplantation embryonnaire. »

Sur le plan sanitaire, une chemise enveloppe le pistolet pour chaque IA. L’ensemble cupule ventouse-tuyau d’aspiration (jusqu’au flaçon sous le pistolet) qui est soudé, se nettoie à l’eau chaude et l’alcool. Il est conseillé de changer de cupule entre chaque vache et de bien la nettoyer, le problème pouvant être, dans la durée, la salissure de la zone de vision de la caméra. « Un éleveur soigneux peut réaliser une centaine d’IA avec chaque cupule », avance Agathe Decherf.

Proposé en location vu son prix de 2 500 €

Vu les 2 500 € du kit complet (un pistolet, une pompe, cinq cupules ventouse-tuyau d’aspiration, un porte-smartphone et deux cathéters d’IA) l’Eye Breed sera proposé en location, plutôt qu’à la vente. S’y ajouteront les consommables (chemises sanitaires, cupules, gaine, gel…) pour un coût d’environ 5 €/VL/an, selon Elexinn.

« Si nous lançons l’Eye Breed, c’est que nous sommes sûrs, après sept ans de recherche, que dans 90 % des situations, on franchit le col de l’utérus », observe Elexinn. Un test, réalisé l’hiver 2017-2018 sur 260 animaux lait et viande, répartis en deux lots synchronisés et inséminés par le même professionnel, a montré des taux de gestation identiques entre le lot inséminé classiquement (52,4 %) et celui avec l’Eye Breed (53,3 %). Depuis décembre 2018, l’outil serait utilisé avec succès dans quinze fermes, chez des éleveurs qui ne faisaient pas d’IPE ou ne maîtrisaient pas très bien le geste. Ils n’ont reçu qu’une formation de quatre heures sur une dizaine de vaches. Leurs résultats (voir infographie) montrent des performances tout à fait satisfaisantes comparées aux IA classiques .

Jean-Michel Vocoret
Innovation. Visionner le col de l’utérus lors d’une IA n’est pas la véritable innovation de l’Eye Breed. Elle est dans la solution trouvée pour immobiliser le col et franchir facilement les anneaux, d’après ses concepteurs. © J.-M.V.
l’avis de…
« Inséminer devient vraiment un jeu d’enfant, je prévois d’initier mon fils de 13 ans » l’avis de… GAËLLE VAN’T KLOOSTEr, EARL d’Uzes (Aube), 90 prim’holsteins en IPE

Gaëlle Van’t Klooster fait partie de la quinzaine d’éleveurs utilisant l’Eye Breed depuis l’hiver dernier. Installée officiellement en janvier 2018 sur l’exploitation familiale, Gaëlle a suivi en matière de reproduction du troupeau l’exemple de son père, adepte depuis de nombreuses années de l’IPE. Mais pas vraiment avec le succès escompté. « J’étais obligée de lui demander un coup de main pour inséminer. L’utilisation de l’Eye Breed a tout changé. Et pourtant, ma formation a été très rapide. Un peu trop même. Une heure seulement sur cinq vaches. » Le manque de temps explique cela sur cette exploitation de 122 ha de SAU et 90 laitières pour 1 UTH. Une salariée à mi-temps vient seulement d’être embauchée pour la traite. « Pour autant, les premiers résultats obtenus avec l’Eye Breed sont très satisfaisants. Je suis en moyenne à 55,5 % de gestation, résultat qu’obtenait mon père. Je l’utilise à deux fins : inséminer bien sûr, mais aussi pour confirmer que certaines vaches sont bien en chaleur. Inséminer devient vraiment un jeu d’enfant. D’ailleurs, je prévois d’initier mon jeune fils de 13 ans, Guillian, à son utilisation. »

Et d’ajouter un point essentiel à ses yeux : « Ne plus avoir à procéder par fouille rectale est un vrai plus en matière d’image pour le bien-être animal. Les vaches sont moins traumatisées qu’avec une IA classique. »

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Sélection bovine des taureaux et des hommes

45€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Maladies parasitaires du mouton 4ème edition

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER