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Les tarifs français interpellent

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Notre enquête chez des éleveurs européens illustre ce que l’on soupçonnait déjà : la génétique semble coûter plus cher en France qu’ailleurs. Nous avons posé la question à Gènes Diffusion et Évolution.

Malgré la concurrence existant en France sur le marché de la génétique holstein, il semble que les éleveurs ne bénéficient pas de prix compétitifs. Pour le vérifier, nous avons interrogé six éleveurs européens. Ils nous ont donné leurs coûts, poste par poste.
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Malgré la concurrence existant en France sur le marché de la génétique holstein, il semble que les éleveurs ne bénéficient pas de prix compétitifs. Pour le vérifier, nous avons interrogé six éleveurs européens. Ils nous ont donné leurs coûts, poste par poste.

En ce qui concerne la mise en place, le montant est difficile à évaluer car elle est très souvent réalisée par les éleveurs ou leurs salariés en Europe du Nord. C’est beaucoup moins vrai en France. Cependant, certains éleveurs donnent des chiffres. CRV (Pays-Bas) facture 9,1€ pour le déplacement puis 5,1 € par acte. En Irlande, le prix se situe entre 26 € et 30 € par insémination, paillette incluse, avec un retour gratuit. Ce tarif est dégressif en fonction du nombre. Chez Isabelle Dubois, dans le Nord, la mise en place est facturée 23,5 € avec quatre retours gratuits sur la zone de Gènes Diffusion.

Les prix des paillettes font le grand écart

De même, ces éleveurs font peu appel à des services extérieurs pour gérer les accouplements. Notre Hollandais paie l’entreprise de sélection pour obtenir ces conseils : un forfait de 36 € pour le troupeau, plus 1,32 €/vache. Nos deux Français se basent sur les préconisations de Prim’holstein France. Un outil en ligne permet de gérer les accouplements en fonction de ses priorités et de la consanguinité. Il est gratuit pour les adhérents. « Je ne délègue jamais ce travail », affirme Isabelle Dubois.

Mais ce sont, bien sûr, les paillettes qui pèsent le plus lourd dans le coût de la génétique. Et là, les prix font le grand écart. Précisons que les éleveurs qui ont répondu sont des producteurs de lait classiques et non des sélectionneurs. Ils choisissent des taureaux pour produire du lait et améliorer leur troupeau. Il s’agit donc de bons taureaux de service, rarement des stars des catalogues. Mais pas non plus les moins bons.

La taille des troupeaux influe sur le prix des doses puisque tous nos éleveurs étrangers soulignent que les tarifs baissent avec la quantité. Ainsi, l’élevage Dyson (Angleterre) possède 470 vaches. Il achète ses doses avec des éleveurs voisins pour en commander au moins 1000 à la fois et bénéficier de tarifs plus avantageux. Ils paient en moyenne 13,8 € la paillette holstein en conventionnel (9 € en race blanc bleu).

En Irlande, il est possible de descendre à un prix moyen de 10 à 12€ par paillette, à condition de commander en grande quantité et de stocker à la ferme, ce que font environ 8 000 éleveurs.

Aux Pays-Bas, CRV accorde une ristourne de 10 % à partir de 50 doses, 25 % au-delà de 200 doses. Les jeunes taureaux holsteins sont à 9,5 €. En Allemagne, le prix annoncé de 20 € tient compte d’une réduction liée à la quantité, qui va de 10 à 40 % selon les fournisseurs.

Acheter de grosses quantités réduit la facture

Chez nos voisins, le prix des doses dépend donc largement du volume d’achats. On constate que nos deux éleveurs français paient plus cher qu’eux. Et pourtant, tous les deux sont vigilants sur les prix. Isabelle Dubois explique : « Je fixe un plafond à 25 € par paillette en moyenne. À ce prix, les taureaux étrangers sont de meilleur niveau que ceux de Gènes Diffusion. Et puis ces taureaux restent plus longtemps dans les catalogues, ce qui me rassure quant à leur fiabilité. » Elle précise aussi que chacun a sa politique pour encourager le volume : des réductions chez Bovec, des doses gratuites chez Semex et des bons d’achat sur d’autres produits chez GD.

De son côté, Stéphane Bourhis considère que les taureaux d’Évolution sont plutôt moins chers que les étrangers. « J’achète une centaine de doses d’un coup une ou deux fois par an. Je mets les fournisseurs en concurrence et j’épluche les différentes propositions. Cela permet clairement de réduire la facture. » Il précise aussi que s’il achète des taureaux importés, c’est d’abord pour diversifier les origines et éviter la consanguinité.

En ce qui concerne le génotypage, il n’est pas pratiqué par tous nos éleveurs. En Irlande, Tom Dunne annonce un prix de l’ordre de 20 €, dégressif en fonction du volume. Le néerlandais CRV facture 24 €. Il en coûte 50 € par femelle à Renke Ackermann, 30 € s’il fait génotyper toutes ses femelles et s’il achète toutes les doses à sa coopérative. Le génotypage des mâles est gratuit s’ils ont un intérêt pour l’insémination. Soulignons au passage qu’en France, le génotypage des mâles n’est pas possible ! Selon Allice, la fédération des entreprises de sélection française, le génotypage est facturé entre 30 et 50 €.

Des tarifications complexes

En fin de compte, les deux entreprises françaises sortent donc assez mal classées, dans notre enquête, par rapport à leurs concurrents en matière de coût. Bien sûr, il s’agit de cas particuliers. Mais Gènes Diffusion n’a pas répondu à notre demande de communication de ses tarifs, préférant nous renvoyer vers Allice. « Gènes Diffusion fournit les doses aux coopératives. Chacune définit ensuite sa politique de tarification », explique Ludovic Miltgen, responsable de la communication.

Évolution a joué le jeu de la transparence. « Nos tarifs sont affichés dans le catalogue, précise le directeur, Yann Lecointre. Ils sont dégressifs en fonction du nombre d’actes. » Il ajoute que diverses offres contractuelles sont proposées ; 70 % des éleveurs optent pour ce type de forfaits combinant doses et services. « À titre indicatif, pour un troupeau de 100 vaches engagé dans un contrat de type Horizon, le forfait à la vache pleine, incluant la mise en place, les paillettes, l’échographie et les déplacements revient à 68 €. »

Allice nous a transmis quelques chiffres, avec beaucoup de précautions. « Il s’agit de moyennes sur plus de trois millions d’IA, nuance Cécile Quetglas, responsable de la communication. Elles ne reflètent pas forcément le cas individuel de chaque éleveur : volumes, engagement dans les schémas, zone géographique, forfait allant de la simple mise en place à un accompagnement global de suivi de la reproduction, etc. Tout cela influence le tarif. » Selon elle, le coût moyen de la mise en place est à 14 €, déplacement inclus. Le prix des doses en holstein oscille entre un prix moyen autour de 10 € pour les entrées de gamme et 30 € pour les taureaux les plus demandés. Il faut compter environ 10 € de plus pour des doses sexées. Des chiffres proches de ceux de notre enquête.

Le prix des doses noyé dans celui des services

Ainsi, des éleveurs français, qui pourtant adhèrent au même schéma de sélection, peuvent payer des prix différents pour un même taureau. On se demande dans quelle mesure le prix de la paillette elle-même pèse dans ce qui est facturé. Car nombre d’éleveurs français achètent des services en même temps que les doses. Les étrangers identifient mieux les prix des paillettes et font moins appel à l’extérieur pour gérer la sélection de leurs troupeaux.

Les tendances révélées par notre enquête rejoignent celles qu’a récemment publiées l’Institut de l’élevage. Elles s’appuyaient sur une étude de l’IFCN (International Farm Comparison Network) qui a analysé les chiffres 2017 de cas types dans différents pays européens. Là encore, il ne s’agit pas de moyenne statistique, mais d’une évaluation des charges supportées par les éleveurs, poste par poste. Il s’avère que la génétique pèse plus lourd dans les comptes français qu’ailleurs. L’écart s’élève à 12 à 15 €/1 000 l. Mais les différences entre élevages français sont encore plus élevées, de l’ordre de 25 €. Il existe bien une présomption de surcoût au détriment des éleveurs français. Les entreprises le contestent et ne donnent donc pas d’explication. On peut avancer que la concurrence à laquelle se livrent les deux leaders français a un coût, forcément payé au final par les éleveurs. Quoi qu’il en soit, ces derniers ont tout intérêt à négocier pour alléger la facture. Faire appel à plusieurs fournisseurs pour les mettre en concurrence, cela est possible aussi en France. Acheter à plusieurs ouvre une autre piste. Car même si la génétique ne constitue pas un poste majeur du coût de production, il s’agit d’une charge qui doit être maîtrisée et cohérente avec le bénéfice technique que l’élevage en retire.

Pascale Le Cann
Rentabilité. Si la génétique n’est pas le premier poste du coût de production, elle doit, comme toutes les autres charges, être cohérente avec le bénéfice technique et économique qu’en retire l’éleveur. © Claudius THIRIET
« Nos offres sont multiples, ce qui complique les comparaisons  »

« Nous n’avons rien à cacher mais il est extrêmement difficile de comparer ces coûts. L’offre est multiple, aussi bien sur le plan des taureaux que des services­. Tout dépend de ce que les éleveurs achètent. Les frais de déplacement, par exemple, ne sont pas comparables entre les zones d’élevage denses et celles où les éleveurs sont moins nombreux. La concurrence­ est très vive en France. Je pense qu’elle a un impact sur les prix. Et je ne crois pas que notre génétique soit plus chère que celle des autres. Les importateurs aussi proposent des gammes diverses. Avec des taureaux phares souvent très chers, et d’autres, dits « de dégagement », qui peuvent être bradés. Cela fait une moyenne peut-être basse mais qui n’a pas vraiment de sens. »

« Nous sommes transparents sur les prix, 70 % des éleveurs optent pour une offre globale  »

« Évolution SAS produit la génétique et la cède ensuite aux coopératives au coût du schéma, qui est donc le même pour tous nos partenaires. Ensuite, chaque­ coopérative définit sa stratégie de vente. Le prix des doses s’intègre le plus souvent à une offre plus globale. Mais ces tarifs figurent sur le catalogue. Il n’y a aucune opacité. Ils sont dégressifs en fonction de la taille du cheptel et du niveau d’engagement de l’éleveur. Les frais de déplacement sont mutualisés et donc identiques dans les 24 départements où nous intervenons. 70 % des éleveurs optent pour un contrat de services incluant les doses avec des retours gratuits, mais aussi des conseils en accouplement ou des échographies. Nous avons une offre spécifique­ pour les éleveurs inséminateurs. Je ne crois pas que nos taureaux coûtent plus cher que ceux des concurrents. »

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