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Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). © PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Les trois principaux syndicats engagés ont une approche très voisine du rôle que doit jouer le marché mondial pour la filière laitière française.

En 2013, plus d’un agriculteur sur deux s’est exprimé aux élections des chambres d’agriculture. Les syndicats en lice espèrent a minima garder ce niveau de mobilisation. Selon les régions, les producteurs étaient plus ou moins présents en novembre et décembre aux blocages des Gilets jaunes (La France Agricole n° 3 775). Leur participation aux élections reflètera-t-elle la défiance envers les instances...
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En 2013, plus d’un agriculteur sur deux s’est exprimé aux élections des chambres d’agriculture. Les syndicats en lice espèrent a minima garder ce niveau de mobilisation. Selon les régions, les producteurs étaient plus ou moins présents en novembre et décembre aux blocages des Gilets jaunes (La France Agricole n° 3 775). Leur participation aux élections reflètera-t-elle la défiance envers les instances politiques que le mouvement révèle ? Réponse le 31 janvier à la clôture des votes. Autre signal qui sera envoyé : la volonté ou non de maintenir les FNSEA-JA majoritaires. Leur liste commune a obtenu 53,39 % des suffrages en 2013, la Coordination rurale 20,49 % et la Confédération paysanne 18,54 %.

D’accord pour un marché mondial, mais rémunérateur

Pour le secteur laitier, les trois syndicats sont aujourd’hui d’accord sur un point : l’intérêt d’exporter en dehors de l’Europe mais à condition que ces marchés soient rémunérateurs. Pas question pour eux de laisser filer les volumes. Tous trois soutiennent et encouragent le regroupement des producteurs en OP pour les gérer avec les industriels. Chacun selon leur sensibilité, ils réaffirment aussi le rôle de formation et de conseil des chambres d’agriculture pour accompagner le renouvellement des générations et répondre aux attentes sociétales. En revanche, ils n’évoquent pas ou peu leur positionnement par rapport aux autres organismes de conseil, en concurrence directe avec elles.

C. Hue, P. Le Cann et J.-M. Vocoret
Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. © PhotoPQR/Ouest France/MAXPPP
Doubs : tous derrière l’AOP comté, mais avec des nuances

Les syndicats en lice admettent plus ou moins aisément que les enjeux environnementaux et climatiques pourraient imposer des adaptations radicales dans certaines exploitations. Même constat sur le terrain de la révision du cahier des charges de l’AOP comté : pour tous, elle va dans le bon sens, pour certains, pas assez loin pour être cohérente avec un vrai produit de terroir.

Au regard des enjeux environnementaux (pollution du Dessoubre et de la Loue), des effets attendus du réchauffement climatique et des efforts à consentir pour les gaz à effet de serre, n’y a-t-il pas trop d’UGB lait sur le massif du Jura(1) ?

Philippe Monnet, FDSEA-JA (67,02 % en 2013) : « Replaçons les choses dans leur contexte. Le niveau de nitrates dans ces deux rivières reste faible. Aucune de ces deux vallées n’est classée en zone vulnérable. Faire le lien entre le nombre d’UGB et la pollution est un raccourci aisé, surtout avec nos systèmes extensifs. Si les effectifs de vaches laitières ont augmenté depuis dix ans, d’autres espèces ont connu de fortes baisses (porcs, vaches allaitantes). La hausse des capacités de stockage des effluents d’élevage a permis des pratiques d’épandage plus vertueuses (impossibilité d’épandre du lisier sur la neige ou sur un sol gorgé d’eau)… Je ne sais pas s’il y a trop de vaches et de génisses. En revanche, avec les enjeux devant nous, les exploitations qui ne sont pas autonomes devront le devenir. Les audits environnement que nous proposons accompagneront ceux qui sont en surchauffe à se recaler. »

Jean-Michel Bessot, Confédération paysanne (15,71 % en 2013) : « Les situations sont très diverses au regard des enjeux évoqués. Certaines exploitations n’auront aucun souci. D’autres devront se remettre en question. L’année 2018 a été révélatrice de la fragilité de ceux qui confondent droit à produire et productivité permise par leur potentiel d’exploitation. Il faut accepter, dans un modèle terroir, les bonnes et mauvaises années fourragères et s’adapter. Oui, certains ont un chargement excessif. »

Daniel Pépiot, Coordination rurale (17,27 % en 2013) : « Ce qui pose problème sur nos sous-sols karstiques n’est pas tant le nombre d’UGB que la nature des effluents épandus. Le modèle lisier trop souvent préféré au fumier pose vraiment des soucis. »

Cinquante ares pâturables par vache, affouragement en vert limité, 8 500 kg/VL au maximum, plafond à 1,2 Ml/exploitation : la révision du cahier des charges du comté va-t-elle assez ou trop loin ?

P.M. : « Ces mesures sont un tout qui va dans le sens que nous défendons pour conforter la qualité de nos produits, et répondre à l’attente des consommateurs : des systèmes de production à dominante pâturage, où l’on conserve une dimension artisanale et un lien fort avec notre terroir. »

J.-M.B. : « On regrette l’autorisation du maïs en vert. Une vache cohérente avec une filière comté de terroir, c’est une bête qui tourne autour de 6 500 kg… Au 1,2 Ml/ferme, on aurait préféré 800 000 l, seuil déjà énorme. On plaide pour un plafond à 40 VL/UTH. »

D.P. : « Ajouter de la réglementation à la réglementation n’est pas notre tasse de thé. Mais pour l’AOP comté, cela aura le mérite d’éviter des dérives comme on en a vu sur la pratique de l’affouragement en vert. »

J.-M.V.

(1) De 2006 à 2016, l’effectif de vaches laitières a crû de 13,4 % dans le Doubs et 8,7 % dans le Jura (source : Agreste, statistiques agricoles annuelles).

Finistère : relancer le dynamisme en travaillant la rentabilité

Les trois candidats s’entendent sur le constat : la rentabilité du lait est insuffisante et cela pèse sur le moral dans un département qui a tout pour faire du lait. Les solutions proposées divergent entre l’amélioration des coûts de production, l’obligation de résultats pour tous les partenaires ou la gestion des volumes.

Le Finistère bénéficie de forts atouts pour produire du lait et pourtant l’ambiance est souvent morose dans les fermes. Comment redynamiser ?

André Sergent, FDSEA-JA (50,74 % en 2013) : « Le revenu est trop bas depuis dix ans. Il a trois composantes : le prix, le volume et le coût de production. C’est sur ce dernier point que la chambre peut aider. Avec les stations expérimentales, nous pouvons proposer un panel de solutions. Aujourd’hui, la chambre anime quinze groupes d’éleveurs sur des thèmes qu’ils ont choisis. Ils dégagent 60 €/1 000 l d’EBE de plus que la moyenne. Preuve que le partage d’expérience est payant. La chambre alerte aussi les JA sur la course au volume. Car c’est avec des projets manquant de cohérence que l’humain trinque. »

Véronique Le Floc’h, Coordination rurale (27,89 % en 2013) : « Le manque de rentabilité est crucial à la production alors les industriels augmentent leur marge brute. Je souhaite donc effectuer un audit de la filière pour savoir où va l’argent. Par ailleurs, tous les intervenants auprès des éleveurs doivent avoir une obligation de résultats. Aujourd’hui, si un bâtiment est mal conçu, par exemple, c’est l’éleveur qui paie la casse. La chambre doit se doter d’un outil à la disposition des agriculteurs pour faire remonter ces erreurs et mettre chacun face à ses responsabilités. Enfin, la formation est à revoir. Elle ne prépare pas assez les futurs agriculteurs aux situations de crise qu’ils auront à affronter. »

Benoît Collorec, Confédération paysanne (21,37 % en 2013) : « On est partis dans une course aux volumes, le travail augmente mais pas les revenus. Supprimer l’esclavage des paysans est le meilleur moyen de dynamiser la production avec des prix et une politique volontariste­. Toutes les fermes pourraient embaucher si la rentabilité était au rendez-vous.

La gestion des volumes ne coûte rien à la société. La chambre joue un rôle politique. Elle peut appuyer un schéma structurel favorisant les installations au détriment des agrandissements. Le Finistère a intérêt à maintenir son volume de livraisons, mais il n’y parviendra pas sans changer de logique. »

Les élevages s’agrandissent : comment la chambre peut-elle les accompagner pour qu’ils soient en phase avec leurs attentes et celles de la société ?

A.S. : « La chambre doit éclairer sur ces attentes et donner des pistes. À chacun de choisir sa voie. Mais si on segmente plus, on augmente les coûts.

Qui va payer ? Entre la mobilisation­ des États généraux de l’alimentation il y a un an et le mouvement des Gilets jaunes aujourd’hui, la question est clairement­ posée. »

V.L.F. : « La chambre d’agriculture a produit beaucoup d’études mais à quoi servent-elles ? On connaît les évolutions. Elle doit faire en sorte que chacun gagne sa vie avec le système qu’il a choisi. Cet accompagnement technique et économique doit reposer sur des formations continues de haut niveau. Les agriculteurs sont des chefs d’entreprise. »

B.C. : « Nous devons écouter les demandes sociétales pour ne pas tomber dans le même piège que les éleveurs de poules en cage. C’est une chance pour nous que les consommateurs demandent un mode de production équitable. Il aurait fallu amorcer la transition écologique il y a vingt ans. La chambre d’agriculture a des compétences et des moyens pour soutenir l’évolution technique des producteurs. Il faut réussir cette mutation : sinon, les produits viendront d’ailleurs. »

P.L.C.

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