S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Des leviers pour baisser sa consommation de GNR

réservé aux abonnés

 - -->
Le passage au banc est une étape quasi obligatoire pour connaître les performances énergétiques de son tracteur. © D.L.

Économies. Bien que les tarifs pétroliers soient actuellement orientés à la baisse, le poste carburant reste une charge importante. Pour la réduire, plusieurs pistes existent.

«Pour des questions économiques et écologiques, les éleveurs ont tout intérêt à baisser l’utilisation de carburant sur leur exploitation, annonce Didier Debroize, de la chambre d’agriculture de Bretagne. En mesurant les consommations de différents­ tracteurs sur de longues durées, nous avons identifié plusieurs leviers permettant de consommer moins de GNR. Certains n’affectent pas les performances. Mais dans...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
6%

Vous avez parcouru 6% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

«Pour des questions économiques et écologiques, les éleveurs ont tout intérêt à baisser l’utilisation de carburant sur leur exploitation, annonce Didier Debroize, de la chambre d’agriculture de Bretagne. En mesurant les consommations de différents­ tracteurs sur de longues durées, nous avons identifié plusieurs leviers permettant de consommer moins de GNR. Certains n’affectent pas les performances. Mais dans d’autres situations, cette économie nécessite un investissement financier ou une modification de pratiques. C’est alors à l’agriculteur de décider si le gain obtenu sur la consommation est intéressant. »

Le passage au banc mesure les performances énergétiques

Test souvent très intéressant, le passage du tracteur au banc s’effectue via les fédérations de Cuma, les chambres d’agriculture ou d’autres organismes régionaux. Des concessionnaires ainsi que des opérateurs privés sont également équipés pour réaliser cette prestation. La mesure s’effectue en connectant la prise de force du tracteur à un frein dynamométrique. L’opérateur choisit un régime moteur puis freine progressivement le banc jusqu’à atteindre la puissance maximale fournie par le moteur.

L’infographie est un exemple de résultats obtenus, avec notamment la courbe enveloppe qui matérialise cette puissance maximale. Sur ce tracé, le tracteur atteint son optimum, matérialisé par un point vert, à 101 ch, entre 1 800 et 2 000 tr/min. Ce test est ici accompagné d’une mesure de la consommation spécifique, représentée par la courbe rouge, qui indique la quantité de carburant consom­mée par unité de puissance (en g/kWh). Dans ce même exemple, c’est entre 1 600 et 2 000 tr/min que le tracteur utilise le moins de GNR. Une première indication intéressante pour adopter une conduite économique, mais il est possible d’aller encore plus loin. En effet, la courbe rouge n’est valable que lorsque le moteur est à sa puissance maximale. Le banc d’essai peut servir à mesurer la consommation spécifique pour des puissances intermédiaires.

C’est l’exemple de l’infographie n° : sur le graphique de gauche, chaque point correspond à un relevé de consommation. Intéressons-nous, par exemple, aux points notés A, B et C, tous pris aux environs de 50 ch pour des régimes moteurs respectifs de 1 200, 1 600 et 2 000 tr/min.

Les consommations mesurées sont de 248, 275 et 299 g/kWh. À partir d’un grand nombre de relevés, il est possible d’établir le graphique de droite reliant puissance, régime moteur et performance énergétique. Cette cartographie matérialise, par des couleurs, les plages où le tracteur consomme le moins (en vert) et celles où il utilise davantage de carburant (zones jaune, orange et rouge). En observant les points A, B et C, il est manifestement plus intéressant de travailler à 1 200 qu’à 2 000 tr/min pour un chantier ne nécessitant que 50 ch environ.

Autre constat : la consommation spécifique diminue quand la puissance augmente. Quand le moteur est peu sollicité, une part importante du GNR utilisé sert à alimenter les besoins internes (refroidissement, alternateur, hydraulique…). Quand le tracteur fonctionne au maximum de sa puissance, cette consommation de base existe toujours, mais sa part est moindre comparée au travail de traction ou aux besoins de la prise de force. Le fonctionnement interne du moteur est également meilleur. Chaque gramme de GNR consommé est donc plus efficace quand on se rapproche de la puissance maximale. Toutefois, les cartographies de performances énergétiques varient d’un tracteur à un autre.

L’infographie n° compare ainsi deux modèles différents notés A et B. Pour un usage intensif à 1 900 tr/min et 140 ch (points notés A1 et B1), le tracteur B consomme environ 250 g/kWh, alors que A se situe à 275 g, soit 10 % de plus. Pour un usage où les moteurs sont moins sollicités, comme les points A2 et B2 (1 400 tr/min et 80 ch), l’écart se creuse puisque B reste dans une plage de consommation inférieure à 250 g/kWh alors que A atteint environ 325 g/kWh. En clair, le tracteur B possède une plage d’utilisation économique plus étendue que le tracteur A. « Auparavant, beaucoup de constructeurs passaient leurs nouveaux tracteurs aux tests OCDE qui sont publics, ce qui donnait accès à ces données de performances énergétiques très intéressantes, souligne Didier Debroize. Mais ces dernières années, les publications se font de plus en plus rares. C’est dommage, car pour l’acheteur, c’est une source précieuse d’information. »

Adopter une conduite économique

Selon les usages, un chauffeur qui surveille son régime moteur peut assez facilement économiser entre 2 et 10 % de carburant. Se référer à la consommation instantanée quand elle s’affiche au tableau de bord est déjà un premier pas. « Adopter une conduite économique, c’est sélectionner le rapport de vitesses le plus élevé pour travailler au régime moteur le plus bas, souligne Éric Canteneur, de l’Union des Cuma de Vendée. Dans le cas d’un valet de ferme, ce n’est pas évident, car les tâches sont fractionnées et irrégulières. Je conseille alors de regrouper ses activités au maximum sur une même période, plutôt que d’utiliser le tracteur par petites séquences à différents moments de la journée. En effet, le moteur, la transmission et le circuit hydraulique ont un meilleur rendement à chaud, soit après une quinzaine de minutes de fonctionnement. Pour autant, il n’est pas utile de laisser tourner le tracteur à vide avant de commencer à travailler. »

Pour les déplacements sur route, le conseiller recommande également de choisir un rapport de transmission élevé, et surtout d’anticiper les changements en regardant loin devant soi. Il faut éviter de freiner au dernier moment et ne pas attendre que le moteur descende en dessous du régime de couple maximum dans la côte pour rétrograder. Dans les champs, la règle est la même, sachant que pour les travaux à la prise de force, l’outil dicte le régime de travail.

Choisir le bon tracteur et le bon outil

Du côté des constructeurs, la consommation fait justement partie des arguments de vente qu’ils relient souvent à la mise aux normes des moteurs (Tier 5). En cas de comparaison entre marques, attention à bien se renseigner sur les coûts indirects, comme l’utilisation d’AdBlue, ou sur d’éventuelles contraintes supplémentaires liées, par exemple, à l’entretien. Selon les modèles de tracteur et les options, il existe des modes dits « économiques », ou des automatismes pour gérer au mieux le régime moteur. Conduire de manière économique est aussi plus simple si le tracteur dispose d’une boîte de vitesses bien étagée ou, mieux encore, d’une transmission à variation continue. Certains équipements sont également à prendre en compte. Ainsi, sur un tracteur dont le circuit hydraulique sera souvent sollicité (chargeur frontal, entraînement de la turbine du semoir à maïs…), opter pour une pompe de type load-sensing est vivement recommandé. En effet, sur ce type de circuit dit « fermé », le débit s’adapte en permanence à la demande. Sur le long terme, la consommation de carburant est donc inférieure à celle d’un tracteur en circuit « ouvert » où la pompe hydraulique fonctionne toujours à son régime maximal. Choisir une prise de force « économique » (540 ou 1 000 tr/min éco) est également intéressant pour des usages mobilisant peu de puissance, comme un andaineur ou un épandeur d’engrais.

Lors d’un renouvellement, l’éleveur investit souvent dans un tracteur plus gros que le précédent, sans forcément pouvoir faire évoluer la même année les outils qui y seront attelés. Mais avec un outil sous-dimensionné, la consommation à l’heure peut vite s’envoler, car, comme établi précédemment, un tracteur qui ne fonctionne pas à sa puissance maximale a généralement un mauvais rendement. L’utilisation de matériels partagés via une Cuma ou une location sont de bons moyens d’élargir les combinaisons et donc de trouver de meilleures adéquations entre tracteurs et outils. Et quand ce n’est pas possible, le recours à un prestataire peut se révéler judicieux.

Adapter pression et lestage

Un tracteur lourd ou trop lesté a souvent tendance à surconsommer, l’agriculteur ne prenant pas forcément le temps d’enlever les masses quand il change d’outils. D’où l’intérêt d’un système de lestage facile à poser et déposer pour éviter de déplacer du poids inutilement. « Aux champs, la pression des pneus est le principal critère de performances en traction, rappelle Éric Canteneur. À moins de disposer d’un télégonflage, je recommande d’abaisser la pression des pneus à l’optimum, quitte ensuite à devoir rouler un peu moins vite lors des déplacements sur route. En traction, il est important également de bloquer le pont avant et le différentiel, d’utiliser correctement le contrôle d’effort et de bien régler ses outils. Et si l’exploitant ne maîtrise pas toutes ces notions, il ne doit pas hésiter à suivre une formation. » Le retour sur investissement peut se faire parfois en une seule saison.

Denis Lehé
Choix du mode d’alimentation, éloignement et forme des parcelles, dimensionnement du matériel, mode de conduite… De nombreux critères influent sur la consommation de GNR. © D. L.
De grosses disparités entre des exploitations équivalentes

« Quand nous réalisons des analyses de groupes, nous constatons parfois que, pour des structures équivalentes, le temps de traction nécessaire à nourrir le troupeau varie de 1 à 4, fait remarquer Christian Savary, de la direction innovation, recherche et développement à la chambre­ d’agriculture de Normandie. Cela se traduit par des temps d’utilisation du matériel et des niveaux de consommations très différents­ : de 2,5 à plus de 10 l/jour pour 100 UGB. Plusieurs facteurs sont déterminants : l’éloignement des lieux de stockage et des bâtiments hébergeant les animaux, le type de ration, avec mélange ou non, le volume de la machine qui définit le nombre­ de fois qu’il faudra­ la remplir… Tout cela joue sur le coût annuel en carburant, mais aussi sur les charges de mécanisation dans leur ensemble. »

Cette hétérogénéité de consommation entre des fermes ayant des SAU et des troupeaux équivalents­ s’explique aussi par d’autres critères : accès aux prairies ou conduite en zéro pâturage, semis direct ou recours au labour…

Le parcellaire est également un facteur déterminant. Dans des champs de petite taille ou de forme biscornue, le temps nécessaire aux manœuvres est proportionnellement plus élevé que dans une grande parcelle. Cela se traduit par une hausse de la consommation globale. L’agrandissement des exploitations s’accompagne­ parfois de la reprise de terres éloignées qui oblige aussi l’éleveur à passer­ plus de temps sur la route.

« D’où l’intérêt de pratiquer des échanges pour rapprocher ses parcelles du siège de l’exploitation, ajoute Christian­ Savary. Ces critères sont liés à l’historique de l’exploitation et ils ne peuvent être modulés que sur le long terme. Mais l’éleveur doit aussi intégrer la consommation de carburant et les charges de mécanisation dans ses choix d’orientation et d’organisation. »

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Sélection bovine des taureaux et des hommes

45€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Maladies parasitaires du mouton 4ème edition

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER