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L’ultrafrais en première ligne

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Avec ou sans accord commercial, le Royaume-Uni sera un pays tiers en 2021. Les contrôles aux frontières perturberont les flux de marchandises. © AFP

En l’absence d’accord commercial entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, 2021 s’annonce chahutée. Un nouvel équilibre est attendu à moyen terme.

Brandi comme l’assurance d’un chaos dévastateur, le départ du Royaume-Uni sans accord avec l’Union européenne semble aujourd’hui probable. Mais que va-t-il vraiment se passer ? Le Royaume-Uni est officiellement sorti de l’UE le 31 janvier 2020. Au 1er février a démarré une période de transition qui doit s’achever le 31 décembre 2020. Durant ces onze mois, les Britanniques appliquent le...
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Brandi comme l’assurance d’un chaos dévastateur, le départ du Royaume-Uni sans accord avec l’Union européenne semble aujourd’hui probable. Mais que va-t-il vraiment se passer ? Le Royaume-Uni est officiellement sorti de l’UE le 31 janvier 2020. Au 1er février a démarré une période de transition qui doit s’achever le 31 décembre 2020. Durant ces onze mois, les Britanniques appliquent le droit européen et bénéficient des accords internationaux signés par l’Union. Les deux parties doivent mettre en œuvre l’accord de retrait et négocier leur future relation. Compte tenu des délais de ratification, il faudrait que le nouveau cadre soit finalisé mi-novembre. Le Conseil européen des 15 et 16 octobre n’a pas permis d’avancer. Les discussions se poursuivent mais l’espoir d’aboutir s’amenuise.

En l’absence d’accord, ce sont les règles de l’OMC qui s’appliqueront. Les exportations européennes vers le Royaume-Uni seront soumises à des droits de douane fixés par l’État britannique. De son côté, l’UE appliquera sur les importations en provenance du Royaume-Uni ses tarifs douaniers prévus pour les pays tiers. Précisons que l’accord de retrait a acté la continuité de la protection des IG (indications géographiques) européennes existantes sur le territoire britannique.

De plus, les contrôles sanitaires aux frontières seront rétablis, contrôles documentaires mais aussi physiques sur des lots de marchandises. La nature de ces vérifications à l’entrée sur le territoire britannique reste incertaine. Les produits à risques (animaux vivants, certains végétaux, etc.) seront concernés dès le 1er janvier, les produits alimentaires trois mois plus tard.

Les contrôles aux frontières vont ralentir les flux

Ces contrôles engendreront des pertes de temps et donc des surcoûts. Actuellement, un camion franchit la frontière britannique toutes les 8 secondes. On estime que l’instauration de contrôles sanitaires et douaniers leur ferait perdre deux jours. Même si de chaque côté de la Manche, chacun assure que son administration est prête, on s’attend à un engorgement des services­. Le secteur laitier, avec ses produits à courte durée de conservation, se trouve très exposé. « La grande inconnue réside dans le niveau des tarifs douaniers que le Royaume-Uni appliquera », analyse Gérard You, économiste à Idele. Car ils détermineront le maintien ou non de la compétitivité des produits français outre-Manche. On peut penser qu’ils seront modérés pour préserver les consommateurs. D’ailleurs, Londres avait annoncé des tarifs provisoires en 2018. Ils étaient nuls sur le lait, les yaourts aromatisés ou la mozzarella, et montaient à 7 % sur le cheddar et 12 % sur le beurre. Ces tarifs limiteraient la hausse des prix des produits laitiers à 3,8 % dans les rayons. Mais la fixation de ces droits s’inscrit dans un contexte de négociations commerciales qui concernent l’ensemble des échanges britanniques futurs avec les pays tiers. Car pour compenser la perte des accords commerciaux signés par l’UE, le Royaume-Uni recherche de nouveaux partenaires. Ils pourraient très bien demander des concessions sur l’agro-alimentaire. Bien malin qui peut dire aujourd’hui sur quelle base sera prise la décision finale de fixation des tarifs douaniers. Ceux applicables par l’UE sont connus. Hors contingents, ils sont de l’ordre de 1 300 €/t pour la poudre de lait écrémé ou 1 900 €/t de beurre, des niveaux très élevés.

Un pays déficitaire en lait

Le Royaume-Uni ne couvre que 87 % (matière grasse) à 89 % (protéine) de ses besoins en lait et produits laitiers. Il importe surtout du lait frais (Irlande), des yaourts et des fromages (UE). Mais ses exportations ne sont pas négligeables, notamment le lait cru d’Irlande du Nord vers sa voisine du Sud. La France est la troisième destination des produits laitiers britanniques (cheddar, crème, beurre et lait). Elle est aussi son deuxième fournisseur (yaourts et fromages). Ces échanges sont déjà affectés par le Brexit. Les ventes françaises déclinent sur la plupart des produits et notamment pour les yaourts (voir infographie). En cause, les taux de change défavorables, les départs d’Européens qui résidaient dans les grandes métropoles britanniques, ou encore une demande accrue de produits locaux par les consommateurs.

Par ailleurs, la production laitière britannique est repartie à la hausse, passant de 13,2 Mt en 2009 à 15,5 Mt en 2019. Sa croissance se heurte aujourd’hui à des difficultés liées au Brexit. La fin de la libre-circulation des personnes va peser sur l’accès à la main-d’œuvre. Les agriculteurs vont perdre graduellement les paiements directs européens et une nouvelle politique agricole va se mettre en place. L’impact sur le revenu des éleveurs laitiers devrait rester faible car ils dépendent relativement­ peu des paiements directs. Il reste difficile de savoir dans quelle mesure la production nationale pourra se substituer aux produits importés. Certains industriels très présents au Royaume-Uni (Arla, Müller) ont d’ores et déjà investi pour développer leurs capacités industrielles.

Le monde économique est suspendu aux décisions politiques et s’inquiète devant l’incertitude qui domine, à moins de cent jours de l’échéance. L’importance des enjeux économiques de part et d’autre incite à parvenir à un accord. Mais l’histoire du Brexit étant parsemée de coups de théâtre, on peut conserver un certain optimisme. La crise sanitaire renforce encore la nécessité d’aboutir. Reste à savoir si les responsables politiques entendront ces arguments.

La concurrence intra-UE pourrait se durcir

Quoi qu’il arrive, le Royaume-Uni sera un pays tiers dès le 1er janvier 2021. Même si un accord de libre-échange est finalement signé, la fluidité des échanges sera ralentie. Car il faudra démontrer l’origine géographique des marchandises pour bénéficier des tarifs préfé­rentiels avec le Royaume-Uni. On n’échappera donc pas à une augmentation des formalités administratives qui allongeront les durées de transport et généreront des surcoûts. Leur ampleur et donc leur impact sur les flux restent difficiles à évaluer, faute de connaître les règles qui s’appliqueront. Les entreprises laitières françaises et européennes seront affectées. La possible réduction de leurs ventes au Royaume-Uni pèsera sur leur performance économique. La concurrence intra-européenne pourrait aussi se durcir, les fournisseurs du Royaume-Uni cherchant à y replacer leurs produits. Le secteur de l’ultrafrais, déjà tendu, se trouve en première ligne. Il y a donc fort à parier que le Brexit servira d’argument pour baisser le prix du lait à la production.

Il est cependant probable qu’à moyen terme – d’ici un an ? – un nouvel équilibre s’installera. En raison de sa proximité géographique, l’UE devrait rester le premier fournisseur du Royaume-Uni en produits laitiers frais.

Pascale Le Cann
« La performance économique des entreprises sera affectée »
Yvan Borgne Directeur export PGC chez Laïta - « La performance économique des entreprises sera affectée »

Yvan Borgne Directeur export PGC chez Laïta

« Avec 15 % de nos volumes de PGC exportés hors de France métropolitaine, le Royaume-Uni est notre premier client étranger. Il nous achète des fromages, de l’ultra-frais et du beurre, majoritairement sous MDD, soit un chiffre d’affaires de 70 M€. Nous disposons d’une filiale commune avec Eurial au Royaume-Uni. Elle gère les relations commerciales, la logistique et possède une unité de transformation qui adapte nos produits au marché local. Cette présence sur place constitue un véritable atout. Le marché britannique des produits laitiers est mature et progresse légèrement. Pour le moment, nos ventes se maintiennent, même si, avec la crise sanitaire, les modes de consommation ont évolué du fait des confinements­ locaux, de la fermeture des restaurants et de la règle des six personnes. En cas de no deal, on s’adaptera, avec l’objectif de maintenir nos positions. Nous sommes dans une incertitude inimaginable, mais il est certain que les flux de marchandises seront très perturbés en 2021. Cela aura forcément une incidence sur la performance économique de l’entreprise. Et donc, potentiellement, sur le prix du lait, même si notre mission, en tant que groupe coopératif, implique de l’éviter. »

« Il est difficile de se préparer dans un tel brouillard »
Daniel Delahaye Directeur de la coopérative Isigny Sainte-Mère - « Il est difficile de se préparer dans un tel brouillard »

Daniel Delahaye Directeur de la coopérative Isigny Sainte-Mère

Mais même avec des droits de douanes réduits, il y aura des lourdeurs supplémentaires qui vont perturber les échanges et allonger les délais. L’histoire du Brexit est ponctuée de rebondissements, mais les derniers événements ne vont pas dans le bon sens. »

« Le Brexit pourrait redistribuer les parts de marché »
 - « Le Brexit pourrait redistribuer les parts de marché »

Jacques Klimczak Directeur commercial et marketing chez Maîtres Laitiers du Cotentin

« Nous exportons un tiers de nos fabrications, dont une part non négligeable vers le Royaume-Uni. Nos ventes y sont en hausse ces dernières années. Ce pays est dépendant des importations et achète surtout dans l’Union, en France et ailleurs. S’il met en place des barrières à l’entrée, on peut craindre une désorganisation aussi sur le marché européen. Chacun cherchera à se replacer et il n’est pas facile de trouver des débouchés. De plus, des intervenants étrangers pourraient chercher à pénétrer le marché britannique, ce qui renforcerait la concurrence. Se pose aussi la question de la logistique de retour. Si les camions ne rentrent pas pleins du Royaume-Uni, les surcoûts engendrés vont dépositionner les produits français. Nous travaillons à réduire nos coûts pour que nos produits restent abordables dans les rayons britanniques. Il y a des marges sur la logistique. Les équilibres économiques dépendent aujourd’hui de décisions politiques. Je reste optimiste car la chaîne des flux est déjà perturbée par le Covid, les politiques sont conscients de la nécessité de ne pas rajouter des difficultés. »

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